Elle a le regard malicieux, la couleur pop, le charme des années Giscard revisité pour 2026. La Renault 5 électrique fait exactement ce qu’on attend d’elle : elle tape dans l’œil et elle remue la corde nostalgique. Les seniors qui ont usé leurs premiers pneus sur une R5 fondent, les jeunes la prennent pour un objet de style. Ça marche, et c’est mérité.
Sauf qu’un essai, ce n’est pas une carte postale. Derrière le sourire de la citadine de Douai, il y a deux questions qui méritent qu’on s’y arrête avant de signer un bon de commande. La première : sa version d’entrée de gamme est-elle vraiment fréquentable ? La seconde, plus retorse : est-ce le bon moment pour acheter, ou Renault s’apprête-t-il à rendre la voiture d’aujourd’hui périmée dès l’automne ?
Commençons par la bonne nouvelle, celle que Renault a glissée dans son configurateur sans crier gare. L’autonomie a grimpé. La R5 à grande batterie de 52 kWh affiche désormais jusqu’à 431 km en cycle mixte WLTP, contre 416 km auparavant.
431 km sans toucher à la batterie : le tour de passe-passe aérodynamique
Le gain n’a rien de spectaculaire sur le papier, mais il est bien réel. La version Autonomie Confort, batterie de 52 kWh et moteur de 150 ch, passe de 410 à 431 km selon L’argus[3]. Du côté de la petite batterie de 40 kWh, la version 120 ch grimpe de 312 à 321 km. Pas de sorcellerie : Renault évoque des rétroviseurs plus performants sur le plan aérodynamique et quelques ajustements dans la gestion de la batterie[3]. Rien qui coûte un euro de plus au client, tout dans le peaufinage.
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La consommation suit la même logique. Sur les versions de 150 ch, elle tombe à 13,9 à 14,2 kWh/100 km, contre 14,9 à 15,1 kWh/100 km avant[1]. Sur une citadine électrique qui vit à la borne domestique, ces économies-là se sentent au quotidien. Voilà pour le travail bien fait.
La Five à 25 000 euros, ce mirage sans prise rapide
Maintenant, le point noir, et il est sérieux. La finition d’entrée, la fameuse Five 95 ch, s’affiche à partir de 21 370 euros prime déduite selon Renault[4], et grimpe autour de 25 000 euros dans sa configuration de base. Alléchant ? Sur le papier seulement. Cette version n’a pas de prise de recharge rapide. Comprenez : impossible de brancher la voiture sur une borne CCS pour un ravitaillement express.
Concrètement, ça change tout. L’argus est cash sur le sujet : sans charge rapide, il faut compter quatre heures de ravitaillement tous les 270 km sur route ou tous les 170 km sur autoroute, sur une borne triphasée limitée à 11 kW[5]. Autant dire que la Five est condamnée à tourner autour du domicile pour l’éternité. Et à la revente, c’est un boulet : sa valeur résiduelle est si faible qu’en location longue durée, la 95 ch revient aussi cher que la 120 ch mieux équipée[5]. Le premier prix de la R5 est un piège. Pour une voiture digne de ce nom, il faut viser la 120 ch Évolution, autour de 28 000 euros[5].
Ce défaut n’est d’ailleurs pas une fatalité technique. Sur d’autres marchés européens, Renault propose déjà une R5 d’entrée équipée d’une charge rapide de 80 kW. La correction est dans les tuyaux, ce qui en dit long : le constructeur sait pertinemment que la Five telle qu’elle est vendue aujourd’hui coince.
Faite à Douai, et c’est un vrai argument
Un mot qui compte quand on compare les prix. La R5 est assemblée dans la manufacture de Douai, dans les Hauts-de-France, avec des fournisseurs régionaux[4]. Face à elle, les Citroën ë-C3 et Fiat Grande Panda débutent moins cher, autour de 23 400 euros avec une prise CCS de série[5], mais elles sortent d’usines slovaque et serbe. La R5, elle, fait vivre l’emploi français. Ça ne rend pas la Five plus fréquentable, mais quand on hésite à quelques milliers d’euros près, savoir où et par qui la voiture est fabriquée fait partie de l’équation.
Signer maintenant ou attendre ? La vraie question
Voilà le nœud du problème. L’argus le dit sans détour : d’importantes évolutions techniques sont attendues pour la R5 au fil des prochains mois[3]. Renault pourrait ajuster ses tarifs et sa gamme d’ici l’automne. Autrement dit, la voiture que vous achetez aujourd’hui pourrait paraître en retrait dans quelques semaines, entre une prise rapide généralisée et de nouveaux équipements.
Le calcul est donc simple. Si vous roulez exclusivement en ville et que vous rechargez chez vous, la R5 actuelle fait déjà largement le job : la plupart des Français parcourent 30 à 40 km par jour[2], et 300 à 400 km d’autonomie couvrent ça les doigts dans le nez. Mais si vous lorgnez la Five à petit prix ou si vous voulez pouvoir partir en week-end sans vous transformer en agent de la patience, mieux vaut patienter l’automne. L’écart entre l’offre d’aujourd’hui et celle de demain se creuse, et il serait dommage de payer plein pot une version bientôt dépassée. La R5 est une belle réussite française, ce serait bête de l’acheter au mauvais moment.
Sources
5 sources · 11 faits vérifiés


