Le gouvernement britannique signe avec Leonardo un contrat d’un milliard de livres pour 23 hélicoptères de moyenne capacité et maintient le dernier site de fabrication du pays.
Le 2 mars 2026, le ministère de la Défense britannique a annoncé la conclusion d’un contrat de 1 milliard de livres (1,14 milliard d’euros) avec l’italien Leonardo pour la construction d’une nouvelle flotte de 23 hélicoptères de moyenne capacité. L’accord porte sur le modèle AW149, de dernière génération, et engage la production depuis l’usine de Yeovil, dans le Somerset. C’est le dernier site de fabrication d’hélicoptères militaires du Royaume-Uni. Sans ce contrat, Leonardo avait laissé planer le risque d’une fermeture.
Le site emploie quelque 3 000 salariés. Il n’avait reçu aucun contrat du gouvernement britannique depuis quatorze ans. Son directeur général, Roberto Cingolani, avait averti que l’usine pourrait fermer si l’attribution n’intervenait pas. La décision tombait le 1er mars, échéance ultime. Le ministère des Finances a donné son feu vert la veille.
L’usine de Yeovil date de 1915. Construite pendant la Première Guerre mondiale pour fabriquer des avions, elle devient, selon le ministre de la Défense John Healey, « le berceau de la production mondiale d’hélicoptères militaires de Leonardo ». L’engagement britannique sécurise le site et toute sa chaîne d’approvisionnement, que la fermeture aurait mise en péril.
Leonardo, seul en lice après le retrait d’Airbus et Lockheed Martin
Le programme New Medium Helicopters (NMH) avait initialement attiré trois candidats[1]. Airbus Helicopters et Lockheed Martin se sont retirés de la compétition, laissant Leonardo seul face au ministère. Le retard pris dans l’attribution du contrat a accentué la pression sur l’industriel italien, qui menaçait de fermer Yeovil faute de visibilité.
Le syndicat Unite, principal syndicat britannique, militait activement pour l’attribution du contrat. Il a salué vendredi une « formidable victoire » pour les salariés et pour le secteur. L’annonce officielle est intervenue le lundi suivant.
La compétition s’était concentrée sur des hélicoptères de moyenne capacité, un segment où l’AW149 de Leonardo s’est imposé. Le modèle équipe déjà plusieurs armées en Europe et au Moyen-Orient. La production britannique des 23 appareils renforcera les capacités des forces armées du Royaume-Uni dans les opérations de transport et de soutien.
Un objectif d’exportation de 15 milliards de livres en dix ans

Le ministère de la Défense britannique ne se contente pas de sécuriser la production nationale. Il affiche une ambition export : l’accord pourrait rapporter jusqu’à 15 milliards de livres (17 milliards d’euros) d’exportation sur les dix prochaines années[3]. Une vingtaine de pays, selon le ministère, auront besoin de nouveaux hélicoptères de moyenne capacité dans cette période.
Le calcul repose sur la capacité de Yeovil à devenir une plateforme de production pour les marchés internationaux, et non plus seulement pour les forces britanniques. Leonardo compte sur cet effet de levier pour rentabiliser l’investissement et justifier le maintien du site à long terme.
| Rubrique | Montant / Volume |
|---|---|
| Montant du contrat | 1 milliard de livres (1,14 milliard d’euros) |
| Nombre d’hélicoptères | 23 AW149 |
| Emplois préservés à Yeovil | 3 000 salariés |
| Exports visés (10 ans) | 15 milliards de livres (17 milliards d’euros) |
| Pays clients potentiels | Environ 20 |
Source : Ministère de la Défense britannique (via Boursorama)
Le succès de cette stratégie dépendra de la capacité de Leonardo à convertir l’effet d’annonce en contrats fermes. Le segment des hélicoptères de moyenne capacité reste disputé, avec des acteurs comme Airbus Helicopters (H145, H175) et Bell (412). Leonardo mise sur la référence britannique pour consolider sa position.
