Pascale Billard arpente son camping de Saint-Jean-de-Losne, en Côte-d’Or, et compte les emplacements vides. Là où elle devrait afficher complet, elle tourne à 65 %. La raison, elle la connaît par cœur : chaque jour, le téléphone sonne, des habitués âgés ou fragiles annulent leurs séjours. « Normalement à cette saison on devrait être à 100 % tous les jours et là on tourne à 65 % avec les annulations », explique-t-elle. En cause : la canicule, qui devrait à nouveau pousser le thermomètre au-delà des 30 degrés dès mardi 28 juillet.
Ce ne sont pas des nuitées isolées qui disparaissent, mais des séjours de quinze jours en moyenne. Des habitués fidèles qui, face à la chaleur, ne prennent plus le risque. « Des gens âgés, avec des problèmes de santé, qui n’osent plus camper », précise Pascale Billard. L’impact sur la trésorerie est immédiat, brutal.
À quelques kilomètres, à Auxonne, Philippe Bouvret voit la même désaffection. Son camping accueille surtout des touristes de passage, en route vers le Sud. Sauf que là, le flux se tarit. « On a un manque de passage, dû à la canicule. Et puis on a les feux qui freinent tous les gens qui devaient descendre dans le Sud », constate-t-il. Il redoute déjà les jours à venir : « ça va être difficile d’être dans un camping en plein soleil avec 40 degrés. »
Les campings simples et municipaux en première ligne
En faisant le tour de ses emplacements, Philippe Bouvret croise un couple de cyclotouristes, habitués des campings estivaux. Cette année, partout où ils sont passés, même constat : « peu importe la taille du camping, c’était loin d’être plein. On ne réserve jamais et on a toujours trouvé de la place », raconte le mari. Un témoignage qui dit tout de l’état du secteur.
Étienne Pascal, président de la Fédération de l’hôtellerie de plein air de Bourgogne-Franche-Comté, confirme une fracture nette dans la profession. Le début de saison, mai et juin, a été correct. Mais depuis, les campings les moins équipés trinquent. « On a évidemment moins de passage dans les campings de passage. Les campings les moins équipés ressentent aussi une baisse de fréquentation. Ce sont ceux qui ont peu de services, c’est-à-dire les campings simples, les campings municipaux. Ils sont drastiquement en baisse », détaille-t-il.
À cela s’ajoute un autre facteur, qui pèse lourd : le pouvoir d’achat. Avec des carburants à plus de 2 euros le litre, les vacanciers raccourcissent leurs trajets, restent plus près de chez eux. La canicule décourage, le prix du plein achève.
Philippe Bouvret, lui, garde un peu d’espoir. Mai et juin ont été satisfaisants. Mais si la semaine caniculaire qui s’annonce tient ses promesses, les annulations risquent de continuer. Et avec elles, une saison amputée.

