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Super Rafale furtif : ce que le naufrage du SCAF change pour Dassault Aviation

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Le SCAF est paralysé, ses financements gelés, et Dassault Aviation regarde déjà plus loin : un successeur furtif au Rafale, conçu seul, pour 2045.

Le programme franco-germano-espagnol de système de combat aérien du futur n’a jamais été aussi proche de l’implosion. Les négociations entre Dassault Aviation et Airbus sont au point mort depuis des mois. Selon Defense News du 11 juin 2026, les deux industriels « ne se parlent plus ». La France a proposé une trêve de six mois, de juin à décembre 2026, pour tenter de renouer le dialogue. Berlin, lui, n’attend pas : Handelsblatt rapportait dès le 8 juin que l’Allemagne « accélère les discussions avec le Royaume-Uni pour le GCAP » et se prépare à un scénario sans SCAF.

Dans ce contexte, la question n’est plus vraiment de savoir si le programme survivra, mais ce que Dassault ferait sans lui.

En chiffres
2045
Échéance envisagée pour le Super Rafale furtif
selon la feuille de route industrielle
50 Md€
Coût total estimé du programme solo
dont 5-10 Md€ potentiellement portés par l'Inde ou les EAU
114
Rafale supplémentaires demandés par l'Inde
lettre officielle transmise en juin 2026
8,5 Md€
Chiffre d'affaires prévu de Dassault Aviation en 2026
pour référence face au coût du programme

Une feuille de route par incréments, du F5 au Super Rafale

La logique industrielle de Dassault repose sur une progression par briques technologiques successives. Le Rafale F5, actuellement au cœur du développement, concentre les efforts sur l’électronique et l’informatique embarquée. C’est lui qui pose les fondations de ce que ses partisans appellent déjà le « Super Rafale ».

Le scénario esquissé dans les échanges techniques et relayé par les sources proches du dossier est le suivant : lancement du développement d’un UCAV (drone de combat) dès 2027, puis, entre 2032 et 2035 à l’issue du programme F5, conception d’une nouvelle cellule avec un réacteur triple-flux. Objectif : une mise en production autour de 2045. L’acquis du programme nEUROn, démonstrateur furtif dont Dassault maîtrise la soute depuis plusieurs années, serait réutilisé directement pour le volet furtivité de la nouvelle cellule. [2]

Le coût total de cette trajectoire est estimé à environ 50 milliards d’euros. Une partie, entre 5 et 10 milliards, pourrait être portée par des partenaires exportateurs comme l’Inde ou les Émirats arabes unis, sans que la France n’abandonne le contrôle du programme. L’Espagne est également citée comme partenaire potentiel.

Dassault peut-il tenir ce chemin seul ?

La question du financement n’est pas anodine. Le chiffre d’affaires de Dassault Aviation est attendu autour de 8,5 milliards d’euros pour 2026. Lancer seul un programme de chasseur de sixième génération sur vingt ans dépasse structurellement les capacités d’un seul industriel, aussi solide soit-il. [1]

Eric Trappier, PDG de Dassault, avait été direct en mars 2026 : si Airbus ne veut plus travailler avec Dassault Aviation, le SCAF est « mort ». La formule n’était pas un appel du pied, mais un constat. Depuis, la position d’Airbus ne s’est pas démentie : le comité d’entreprise du groupe a refusé toute médiation avec Dassault.

Reste que l’argument de la continuité joue en faveur de Dassault. Le Rafale n’est pas furtif au sens strict, mais il intègre nativement des technologies de réduction de signature radar, à la fois physiques et électroniques. SPECTRA, son système de guerre électronique, a montré ses limites face à certaines menaces, mais la trajectoire F5 vise précisément à corriger ces vulnérabilités. Le saut vers une cellule entièrement nouvelle n’interviendrait qu’une fois ces briques validées en conditions opérationnelles.

Calendrier envisagé vers le Super Rafale furtif
Étape Échéance Contenu
Rafale F5 En cours, ~2032 Électronique, informatique, guerre électronique
Lancement UCAV 2027 Drone de combat, base nEUROn
Nouvelle cellule + réacteur triple-flux 2032-2035 Cellule furtive avec soute interne
Mise en production Super Rafale ~2045 Chasseur furtif de nouvelle génération

Source : Zone Militaire

Pourquoi le SCAF mort relance Dassault en solo

SCAF au bord de l'implosion
Les négociations entre Dassault et Airbus sont gelées depuis des mois. Paris a proposé une trêve de six mois ; Berlin explore déjà des alternatives avec Londres.
Furtivité : l'acquis nEUROn
Dassault maîtrise la soute furtive depuis le démonstrateur nEUROn. Cette technologie serait directement réutilisée dans la nouvelle cellule du Super Rafale.
F5 comme socle technologique
Le Rafale F5 concentre les développements électroniques et informatiques jusqu'en 2032. C'est lui qui valide les briques destinées au chasseur de nouvelle génération.
Financement : le pari export
Sur 50 milliards estimés, Dassault vise à faire porter 5 à 10 milliards à des partenaires comme l'Inde ou les Émirats, tout en conservant le contrôle du programme.
Décision SCAF en décembre 2026
L'issue formelle du programme est attendue à la fin de la trêve proposée par Paris. Dassault avance sur le F5 sans attendre cette échéance.

L’export comme levier stratégique

L’Inde représente un signal fort. En juin 2026, New Delhi a officiellement transmis à Paris une lettre de demande pour 114 Rafale supplémentaires, après les 36 appareils commandés en 2016. [3] Un contrat de cette ampleur renforcerait la base financière de Dassault et, à terme, pourrait lui permettre d’associer un partenaire client au financement d’un programme de nouvelle génération.

La comparaison avec 1985 circule dans les milieux industriels. Cette année-là, la France avait décidé de quitter le programme européen commun pour développer seule ce qui allait devenir le Rafale. Quarante ans plus tard, les mêmes lignes de fracture entre Paris et ses partenaires européens réapparaissent. Le Rafale a prouvé que le pari solitaire pouvait fonctionner. La question est de savoir si le contexte financier et technologique de 2026 permet de le rejouer, avec un avion autrement plus complexe à concevoir.

La décision formelle sur l’avenir du SCAF est attendue au plus tôt en décembre 2026, à l’issue de la trêve proposée par Paris. D’ici là, Dassault continue le F5. [4]

Super Rafale furtif : les dates et chiffres clés

  • Le SCAF est en pause de 6 mois (juin-décembre 2026), financements gelés, Dassault et Airbus ne négocient plus.
  • Dassault maîtrise déjà la soute furtive grâce au démonstrateur nEUROn.
  • L'Inde a demandé officiellement 114 Rafale supplémentaires en juin 2026.
  • Le coût du Super Rafale solo est estimé à 50 milliards d'euros sur vingt ans.
  • L'Allemagne explore le GCAP avec le Royaume-Uni et envisage des F-35 supplémentaires comme alternative au SCAF.
Hélène Vasseur
Hélène Vasseur
Hélène Vasseur suit ce qui change concrètement dans le quotidien des Français. Droits des consommateurs, démarches administratives, nouvelles règles pratiques, services publics ou arnaques à éviter : elle part toujours d'un fait daté pour expliquer qui est concerné et quoi faire. Pédagogue et attachée aux sources officielles, elle écrit au service du lecteur, avec les bons réflexes à adopter.

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