Souveraineté numérique, redistribution du marché des assistants IA et premières interdictions européennes concrètes : l’intelligence artificielle française se réarme en 2026 face aux géants américains.
Pendant plusieurs années, Palantir équipait la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) de ses outils d’analyse. Ce chapitre se clôt. Sébastien Lecornu a confirmé le remplacement de l’américain par ChapsVision, société française qu’a fondée Olivier Dellenbach. La bascule interviendra dans le courant de 2027, une fois les « technicalités » réglées. Le ministre a pris soin de ne pas préciser la date exacte du débranchement effectif de Palantir.
ChapsVision ne débarque pas de nulle part dans le paysage régalien : elle collaborait déjà avec le ministère de l’Intérieur avant cette annonce. Son positionnement repose sur la promesse d’une IA de confiance, pensée pour des administrations qui ne peuvent pas confier leurs données à des serveurs étrangers relevant du droit américain. L’entreprise ambitionne de s’imposer comme le champion européen de la donnée et de l’IA de confiance, face à des acteurs américains qui ont longtemps occupé le terrain sans concurrent crédible.
Le basculement ne sera pas instantané. L’horizon 2027 laisse Palantir en place encore plusieurs mois. Et la question des performances techniques comparées des deux outils n’est pas tranchée publiquement. Le modèle américain a eu le temps de s’enraciner dans les pratiques des équipes de la DGSI. Déloger un outil opérationnel dans le renseignement intérieur ne relève pas du seul acte politique.
OpenAI perd sa majorité absolue
Pendant trois ans, OpenAI a régné sans partage sur le marché des assistants IA. Ce monopole de fait s’efface. ChatGPT est passé pour la première fois sous la barre des 50 % de part de marché, selon Le Figarobousculé par Google et Anthropic[2]. Ce glissement change la lecture du secteur. OpenAI n’est plus le seul acteur à définir les standards d’usage.
Google, avec Gemini, et Anthropic, avec Claude, gagnent du terrain sur un marché que la concurrence rend plus fragmenté. Pour Mistral AI, acteur français qui joue sa carte dans cet environnement, l’érosion du leader crée mécaniquement de l’espace, même si les écarts de ressources restent considérables. La société française a levé plus de 1,3 milliard de dollars et atteint une valorisation de 11,7 milliards d’euros. En mars, elle a dévoilé le modèle Small 4, qui combine traitement de texte, raisonnement et analyse d’images dans une architecture Mixture of Experts (MoE), avec une latence réduite de 40 % par rapport à la génération précédente[4].
Le véritable tournant stratégique arrive avec Mistral Forge, plateforme lancée officiellement en mars. Cette infrastructure permet aux grandes entreprises et aux gouvernements d’entraîner des modèles linguistiques entièrement personnalisés sur leurs données propriétaires sensibles, sans exposer aucune de ces données à un service cloud tiers américain. C’est un point de rupture pour les industries hautement régulées : finance, défense, santé, secteur public[4].
Cette recomposition a une toile de fond politique directe. Quelques jours après l’interdiction du modèle Mythos 5 hors des États-Unis par l’administration Trump, les dirigeants d’OpenAI, Anthropic, Google DeepMind et Mistral AI ont participé à un déjeuner de travail avec les chefs d’État du G7 et des pays partenaires. La gouvernance de l’IA se discute désormais au sommet des États, et la France entend peser dans ces arbitrages.
Bruxelles interdit les IA de déshabillage dès décembre

L’Union européenne impose au 2 décembre une obligation technique de blocage pour les IA de déshabillage, contraignant les plateformes mondiales à se mettre en conformité sur le marché européen[2]. Ces outils, qui génèrent des images de nudité à partir de photos de personnes habillées, sont désormais bannis. L’AI Act franchit ainsi une première interdiction concrète, après des mois de discussions sur les garde-fous éthiques et juridiques.
Cette mesure concerne directement les plateformes mondiales qui hébergent ou facilitent l’accès à ces outils. Les régulateurs nationaux pourront infliger des amendes aux entreprises qui ne bloqueraient pas ces services. La directive s’inscrit dans une stratégie plus large de régulation de l’IA, où l’Europe entend fixer des standards mondiaux plutôt que de suivre les normes américaines ou chinoises.
Pourquoi la souveraineté IA se joue maintenant
French Tech Next40 : Bercy mise sur la rupture
La promotion 2026 du French Tech Next40, sélectionnée par Bercy, marque un virage vers des technologies de rupture[2]. Parmi les entreprises retenues figurent Pasqal, spécialiste de l’informatique quantique, et Aura Aero, qui développe des avions régionaux électriques. Ce virage reflète une volonté politique de concentrer le soutien public sur des secteurs où la France peut prétendre à un leadership technologique mondial, plutôt que de disperser les financements.
La deeptech franchit 38 % du Next40, avec 15 nouveaux entrants et un chiffre d’affaires cumulé de 11,3 milliards d’euros[5]. Cette montée en puissance témoigne d’un écosystème qui a su convertir la recherche académique en entreprises capables de lever des fonds significatifs. Wandercraft, qui développe des exosquelettes, et AMI Labs, acteur de l’IA appliquée, figurent également dans cette promotion.
Le dossier ChapsVision résonne avec une tendance plus large identifiée par Le Figaro : les géants de la tech sont américains, de plus en plus chinois, mais la France dispose de chercheurs de renommée mondiale, portés par une formation mathématique d’excellence. L’écosystème existe. La question est de savoir si les pouvoirs publics lui donnent les commandes suffisantes pour s’imposer face aux hyperscalers et aux plateformes de surveillance américaines[2].
À VivaTech, dirigeants et responsables politiques européens ont appelé à réduire la dépendance technologique envers les États-Unis, après la décision de l’administration Trump de restreindre l’accès aux modèles d’Anthropic. La présence d’acteurs publics français sous la bannière Numérique.gouv, ainsi que celle du CNRS, témoigne de l’importance accordée à la souveraineté technologique. Le CNRS a insisté sur le rôle de la recherche fondamentale dans la construction de cette souveraineté, un message qui résonne avec les ambitions affichées par plusieurs régions françaises[5].
Gabriel Attal, dans sa campagne présidentielle, a proposé un plan IA de 200 milliards d’euros[2]. Le chiffre a fait réagir, autant pour son ampleur que pour son ambition : il placerait la France au niveau des investissements américains dans le secteur. Reste à voir comment ce plan serait financé, et s’il s’agit d’une enveloppe publique ou d’un mixte public-privé. Le débat sur la souveraineté numérique n’est plus théorique : il se joue désormais dans les arbitrages budgétaires et les choix de fournisseurs des administrations.
IA française 2026 : les faits clés
- ChapsVision, société française, remplacera Palantir auprès de la DGSI, probablement en 2027
- ChatGPT est passé pour la première fois sous les 50 % de parts de marché des assistants IA
- L'Union européenne interdit les IA de déshabillage à partir du 2 décembre 2026
- Mistral AI a levé plus de 1,3 milliard de dollars et atteint une valorisation de 11,7 milliards d'euros
- Le French Tech Next40 2026 compte 38 % de deeptech, avec Pasqal, Aura Aero et Wandercraft
- Gabriel Attal propose un plan IA de 200 milliards d'euros dans sa campagne présidentielle
Sources
3 sources · 9 faits vérifiés

