On connaissait Saint-Barthélemy pour ses plages de sable blanc et sa clientèle fortunée. On sait désormais que l’île produit deux fois plus de richesse par habitant que la France entière. Le chiffre vient de tomber : 960 millions d’euros de produit intérieur brut en 2023, soit 90 103 euros par habitant. Une performance qui place le territoire au sommet des économies ultramarines et parmi les plus riches du monde.
L’étude publiée par l’Institut d’émission des départements d’Outre-mer, dans le cadre du partenariat CEROM, mesure l’ampleur du phénomène. Le PIB par habitant de Saint-Barthélemy dépasse de loin celui de la Guadeloupe voisine, établi à 27 400 euros. Il écrase toutes les autres régions d’Outre-mer. Et il atteint plus du double de la moyenne nationale.
Pour une île de 10 660 résidents, c’est une concentration de richesse rare. Ce n’est pas un hasard : Saint-Barthélemy s’est positionnée depuis des années sur le tourisme haut de gamme, voire le luxe. Et ça marche.
Le tourisme de luxe génère près de 20 % du PIB local
Le secteur touristique pèse à lui seul 19,7 % du PIB local. Une clientèle internationale fortunée fréquente les hôtels et villas de l’île, alimente les commerces, soutient la restauration. Ce flux permanent irrigue l’ensemble de l’économie privée[1].
Derrière le tourisme, la construction suit. Elle représente 13,8 % de la richesse créée sur le territoire. Là encore, c’est la demande touristique qui tire : location et vente de villas, aménagements haut de gamme, rénovations. Le secteur immobilier s’est spécialisé dans ce segment et alimente à son tour l’activité du bâtiment[4].
Au total, les entreprises produisent deux tiers du PIB. Les ménages, via les loyers notamment, en assurent 18 %. Quant aux administrations publiques, leur contribution reste exceptionnellement faible : seulement 2,2 % du PIB. Cette particularité s’explique par l’autonomie fiscale de la collectivité, qui limite le poids de la sphère publique dans l’économie locale.
Xavier Lédée tempère : des données à interpréter avec prudence
Sur ses réseaux sociaux, le président de la Collectivité Xavier Lédée a salué ces résultats. Il y voit le signe « du dynamisme économique et de la bonne santé financière du territoire ». Mais il a immédiatement émis une réserve : ces chiffres doivent « être interprétés avec prudence ».
L’élu a alerté l’IEDOM sur certaines limites méthodologiques. Le recensement de la population reste, selon lui, « encore perfectible ». Autrement dit : de nombreux travailleurs saisonniers participent à l’activité économique sans être comptabilisés dans les 10 660 résidents officiels. Ce qui tend à surestimer le PIB par habitant.
Le chiffre de 90 000 euros reste impressionnant, mais il dit autant sur la richesse produite que sur les angles morts de la mesure. Une économie touristique fonctionne avec des flux : main-d’œuvre saisonnière, clientèle de passage, résidents non permanents. Le PIB, lui, se calcule sur une photographie de la population résidente. Le décalage est inévitable.
Foncier, eau, énergie : les défis qui restent
Malgré cette santé économique exceptionnelle, Saint-Barthélemy fait face à des contraintes structurelles lourdes. Le foncier se raréfie. Le marché immobilier subit des tensions fortes, qui pèsent sur les habitants permanents. L’accès au logement devient un enjeu majeur pour ceux qui travaillent sur l’île sans pouvoir s’y installer durablement.
L’eau, l’énergie, la préservation des ressources naturelles s’imposent aussi comme des priorités. Un territoire qui attire chaque année une clientèle internationale fortunée doit assurer son approvisionnement en ressources vitales, sans dégrader son environnement. C’est l’équilibre à trouver : développement économique et durabilité.
Saint-Barthélemy reste un cas à part dans le paysage ultramarin. Un territoire à la richesse concentrée, à l’économie privée dominante, aux défis spécifiques. Le chiffre de 90 000 euros par habitant en dit long sur sa capacité à capter la richesse. Il dit moins sur sa capacité à la redistribuer et à préserver ce qui fait tenir l’île : son cadre, ses habitants, ses ressources.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

