Juin 2026. Dans les hôpitaux, les maisons de retraite et les domiciles de Bourgogne-Franche-Comté, 1 325 personnes sont décédées entre le 17 juin et le 2 juillet. Santé publique France attendait 952 décès sur cette période. Il y en a eu 373 de plus. Un excès de 39,2 %. C’est le bilan, publié ce mercredi 22 juillet, d’une canicule d’une intensité jamais vue depuis les relevés météorologiques. Et pour notre région, c’est l’un des bilans les plus lourds du pays.
Les chiffres, froids, disent l’ampleur. La Bourgogne-Franche-Comté figure parmi les cinq régions les plus frappées, derrière l’ÃŽle-de-France qui compte 1 999 décès en excès, le Centre-Val de Loire, la Normandie et les Pays de la Loire. Nos voisins d’Auvergne-Rhône-Alpes s’en sortent avec 214 décès en excès. Trois régions seulement échappent à cette hécatombe : la Corse, l’Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur, moins exposées à la chaleur sur cette période.
Parce que la canicule de juin 2026 n’a épargné personne. Santé publique France le souligne : cet excès de mortalité touche pour la première fois toutes les tranches d’âge à partir de 15 ans. Les plus de 75 ans restent les premières victimes, deux tiers du bilan national avec 3 719 décès en excès, soit une hausse de 33,3 %. Mais cette fois, les jeunes adultes, les actifs, les moins fragiles en apparence ont eux aussi payé le prix d’une chaleur qui n’a laissé aucun répit.
Météo-France ne tergiverse pas : cette canicule dépasse en sévérité celle d’août 2003, référence morbide ancrée dans la mémoire collective française. Les 24 et 25 juin ont été les deux journées les plus chaudes jamais enregistrées en France. Pour la première fois, la température moyenne sur 24 heures a atteint 30 degrés Celsius. Le 23 juin avait déjà établi un record à 29,9 degrés. Des chiffres qui semblent abstraits, mais qui traduisent une réalité concrète : une chaleur écrasante, jour et nuit, sans fenêtre de répit pour que les corps récupèrent.
Une canicule en plein mois de juin
Ce qui rend cette vague de chaleur particulièrement meurtrière, c’est aussi sa précocité. Juin, c’est le mois des examens scolaires, des salles de classe surchauffées, des lycéens qui passent le bac. C’est aussi le mois des grands rassemblements festifs et sportifs, des foules en extérieur. Les contextes d’exposition ont été multiples, variés, souvent sous-estimés. On ne se méfie pas autant de la chaleur en juin qu’en août. Les réflexes de protection ne sont pas encore installés. Et pourtant, le mercure n’a pas attendu l’été calendaire pour frapper.
Santé publique France insiste sur un point que personne ne peut plus ignorer : le changement climatique augmente la probabilité de subir de tels épisodes de canicule, très intenses, de plus en plus tôt dans l’année. Ce que nous vivons n’est pas une anomalie. C’est une nouvelle norme qui se dessine, et à laquelle nos corps, nos infrastructures, nos modes de vie ne sont pas préparés.
À Dijon, Besançon, Chalon-sur-Saône, Belfort, les services de santé ont vu affluer les victimes de coups de chaleur, de déshydratation, de malaises. Les personnes âgées à domicile, isolées, sans climatisation, ont payé le plus lourd tribut. Mais les décès ont aussi concerné des actifs, surpris par l’intensité et la durée de l’exposition. Le bulletin de Santé publique France parle d’une « intensité remarquable et d’une durée d’exposition à la chaleur » qui ont marqué tout le territoire hexagonal.
Les données restent provisoires. Le bilan pourrait encore s’alourdir à mesure que les certificats de décès seront consolidés. Mais dès aujourd’hui, une chose est sûre : juin 2026 restera dans les mémoires comme le mois où la chaleur a tué, massivement, précocement, et sans distinction d’âge. Et en Bourgogne-Franche-Comté, le choc est d’autant plus brutal que notre région a été l’une des plus durement frappées de France.

