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Incendies à Bordeaux et Madrid : 325 000 évacués, les pompiers face à « l’orage de feu »

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Jamais une flaque d’eau n’avait autant soulagé. À Saint-Jean-d’Illac, près de Bordeaux, la fine pluie tombée dans la nuit de dimanche à lundi a offert un peu de répit aux pompiers. Mais ce lundi matin, tous le savent : « Il peut repartir à tout moment », confie l’un d’eux, sous couvert d’anonymat. Car les brasiers qui ravagent la France et l’Espagne sont loin d’être maîtrisés. Plus de 325 000 personnes ont dû fuir leurs maisons, dans une catastrophe écologique et économique qui frappe de plein fouet la région bordelaise et la périphérie ouest de Madrid.

Quinze kilomètres. C’est la distance qui sépare les flammes de l’agglomération bordelaise. En Gironde, après plusieurs jours de progression ininterrompue, la situation est restée globalement stable au cours de la nuit, selon la préfecture. Pas d’évolution majeure à signaler, mais une accalmie jugée provisoire par tous ceux qui combattent le feu. Les colonies de vacances, les camps scouts, les séjours adaptés aux personnes handicapées : tout est suspendu dans le département.

Dans la cour d’un établissement scolaire réquisitionné, une quarantaine de camions de pompiers stationnent à côté de citernes prêtées par des agriculteurs et des professionnels du bâtiment. Des dizaines de sapeurs aux traits tirés, les yeux fatigués, petit-déjeunent dans le réfectoire. « On a tourné partout pour protéger les maisons, mais on n’a rien trouvé, le feu n’est jamais arrivé », raconte l’un d’eux. Sa mission : sécuriser les zones périurbaines pour éviter que les habitations ne brûlent comme au Porge ou au Cap-Ferret, la presqu’île touristique évacuée dès vendredi.

Car le brasier a déjà englouti 240 habitations[5]. Sur les pourtours du bassin d’Arcachon, les pompiers ont fait face dans la nuit de samedi à dimanche à un phénomène redouté : un « pyrocumulonimbus », appelé aussi « orage de feu ». Un nuage de fumée et de chaleur qui génère ses propres vents, alimentant les flammes de manière quasi incontrôlable.

Bordeaux en ligne de mire, la chaleur de retour

La région bordelaise, réputée mondialement pour son vignoble, est aussi celle de France qui compte le plus de campings. Quarante-cinq établissements ont été évacués, soit environ 40 000 campeurs[1]. Dimanche, la préfète de Gironde Sophie Brocas a lancé un appel sans ambiguïté : « J’incite les touristes à ne pas venir, ne pas rejoindre la Gironde », invitant ceux déjà présents à « envisager une autre destination ». Pendant ce temps, la solidarité locale s’organise.

Mais le répit pourrait être de courte durée. Météo-France prévoit une nouvelle vague de chaleur sur le sud-ouest à partir de mardi, avec des températures maximales jusqu’à 40 °C. Les vents, un peu moins forts, seront plus secs. Une configuration redoutée par tous les sapeurs : elle peut relancer les brasiers en quelques heures.

Madrid face au pire incendie de son histoire

A dramatic scene of a forest fire lighting up the night with intense flames and silhouetted trees.
A dramatic scene of a forest fire lighting up the night with intense flames and silhouetted trees. — Photo : Deep Rajwar / Pexels

La nuit a été tout aussi intense dans la région de Madrid. Les autorités espagnoles annoncent les premiers retours à domicile ce lundi pour certains évacués, « une fois les conditions de sécurité réunies », selon le préfet régional Francisco Martín Aguirre. Mais la situation reste qualifiée de « très compliquée » à cause d’un vent fort, et de nouvelles évacuations ne sont pas exclues.

Dans un café situé à quelques kilomètres au nord du feu d’Avila, le plus important de l’histoire de l’Espagne, un pompier confie tôt lundi qu’il a passé toute l’après-midi et toute la nuit de dimanche à essayer, en vain, d’éteindre les flammes[1]. Les services de secours madrilènes s’attendent à « des rafales de vent pouvant atteindre 30 km/h qui compliqueront la tâche » dans la journée.

Deux des trois incendies ayant déjà ravagé 6 000 hectares à l’ouest de Madrid ont fusionné, selon les autorités[3]. Pour la présidente régionale Isabel Díaz Ayuso, c’est clair : « Pour une région comme celle-ci, avec une forte concentration de logements et de population, c’est une catastrophe. » Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a rappelé que la priorité est de « sauver des vies ». Le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska a parlé d’une situation « complexe ».

Var et Corse : d’autres fronts ouverts

En France, la Gironde n’est pas seule. Un autre incendie reste très actif dans le sud-est, dans le département du Var. Ce feu a déjà parcouru 3 250 hectares en cinq jours et a nécessité des évacuations ponctuelles, près de 2 000 personnes au total[4]. En Corse, l’île est aussi en proie depuis plusieurs jours à un incendie que les pompiers peinent à maîtriser en Haute-Corse, où le feu sur le secteur de Corte a parcouru plus de 800 hectares.

Une Europe sèche, des forêts qui s’enflamment

A landscape of bare, burnt trees standing lifeless after a wildfire, depicting nature's resilience.
A landscape of bare, burnt trees standing lifeless after a wildfire, depicting nature's resilience. — Photo : Engin Akyurt / Pexels

Ces incendies ne sont pas des accidents isolés. Les forêts s’enflamment d’autant plus facilement que la végétation et les sols européens sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par les canicules exceptionnelles qui ont traversé le continent en juin et en juillet. L’évaporation accélérée de l’eau a transformé les massifs forestiers en poudrières.

En Espagne, au total, près de 130 000 hectares ont déjà brûlé depuis le 1er janvier 2026, selon le Système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS)[3]. En 2025, plus de 393 000 hectares avaient été dévorés par les flammes dans le pays, le pire bilan de son histoire récente selon l’EFFIS.

À Bordeaux, au parc des Expositions transformé en centre d’accueil, entre 5 000 et 6 000 « réfugiés du feu » ont dormi sur des lits de camp ou des tapis de sol[4]. Beaucoup n’ont pas fermé l’œil de la nuit. « On nous a dit : il faut évacuer. On a vu des colonnes de fumée, comme un volcan qui allait exploser », raconte Frédéric Tavitian, 70 ans, désorienté et abattu.

Les pompiers, eux, se préparent à une nouvelle journée. Une journée sous haute tension, avec la chaleur en embuscade.

Jean-Luc Céleste
Jean-Luc Céleste
Jean-Luc Céleste, rédacteur régional(e) — La Voix de France. Textes produits avec l'assistance de l'IA et relus par notre équipe éditoriale.

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