Le Danemark vient de signer le premier contrat export du SAMP/T NG, système de défense aérienne franco-italien : 1,5 milliard d’euros pour quatre batteries, avec des livraisons prévues dès 2028.
L’annonce est tombée mardi 21 avril 2026, dans un communiqué de Thales publié à l’occasion de ses résultats du premier trimestre. Ni l’OCCAR, ni Eurosam, ni MBDA n’avaient jusqu’ici confirmé la signature. Seul un avis de marché de l’Union européenne avait divulgué lundi l’existence d’une commande danoise de 1,46 milliard d’euros portant sur quatre systèmes SAMP/T NG. Le contrat avait en réalité été signé fin mars, le 24 mars exactement, entre le ministère danois de la Défense et Eurosam. Copenhague avait imposé un embargo sur toute communication publique jusqu’après les élections.
Pour le SAMP/T, en service depuis 2011 en France et en Italie, il s’agit de la première vente export dans sa version nouvelle génération. Le seul précédent remonte à 2013, avec la fourniture d’un système hybride à Singapour par MBDA, mais sans participation de Thales. Le Danemark devient ainsi le troisième pays à rejoindre le club des utilisateurs du SAMP/T NG, après la France et l’Italie.
Une sélection acquise en septembre 2025 face au Patriot
En septembre 2025, Copenhague avait annoncé la sélection du SAMP/T NG à l’issue d’une compétition qui comptait six candidats. Parmi eux figurait le Patriot de Raytheon, concurrent américain qui avait jusqu’ici raflé l’essentiel des contrats export dans le monde, y compris en Europe[1]. Trois autres offres européennes étaient également en lice face à Eurosam. La décision danoise s’appuyait sur les recommandations du chef de la défense danois Michael Hyldgaard.
L’État français s’est fortement mobilisé dans cette campagne. La présidence de la République et le ministère des Armées ont multiplié les démarches pour appuyer l’offre franco-italienne. Le contexte jouait en faveur du système européen : les délais de livraison américains se sont allongés, notamment à cause de l’engagement des stocks de missiles PAC-3 MSE dans l’opération Epic Fury contre l’Iran. Plusieurs pays européens ayant déjà commandé le Patriot font face à des retards de calendrier. Le chef de la défense suisse Martin Pfister a d’ailleurs déclaré en mars 2026 qu’un second système de défense aérienne devrait « de préférence être produit en Europe » pour réduire la dépendance à une seule chaîne d’approvisionnement, le SAMP/T apparaissant comme l’alternative privilégiée.
Ce que livre Thales : radar, commandement et autodirecteur

Dans ce contrat, Thales agit comme intégrateur du système SAMP/T NG, en collaboration avec MBDA. L’industriel français fournira le radar Ground Fire, dont la production a débuté début 2025 et qui a déjà réussi un tir de qualification au sein du système français. Ce radar offre une portée de 400 kilomètres, une couverture panoramique à 360° et une élévation jusqu’à 90°. Thales livre également le système de commandement et de contrôle, ainsi que l’autodirecteur des missiles Aster[2].
Le module d’engagement nouvelle génération (ME-NG), développé par Thales avec MBDA, équipe la configuration danoise. Son architecture ouverte facilite l’intégration avec d’autres systèmes européens de défense aérienne. Les Danois recevront les missiles Aster 30 B1 et Aster 30 B1NT, dont la production monte en puissance pour répondre à la demande accrue.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Montant du contrat | 1,46 milliard d’euros |
| Nombre de systèmes | 4 |
| Date de signature | 24 mars 2026 |
| Début des livraisons | 2028 |
| Portée du radar Ground Fire | 400 km |
Source : La Tribune, AeroTime
Pourquoi ce premier contrat export change la donne
Premier client pour l’architecture SkyDefender
Thales présente ce contrat comme le premier succès commercial de SkyDefender, son architecture intégrée de défense aérienne et antimissile multicouche et multidomaine dévoilée le 11 mars 2026. Le système danois s’inscrit dans cette logique de défense en profondeur, capable de s’interfacer avec d’autres couches de protection et d’autres réseaux de commandement européens[3].
La Suisse pourrait devenir le prochain client. Berne a déjà commandé le Patriot, mais les retards de livraison américains et la volonté affichée de diversifier les sources d’approvisionnement renforcent l’attractivité du SAMP/T NG. Le calendrier de Washington s’est en effet tendu depuis l’engagement des stocks dans l’opération Epic Fury, ce qui a ravivé les interrogations parmi les acheteurs européens déjà confrontés à des délais.
Un contrat sous embargo jusqu’après les élections
La discrétion entourant la signature du 24 mars s’explique par des considérations électorales. Le gouvernement danois avait exigé d’Eurosam et de ses partenaires industriels qu’aucune annonce publique ne soit faite avant le scrutin. C’est Thales qui a finalement révélé l’affaire mardi, dans le cadre de sa communication trimestrielle aux investisseurs, près d’un mois après la conclusion formelle du contrat[4].
L’avis de marché publié lundi sur un site de l’Union européenne avait levé une partie du voile, en confirmant le montant et le nombre de systèmes. Mais aucun des acteurs institutionnels ou industriels habituellement prompts à célébrer ce type de succès n’avait pris la parole. L’OCCAR, qui pilote le programme SAMP/T NG, et MBDA, comaître d’œuvre avec Thales au sein d’Eurosam, étaient restés muets jusqu’à l’annonce de Thales.
Livraisons à partir de 2028, dans un marché européen tendu
Les premières batteries danoises seront livrées à partir de 2028. Le calendrier bénéficie de la montée en cadence de la production du SAMP/T NG et des missiles Aster, engagée depuis 2025. La configuration danoise profitera aussi des qualifications opérationnelles réalisées pour les systèmes français et italiens.
Le contrat ne précise pas si des obligations de compensation industrielle (offsets) s’appliquent. Les achats danois de cette ampleur sont généralement soumis à une clause d’offset de 25 % de la valeur du contrat, mais aucun détail public n’a été communiqué sur ce point[5]. La répartition du travail au sein du consortium Eurosam, détenu à parts égales par MBDA France, MBDA Italie et Thales, n’a pas non plus été rendue publique.
Ce contrat survient au moment où plusieurs pays européens renforcent leurs défenses aériennes. Pologne, Pays-Bas, Roumanie, entre autres, ont tous lancé ou relancé des programmes. Le SAMP/T NG dispose désormais d’une référence export et d’une légitimité opérationnelle renforcée par son engagement en Ukraine, où des systèmes français ont été déployés. Cette première percée commerciale pourrait ouvrir la voie à d’autres ventes en Europe, à condition que la montée en puissance industrielle suive la demande.
SAMP/T NG au Danemark : les points clés du contrat
- Le Danemark signe le 24 mars 2026 un contrat de 1,46 milliard d'euros pour quatre systèmes SAMP/T NG
- Il s'agit de la première vente export du SAMP/T NG, en service depuis 2011 en France et en Italie
- Copenhague avait sélectionné le système franco-italien en septembre 2025 face au Patriot américain
- Thales fournira le radar Ground Fire, le système de commandement et l'autodirecteur des missiles Aster
- Les livraisons débuteront en 2028, dans un contexte de retards sur les commandes américaines
- La Suisse envisage également le SAMP/T NG pour diversifier ses approvisionnements en défense aérienne
Sources
5 sources · 5 faits vérifiés

