Mardi 4 août, les ministres de l’Intérieur des Vingt-Sept ont affiché leur soutien à l’Espagne et réaffirmé leur confiance dans l’espace Schengen, après l’arrivée de 72 000 migrants à Ceuta en quelques jours.
Face à l’afflux inédit de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta, les ministres de l’Intérieur de l’Union européenne ont tenu une réunion d’urgence en visioconférence ce mardi. L’occasion d’afficher un front uni après plusieurs jours de tensions. « Tous les États membres, sans exception, ont marqué leur solidarité avec l’Espagne », a déclaré Laurent Nuñez, ministre français de l’Intérieur, à l’issue des échanges.
La formule est sans équivoque : « Nous avons tous convenu que l’espace Schengen n’était pas le problème, mais plutôt la solution. » Une manière de couper court aux appels à exclure Madrid de la zone de libre circulation, formulés ces derniers jours par plusieurs capitales européennes.
72 000 arrivées en quelques jours, 70 000 retours
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Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a revu à la hausse le bilan des entrées illégales dans l’enclave : 72 000 personnes sont arrivées à Ceuta ces derniers jours[1]contre 50 000 annoncées initialement. Selon Madrid, 70 000 d’entre elles sont depuis retournées sur le territoire marocain. Un mouvement massif, d’une ampleur inédite, qui a traumatisé les opinions publiques et ravivé les divisions européennes sur la politique migratoire.
Magnus Brunner, commissaire européen chargé des questions migratoires, a tenté de rassurer : « L’espace Schengen n’a jamais été en danger » durant cette crise. Il a qualifié les échanges entre ministres de « constructifs ». Son homologue aux Affaires intérieures a estimé que la « résilience » de l’Europe avait été mise à l’épreuve à Ceuta, mais qu’elle avait « réussi ce test ».
Renforcement des contrôles à la frontière franco-espagnole

La France a pris les devants. Laurent Nuñez a confirmé avoir « renforcé de façon significative » le contrôle à la frontière franco-espagnole[2]. Le ministre a aussi évoqué la mise en place d’un « barrage flottant », une frontière physique en mer au large de Ceuta, sans en détailler la mise en œuvre. « J’ai rappelé que nous étions à disposition des autorités espagnoles pour venir en soutien ou renforcer Frontex lorsqu’il le faut », a-t-il ajouté.
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« Il n’est absolument pas question » que l’Espagne quitte la zone Schengen, a martelé le ministre français, insistant sur la « très bonne coopération » avec Madrid. Une position partagée par le Portugal : le Premier ministre Luis Montenegro a déclaré qu’il n’y avait pas « de raison de prendre une mesure de suspension des règles de l’espace Schengen, mais qu’il y avait des raisons de renforcer la présence des forces de l’ordre aux frontières »[4].
Pourquoi Schengen cristallise les tensions européennes
Italie, Danemark et Finlande montent au créneau
Tous les États membres n’ont pas affiché la même retenue. L’Italie, en première ligne lors de la crise migratoire de 2015, a suspendu unilatéralement l’accord de Schengen avec l’Espagne, rétablissant temporairement le contrôle de ses frontières pour les voyageurs en provenance d’Espagne, par voie maritime ou aérienne[4]. Une mesure soutenue par le Danemark et la Finlande, bien qu’elle ne soit pas prévue par les textes européens.
Mari Rantanen, ministre de l’Intérieur finlandaise, dont le pays a fermé sa frontière avec la Russie en 2023 pour lutter contre l’instrumentalisation migratoire de Moscou, accuse l’Espagne d’avoir « totalement échoué à protéger la frontière extérieure de l’espace Schengen contre les intrusions »[4]. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, du parti social-démocrate, abonde : « Une immigration incontrôlée constitue une menace pour l’Europe et pour le Danemark. »
La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a dénoncé sur X une « menace concrète pour la sécurité des frontières européennes », réclamant une réponse européenne ferme.
Pacte Asile et Immigration : application réclamée

Face aux divisions, Laurent Nuñez a rappelé que « l’ensemble des ministres a salué l’adoption du pacte européen sur l’asile et l’immigration »[1]. Les ministres ont convenu qu’il fallait « renforcer la lutte contre les réseaux de passeurs », travailler sur « le démantèlement des réseaux dans les pays de transit » et sur « le retour » des migrants dans leur pays d’origine.
La réunion ministérielle devrait aussi aborder la question du renforcement de Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, et celle de l’efficacité de la coopération entre l’UE et le Maroc[5]. Un point sensible : le Premier ministre espagnol a dénoncé une attitude qui « va à l’encontre des intérêts à long terme » des pays européens, sans nommer explicitement Rabat.
Cette réunion d’urgence a été réclamée à la fois par Giorgia Meloni, chef d’un gouvernement qui incarne en Italie une droite radicale, et par Mette Frederiksen, dirigeante social-démocrate du gouvernement danois. Preuve que le problème affole désormais la grande majorité des sensibilités politiques européennes.
« Du pur théâtre politique »
Pour Camille Le Coz, analyste citée par France 24, les appels à exclure l’Espagne relèvent « du pur théâtre politique »[5]. « À un moment où l’UE tente de réparer toute cette vision passée pour construire un système commun, nous voyons certains États membres utiliser la situation pour attaquer le gouvernement espagnol, qui est actuellement assez isolé sur la scène européenne. »
Le Luxembourg et l’Irlande n’ont pas signé la lettre réclamant des sanctions contre Madrid. La France et le Portugal, tout en renforçant leurs contrôles, refusent de franchir le pas de la suspension. L’unité affichée mardi cache mal les fractures : entre pays de première ligne et pays du Nord, entre États membres favorables à une politique de fermeté et ceux qui défendent encore une approche fondée sur la solidarité intra-européenne.
Reste une question concrète : comment l’Europe compte appliquer le pacte Asile et Immigration voté récemment, alors que la première crise d’ampleur depuis son adoption révèle des réflexes nationaux aussi divergents.
Crise de Ceuta : les chiffres de l'afflux migratoire
- Réunion d'urgence des ministres de l'Intérieur de l'UE ce mardi 4 août en visioconférence
- 72 000 personnes entrées illégalement à Ceuta ces derniers jours, 70 000 retournées au Maroc
- L'Italie a suspendu l'accord de Schengen avec l'Espagne, rétablissant les contrôles aux frontières
- La France a renforcé les contrôles à la frontière franco-espagnole de façon significative
- Laurent Nuñez affirme qu'il n'est « absolument pas question » que l'Espagne quitte Schengen
- Les ministres ont convenu de renforcer Frontex et la lutte contre les réseaux de passeurs
Sources
4 sources · 8 faits vérifiés

