Huit ans après la fermeture d’Autolib’, l’ÃŽle-de-France remet le couvert. ÃŽle-de-France Mobilités (IDFM), l’autorité qui organise les transports dans la région, lance un appel d’offres d’ici fin 2026 pour installer un nouveau service d’autopartage dès 2027. Cinq cents véhicules pour commencer, cinq mille si ça prend. Le projet a été annoncé mi-janvier par Valérie Pécresse, présidente d’IDFM et de la région. L’objectif : permettre aux Franciliens de se passer d’acheter une, deux, voire trois voitures par foyer.
Cette fois, l’autorité régionale veut éviter les erreurs du passé. Fini les batteries Bolloré impossible à maintenir, fini les conflits entre le syndicat gestionnaire et l’opérateur, fini les dettes abyssales. Le nouveau système fonctionnera « en boucle » : on prend le véhicule dans une station, on le ramène au même endroit. Pas de free-floating, pas de voitures abandonnées n’importe où. Des locations courtes (quelques heures) ou moyennes (quelques jours), accessibles dès dix-huit ans, à des tarifs abordables.
L’appel d’offres doit être publié avant la fin de l’année. Les emplacements des stations seront décidés en concertation avec les communes franciliennes au cours de 2027. IDFM a déjà publié un appel à candidatures le 7 juillet pour identifier les villes intéressées. Les premières mises en service sont attendues fin 2027, avec une montée en puissance progressive jusqu’à cinq mille véhicules si la demande suit.
Un fiasco encore dans les mémoires
Autolib’, c’était entre 2011 et 2018 : près de quatre mille voitures électriques en autopartage, des places réservées, un système de bornes dédiées. Sur le papier, une révolution. Dans les faits, un naufrage financier. Le service s’est arrêté en juin 2018, embourbé dans un conflit ouvert entre le syndicat gestionnaire (le SAVM) et le groupe Bolloré, sur fond de déficit colossal. Le groupe reprochait aux élus leur inaction face aux difficultés, les élus pointaient la dégradation du service et l’optimisme excessif de Bolloré sur les perspectives[5].
Anne Hidalgo, alors maire de Paris, avait qualifié d’« abracadabrantesque » la somme réclamée par le groupe pour solder le contrat. L’opposition parisienne, elle, dénonçait un « fiasco » de plus, après les déboires du Vélib’ la même année. Depuis, d’autres opérateurs ont tenté leur chance dans la capitale. Certains, comme Zity du groupe Renault, ont jeté l’éponge après trois ans d’exploitation[4].
Une demande des acteurs du secteur
Du côté des professionnels de l’autopartage, le projet est accueilli avec intérêt. Marco Viviani, PDG de Communauto France, y voit une reconnaissance institutionnelle du modèle comme alternative crédible à la possession d’un véhicule. « Depuis plusieurs années, nous demandions que l’autorité organisatrice de transport soutienne le développement de l’autopartage. L’enjeu, maintenant, est d’imaginer un service qui démultiplie l’offre existante pour offrir le meilleur service aux Franciliens, et évite les erreurs des services publics passés », souligne-t-il[2].
La flotte prévue mêlera plusieurs catégories de véhicules : utilitaires pour un déménagement ponctuel, citadines pour un trajet professionnel, gabarits intermédiaires pour un déplacement familial. IDFM n’a pas encore précisé les motorisations retenues, mais on s’attend logiquement à du tout-électrique. Les discussions avec les collectivités locales commenceront dès 2026 pour fixer les implantations des stations. Reste à savoir si, dix ans après Autolib’, les mentalités et la technologie auront suffisamment évolué pour éviter un nouveau naufrage.
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

