Safran a livré 33 moteurs M88 au premier semestre 2026, contre 10 un an plus tôt, porté par l’accélération de la production du Rafale.
Chaque Rafale embarque deux M88. Quand Dassault accélère, Safran suit. Le 28 juillet, le motoriste a présenté ses résultats semestriels : 9,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour la division propulsion, en hausse de 28 % à périmètre constant, avec une marge opérationnelle de 24,5 %. Une performance largement tirée par l’après-vente civil, mais à laquelle le petit moteur militaire contribue cette fois de manière visible.
Au premier semestre, Safran a livré 33 moteurs M88, contre 10 sur la même période de l’année précédente. Un triplement qui traduit la montée en cadence des chaînes de Dassault : deux Rafale par mois en 2025, quatre visés d’ici 2029. Le carnet de commandes dépasse 200 appareils à livrer, entre l’Égypte, l’Indonésie et les Émirats. À deux moteurs par cellule, l’arithmétique est simple.
Un moteur sans composant américain, argument d’export décisif
Averses orageuses et risque de grêle au Maroc : plusieurs provinces en vigilance météo ce lundi
Le M88 est entièrement conçu, développé et fabriqué par Safran Aircraft Engines. Aucun composant américain. Cette caractéristique le soustrait à la réglementation ITAR, ce verrou par lequel Washington peut bloquer la revente ou l’emploi d’un équipement militaire. La France vend son Rafale à qui elle l’entend, sans demander l’autorisation à un tiers.
Pour les nations soucieuses de leur autonomie stratégique, c’est un critère de choix. Là où un chasseur américain arrive avec la tutelle de son fournisseur, le Rafale offre une liberté d’emploi presque totale. L’argument pèse lourd dans les négociations export, même s’il est rarement mis en avant publiquement.
70 millions d’euros au Creusot pour doubler la capacité

Safran ne se contente pas de suivre la cadence : il anticipe. En janvier, le groupe a annoncé un investissement de 70 millions d’euros pour étendre son site du Creusot, en Bourgogne-Franche-Comté. L’usine, qui produit aujourd’hui exclusivement des disques de turbine basse pression pour les moteurs civils LEAP et CFM56, va intégrer des lignes de production de pièces tournantes complexes pour le M88.
L’extension de 9 000 m² portera la surface industrielle totale à 26 000 m². Elle sera opérationnelle en 2029. Les effectifs passeront de 200 à 300 salariés à l’horizon 2032. Le Creusot deviendra la deuxième source industrielle pour ces composants, en complément du site d’Évry-Corbeil, afin d’assurer une continuité d’activité et d’absorber la montée en charge.
Les premières activités d’usinage débuteront dès cette année sur le site historique, avant le déploiement dans l’extension. Safran mise sur l’usine 4.0 : processus numériques intégrés, gestion de production connectée, closed door machining, ce mode dans lequel les machines tournent en continu, sans intervention humaine, y compris la nuit.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Montant de l’investissement | 70 millions d’euros |
| Surface de l’extension | 9 000 m² |
| Surface industrielle totale | 26 000 m² |
| Effectifs actuels | 200 salariés |
| Effectifs visés (2032) | 300 salariés |
| Mise en service de l’extension | 2029 |
Source : La Tribune
Pourquoi la montée en cadence du M88 est stratégique
Le poids financier du M88 reste opaque
Safran ne communique pas le chiffre d’affaires du M88. Le moteur militaire disparaît dans les comptes, noyé sous l’écrasante activité civile. Impossible d’avancer un montant officiel.
Fin 2025, le PDG Olivier Andriès a toutefois lâché une indication : plus de 20 % de la valeur d’un Rafale revient à Safran, moteur en tête. Sur un appareil vendu entre 80 et 95 millions d’euros, cela représente de l’ordre de 16 à 19 millions d’euros de contenu Safran par avion, dont les deux M88 forment le plus gros poste. À une trentaine de Rafale par an, la vente de moteurs neufs pèserait ainsi quelques centaines de millions d’euros annuels, avant même l’après-vente.
L’Inde pourrait faire basculer la trajectoire financière
Lors de la présentation des résultats semestriels, le directeur financier Pascal Bantegnie a évoqué les discussions en cours avec l’Inde pour 114 Rafale. Si New Delhi signe avant la fin de l’année, Safran pourrait recevoir des avances qui viendraient s’ajouter aux prévisions financières en cours. Le groupe n’a intégré aucun paiement anticipé dans ses guidances.
Le contrat indien reste hypothétique. Mais si la signature intervient, la cadence pourrait s’emballer. 114 chasseurs, c’est 228 moteurs M88 à produire sur plusieurs années, en plus des 200 appareils déjà au carnet. Le triplement observé au premier semestre ne serait alors qu’un début.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Livraisons de M88 (S1 2026) | 33 moteurs |
| Livraisons de M88 (S1 2025) | 10 moteurs |
| Multiplication | × 3,3 |
| Cadence Rafale (2025) | 2 appareils/mois |
| Cadence Rafale visée (2029) | 4 appareils/mois |
| Carnet de commandes Rafale | Plus de 200 appareils |
| Contrat indien en discussion | 114 appareils |
Source : Defence Industry Europe
Safran dispose désormais d’une double source industrielle pour les pièces critiques du M88, d’une trajectoire de livraisons en forte croissance et d’un carnet garni pour plusieurs années. Tant que Dassault séduit, le motoriste en tire les bénéfices. Reste à savoir si l’Inde signera avant décembre.
Production M88 : les chiffres-clés de Safran
- Safran a livré 33 moteurs M88 au premier semestre 2026, contre 10 un an plus tôt
- Le motoriste investit 70 millions d'euros au Creusot pour doubler sa capacité de production de pièces M88
- Dassault vise une cadence de 4 Rafale par mois d'ici 2029, contre 2 en 2025
- Le M88 ne contient aucun composant américain, ce qui soustrait le Rafale à la réglementation ITAR
- Safran pourrait recevoir des avances si l'Inde signe pour 114 Rafale avant fin 2026