Pourquoi Londres sauve Yeovil avec Leonardo
Proteus, le drone autonome britannique en développement avec la Royal Navy
Le contrat ne se limite pas aux hélicoptères pilotés. Il prévoit également des investissements supplémentaires dans Proteus, le premier système aérien autonome sans équipage développé par Leonardo au Royaume-Uni. L’appareil a récemment effectué son premier vol et se trouve en développement avec la Royal Navy.
Proteus s’inscrit dans la montée en puissance des drones navals, utilisés pour des missions de reconnaissance, de guerre des mines ou de surveillance maritime. Le programme illustre la volonté de Leonardo de diversifier son offre au-delà des plateformes pilotées, dans un contexte où les budgets de défense européens intègrent de plus en plus les systèmes autonomes.
L’intégration de Proteus dans le contrat renforce la cohérence industrielle du site de Yeovil. Le drone partage des technologies et des chaînes d’assemblage avec les hélicoptères, ce qui permet de mutualiser les investissements. Le ministère de la Défense britannique n’a pas précisé le montant alloué spécifiquement à Proteus dans l’enveloppe globale.
Un investissement « avantageux pour la Grande-Bretagne à tous les niveaux »

John Healey, ministre de la Défense, a qualifié l’investissement d’« avantageux pour la Grande-Bretagne à tous les niveaux ». La formule résume l’équation recherchée par Londres : sécuriser une capacité stratégique, préserver des emplois industriels et ouvrir des perspectives export.
Le choix d’un groupe étranger, Leonardo, pour sauver le dernier site britannique de production d’hélicoptères n’est pas exempt de paradoxe. Mais il s’explique par l’absence d’acteur national dans ce segment depuis la disparition de Westland, racheté par l’italien AgustaWestland (devenu Leonardo Helicopters) en 2000. Yeovil est donc devenu un site de Leonardo, mais conserve une expertise et une main-d’Å“uvre britanniques.
Le contrat s’inscrit dans une stratégie de réindustrialisation de la défense britannique, affichée par le gouvernement travailliste depuis son retour au pouvoir. Le maintien de capacités souveraines, même détenues par des groupes étrangers, reste préféré à la perte sèche de compétences et d’emplois.
Une vingtaine de pays visés pour les exports
Le ministère de la Défense britannique table sur une vingtaine de pays susceptibles d’acheter des hélicoptères de moyenne capacité dans les dix prochaines années. Cette projection repose sur le renouvellement des flottes en Europe, au Moyen-Orient et en Asie-Pacifique, où plusieurs armées exploitent des appareils vieillissants.
Leonardo bénéficie déjà de références export avec l’AW149. Le modèle équipe notamment les forces polonaises, égyptiennes et thaïlandaises. La production britannique pourrait renforcer l’attractivité commerciale de l’appareil, en particulier auprès de pays membres du Commonwealth ou partenaires de l’Otan cherchant à standardiser leurs équipements avec le Royaume-Uni.
Le calendrier des livraisons n’a pas été précisé. Mais la montée en cadence de Yeovil dépendra de la concrétisation des intentions d’achat. Le site devra prouver sa compétitivité face aux usines de Leonardo en Italie et en Pologne, qui produisent également l’AW149.
La victoire syndicale d’Unite souligne la dimension politique du contrat. Le syndicat avait mobilisé les élus locaux et les députés pour faire pression sur le ministère. La fermeture de Yeovil aurait représenté un coup dur pour le Somerset, région peu industrialisée où l’usine joue un rôle économique central.
Contrat Leonardo-Royaume-Uni : les faits marquants
- Le ministère de la Défense britannique signe un contrat d'un milliard de livres avec Leonardo pour 23 hélicoptères AW149
- L'usine de Yeovil, dernière usine britannique d'hélicoptères, échappe à la fermeture après 14 ans sans contrat public
- Leonardo était seul en lice après le retrait d'Airbus Helicopters et Lockheed Martin
- Le contrat inclut des investissements dans Proteus, premier drone autonome britannique, développé avec la Royal Navy
- Le ministère table sur 15 milliards de livres d'exports en dix ans, avec une vingtaine de pays clients potentiels
- Le syndicat Unite salue une « formidable victoire » pour les 3 000 salariés du site
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés

