Deux incendies hors de contrôle fusionnent à moins de cinquante kilomètres de Madrid. Plus de 6 000 hectares détruits, des milliers d’habitants évacués, l’état d’urgence national déclaré.
Les colonnes de fumée noircissent le ciel au-dessus de l’ouest de la région madrilène. Depuis jeudi soir, deux feux distincts ravagent la zone boisée entre Chapineria et Navas del Rey. Vendredi 24 juillet, attisés par des vents à plus de 50 km/h et des températures exceptionnellement élevées, ils se rejoignent pour former un seul front de flammes. La capitale espagnole, à une cinquantaine de kilomètres, est désormais menacée.
Sur le terrain, les pompiers sont débordés. Depuis 24 heures, ils tentent de contenir la progression du feu. Une quarantaine de maisons ont déjà été détruites. Les habitants de Chapineria, commune directement exposée, reçoivent l’ordre d’évacuer dans l’urgence. « Je suis très nerveuse, car je n’ai jamais vécu une chose pareille avant. Il y a des flammes partout », témoigne une habitante. Lucia Moya, maire de la commune, alerte : « Le danger imminent est ce feu qui s’approche. Il est déjà à Navas del Rey. »
État d’urgence national et évacuations massives
Face à l’ampleur des feux, le Premier ministre Pedro Sánchez déclenche l’état d’urgence nationale. Plusieurs dizaines de milliers d’habitants sont évacués depuis jeudi soir. Dans la grande communauté de Madrid, 10 000 personnes ont déjà quitté leur domicile[1]. Les résidents d’une maison de retraite sont exfiltrés dans la précipitation. Des animaux de compagnie, que leurs propriétaires n’ont pas eu le temps d’emporter, sont récupérés par les secours.
À Aldea del Fresno, village de l’ouest madrilène, Ecologio Cabrera, retraité de 86 ans, reste sous le choc : « Si tu ne fuis pas devant lui et que tu essaies de lui faire face, il te dévore[3]. » Dans certains quartiers de la capitale, le ciel est obstrué, le soleil peine à percer, l’odeur de fumée imprègne l’air.
Les sinistrés trouvent refuge dans des gymnases, parfois sans avoir pu emporter l’essentiel. « Le quartier s’est rempli de fumée et on nous a dit d’évacuer. Alors on est parti en courant et on n’a rien pu prendre avec nous », raconte une habitante évacuée. « Nous avons dû dormir par terre, ce qui au final signifie que vous ne dormez pas vraiment. Mais bon, grâce aux voisins, on a reçu à manger et à boire », confie une autre.
Plus de 270 pompiers et militaires mobilisés, renforts européens demandés

Plus de 270 pompiers et militaires sont déployés sur les différents fronts[2]. Les moyens aériens, dont des Canadairs de l’armée de l’air espagnole, larguent de l’eau en continu. Mais la progression reste difficile à enrayer : le feu avance rapidement dans les zones désertiques où la broussaille alimente les flammes.
L’Espagne demande des renforts à Bruxelles : quatre moyens aériens supplémentaires. La Grèce s’engage à envoyer deux Canadairs[2]. Les autorités régionales insistent sur la gravité de la situation. « Pour une région comme celle-ci, avec une forte concentration de logements et de population, c’est une catastrophe[3] », déclare une responsable locale.
Pour l’heure, aucune victime n’est à déplorer. Mais les dégâts matériels sont immenses : plus de 6 000 hectares détruits, 53 maisons rasées[3], un camping entièrement consumé. Les feux continuent de progresser à l’ouest et au nord de la région de Madrid, alimentés par la vague de chaleur qui sévit depuis plusieurs jours. La sécheresse et les températures extrêmes, observées depuis juin en Europe de l’Ouest, rendent les forêts et la végétation particulièrement inflammables.
Pourquoi la situation est dramatique
Une dynamique qui rappelle les incendies français de l’été
Ces incendies espagnols surviennent au même moment que les feux qui ravagent la Gironde. En France, la presqu’île du Cap-Ferret fait l’objet d’une évacuation totale, par la route et par bateau, pour évacuer les estivants du bassin d’Arcachon[3]. Les deux pays voisins affrontent des situations similaires, conséquence directe de conditions météorologiques extrêmes.
En Espagne, la province d’Ávila, au nord-ouest de Madrid, est également touchée par un feu particulièrement virulent qui a entraîné l’évacuation de milliers d’habitants[2]. Les autorités coordonnent désormais les moyens de secours à l’échelle nationale. Les équipes sont en route vers les régions les plus touchées, mais la situation reste « dramatique », selon les termes employés par les responsables locaux.
Les prochaines heures seront décisives. La fusion des deux incendies majeurs complique la tâche des pompiers. Les vents violents, s’ils persistent, pourraient encore accélérer la propagation. Les habitants évacués ne savent pas quand ils pourront regagner leurs domiciles. Certains redoutent de retrouver leur maison réduite en cendres.
Incendies près de Madrid : les chiffres
- Deux incendies majeurs fusionnent à l'ouest de Madrid vendredi 24 juillet
- Plus de 6 000 hectares détruits, 10 000 personnes évacuées dans la région
- État d'urgence national déclaré par le Premier ministre Pedro Sánchez
- 270 pompiers et militaires mobilisés, renforts européens demandés
- Aucune victime, mais 53 maisons détruites et un camping consumé
- Vents à plus de 50 km/h et vague de chaleur compliquent la lutte
Sources
3 sources · 8 faits vérifiés

