Paris s’engage à livrer 16 Rafale à l’Ukraine entre 2028 et 2029. Reste à savoir où les prendre : les chaînes tournent à plein régime.
Le 13 juillet, Emmanuel Macron a annoncé une feuille de route avec Kiev. Elle prévoit l’acquisition de 16 chasseurs Rafale, dont les premiers doivent rejoindre la force aérienne ukrainienne en 2028 ou 2029. L’accord prolonge une lettre d’intention signée en novembre dernier, qui esquissait l’achat de jusqu’à 100 appareils sur dix ans.
La déclaration commune publiée par l’Élysée précise que l’Ukraine commande aussi quatre systèmes antiaériens SAMP/T de nouvelle génération. Paris s’engage à les transférer par modules progressifs à partir de 2027. Un radar GF300, produit par Thales, partira pour Kiev avant la fin de l’année. En février, l’équipe DSA-LADA du Centre d’expertise aérienne militaire a pris livraison d’une première unité pour évaluation.
En attendant la production, Paris prêtera deux SAMP/T à l’Ukraine. Équipement rare : sur les huit en service dans l’armée de l’Air, trois au moins sont déployés à l’extérieur, en Roumanie, aux Émirats arabes unis et au Qatar.
Une feuille de route, pas un contrat
Pour les Rafale, la déclaration parle d’une « commande annoncée », financée par les tranches 2026 et 2027 de l’Ukraine Support Loan, le prêt européen accordé à Kiev[1]. Quatre premiers appareils seront « transférés » une fois la formation des pilotes et mécaniciens achevée. Cette formation pourra commencer en France dès 2026. Objectif : déployer cette première capacité en Ukraine au plus tôt, soit à partir de 2028.
Une feuille de route n’a pas la valeur d’un contrat. Et comme l’assemblage d’un Rafale demande au minimum trois ans après versement du premier acompte, la question se pose : comment honorer une telle commande dans un délai aussi court ?
Livrer des Rafale d’occasion n’est visiblement pas à l’ordre du jour. Restent deux possibilités : soit un client export verra sa livraison décalée, avec le risque de pénalités pour Dassault Aviation. Soit l’armée de l’Air devra patienter pour recevoir ses propres avions.
117 Rafale en ligne, 45 en attente
Selon le rapport annexé au projet d’actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030, l’armée de l’Air disposait de 105 Rafale au 31 décembre 2024. Dassault Aviation en a livré 11 supplémentaires en 2025. Un dernier doit suivre cette année, ce qui portera le total à 117 appareils, sur les 137 attendus en 2030.
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Rafale en service au 31 décembre 2024 | 105 |
| Livrés en 2025 | 11 |
| Livrés en 2026 (prévu) | 1 |
| Total actuel (2026) | 117 |
| Objectif 2030 | 137 |
| Reste à livrer (au 31 déc. 2025) | 45 |
| Dont commandés en janv. 2024 (5e tranche) | 42 |
Source : La Voix de France
Au 31 décembre 2025, Dassault devait encore livrer 45 Rafale à l’armée de l’Air, dont 42 commandés en janvier 2024 au titre de la 5e tranche de production[1]. Cette tranche intègre le standard F4.2, qui inclut notamment la compatibilité avec le missile de croisière SCALP-EG rénové, le pod de reconnaissance Talios et une capacité de guerre électronique renforcée.
Pourquoi la livraison des 16 Rafale pose problème
Prélever sur la 5e tranche ou décaler l’export
Deux scénarios se dessinent. Premier cas : les 16 Rafale ukrainiens sont prélevés sur cette commande de 42 appareils. L’armée de l’Air recevra alors ses derniers exemplaires avec retard, peut-être après 2030. Deuxième cas : Dassault retarde une livraison export. Mais les carnets de commandes sont pleins.
La Serbie attend 12 Rafale neufs, commandés en août 2024 pour 2,7 milliards d’euros. L’Inde négocie un contrat portant sur 114 appareils supplémentaires, qui pourrait être signé cette année[4]. Avec 533 unités en commande ferme et huit pays clients à l’export, Dassault a déjà doublé ses capacités de production initiale pour porter la cadence à 4 appareils produits par mois.
Impossible pour les Ukrainiens d’attendre quatre à cinq ans selon le rythme actuel pour recevoir ces appareils. Il faudra donc les « prélever » sur des commandes en cours, que ce soit pour l’armée de l’Air française ou un client export[4].
Un précédent avec la Croatie

La France a déjà cédé des appareils destinés à son armée de l’Air. En 2021, Paris a vendu 12 Rafale d’occasion à la Croatie. Ces appareils provenaient de la flotte française et ont été remplacés par des exemplaires neufs, avec un décalage de plusieurs années.
Le financement européen via l’Ukraine Support Loan décharge partiellement le budget français. Mais la tension sur les chaînes de production demeure. Avec 117 Rafale en ligne sur les 137 prévus en 2030, toute ponction sur la 5e tranche retarde la montée en puissance française.
Paris devra trancher : retarder ses propres livraisons ou décaler un client export, avec le risque de pénalités contractuelles pour Dassault. La feuille de route du 13 juillet ne précise pas laquelle de ces options a été retenue.
Rafale Ukraine 2026 : les chiffres à retenir
- 16 Rafale annoncés pour l'Ukraine entre 2028 et 2029, financés par le prêt européen Ukraine Support Loan
- L'armée de l'Air attend encore 45 Rafale, dont 42 commandés en janvier 2024 au titre de la 5e tranche
- Dassault produit 4 Rafale par mois, avec 533 unités en commande ferme pour 8 pays clients
- Paris prêtera deux SAMP/T à l'Ukraine sur les huit en service, dont trois déployés à l'étranger
- Un radar GF300 de Thales partira pour Kiev avant la fin de l'année
- La feuille de route ne précise pas si les 16 appareils seront prélevés sur la commande française ou sur l'export
Sources
2 sources · 4 faits vérifiés

