L’incendie qui ravage la Gironde depuis le 22 juillet menace directement plusieurs sites industriels et scientifiques de défense parmi les plus sensibles du pays, contraignant les entreprises à évacuer ou transférer du matériel.
Plus de 42 000 hectares sont partis en fumée. Le feu, parti de Saumos dans le Médoc, a forcé l’évacuation de 220 000 personnes dans le département de la Gironde. Un second foyer, à Biscarrosse dans les Landes, mobilise près de 600 sapeurs-pompiers supplémentaires et a provoqué l’évacuation de plus de 30 000 personnes. Les vents changeants ont poussé le front principal à une quinzaine de kilomètres de l’agglomération bordelaise avant un reflux partiel. La préfecture considère le sinistre non maîtrisé.
Le brasier touche l’un des écosystèmes industriels de défense les plus concentrés d’Europe, installé à l’ouest de Bordeaux, autour de l’aéroport de Mérignac et jusqu’au Bassin d’Arcachon. ArianeGroup, Dassault Aviation, Roxel, Thales et Safran, mais aussi le CESTA, fleuron de la dissuasion nucléaire, se retrouvent directement exposés ou à quelques kilomètres seulement des flammes.
Le CESTA et le Laser Mégajoule à quatre kilomètres du feu
Le Centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine se situait le 27 juillet à quatre kilomètres du front de feu, selon les données Windy. Implanté au Barp, entre Bordeaux et Arcachon, ce site du CEA rassemble environ 1 000 salariés sur 700 hectares au cœur du parc naturel régional des Landes de Gascogne. Il abrite le Laser Mégajoule, la plus grande installation laser d’Europe, colonne vertébrale du programme Simulation qui garantit la fiabilité des armes nucléaires françaises sans recourir à de nouveaux essais. La valeur de l’installation est estimée à plusieurs milliards d’euros.
Le CESTA ne stocke que très peu de matière radioactive sur place, l’essentiel étant concentré sur le site de Valduc, en Bourgogne. La direction se veut rassurante : après les mégafeux de 2022, l’armée a créé un vaste pare-feu autour du site. Un chercheur du CEA-Cesta a assuré dimanche à l’AFP que la situation restait sous contrôle et que la sécurisation était en cours[1]. Les autorités comptent sur l’A63, partiellement fermée, pour jouer le rôle de ligne coupe-feu.
Quatre sites ArianeGroup dans la zone évacuée

ArianeGroup possède quatre implantations dans la zone menacée, qui concentrent une partie de l’activité du groupe en Nouvelle-Aquitaine. L’entreprise emploie environ 3 400 salariés dans la région, sur un total de 8 300 en France et en Allemagne.
Deux sites se trouvent à Saint-Médard-en-Jalles, commune évacuée. L’un est classé SEVESO : il assure le chargement en propergol des propulseurs du missile balistique M51, pivot de la Force océanique stratégique. Le propergol est un mélange chimique hautement inflammable. Le second site, la station Licorne, se consacre au traitement et au recyclage du perchlorate d’ammonium issu des objets pyrotechniques.
Au Haillan, également évacué, le site de Candale assure l’intégration et l’assemblage des propulseurs des étages du M51 et de la fusée Ariane 6. Un nouveau centre de fabrication de matériaux composites, inauguré fin 2025, y emploie une cinquantaine de personnes supplémentaires[2]. Un quatrième site, à Sainte-Hélène, est rattaché à celui de Saint-Médard pour le stockage de perchlorate.
ArianeGroup a confirmé être en contact permanent avec les autorités locales et nationales. Le groupe indique que les enjeux liés à la protection de ses sites sont pris en compte.
Pourquoi ces sites industriels sont stratégiques
Dassault transfert du matériel sensible vers Mérignac et la base 106
L’usine Dassault Aviation de Mérignac, installée depuis 1950, assure l’assemblage final des Rafale ainsi que des jets d’affaires Falcon 900, 2000, 6X, 7X et 8X. Plus de 8 400 appareils civils et militaires en sont sortis depuis sa création. Le site emploie environ 2 000 salariés, dont plus de la moitié dans des activités tertiaires de conception, développement et soutien. Dassault a récemment renforcé ses effectifs dans un contexte de montée en cadence du Rafale, avec un objectif de quatre à cinq appareils par mois d’ici 2029.
Face à l’avancée du feu, la direction a transféré, en coopération avec la Direction générale de l’armement et la préfecture, une partie des équipements sensibles de ses sites de Martignas et du centre logistique de Cestas vers Mérignac et la base aérienne 106[3]. Les salariés non mobilisés sur ces opérations de transfert et de protection des emprises ont été placés en télétravail. Des travaux de terrassement destinés à créer des coupe-feu ont été engagés dès la semaine dernière.
L’entreprise a également indiqué que la plupart des salariés de ses sites de Mérignac et de Martignas restaient à domicile. L’usine de Mérignac assure aussi les essais en vol, tandis que le site de Martignas est spécialisé dans les aérostructures.
Roxel, Safran et Thales dans le viseur des flammes
Une implantation de Roxel France, filiale de MBDA spécialisée dans les moteurs de missiles, se trouve dans le complexe industriel à haut risque de Saint-Médard-en-Jalles, où elle produit des systèmes à propergol solide pour des missiles tactiques[4]. Roxel a indiqué avoir pris les mesures nécessaires pour protéger ses activités et ses salariés, avec le soutien des autorités.
À quelques kilomètres de là, des sites appartenant à Safran et Thales semblent également exposés. Aucune communication officielle n’a pour l’instant détaillé les mesures prises par ces deux groupes.
Airbus Atlantic évacue son site de Salaunes
Airbus Atlantic a évacué les salariés de son site de Salaunes à la demande des autorités. Cette usine produit des éléments de fuselage pour les avions Airbus A220 et A350[5]. L’entreprise n’a pas communiqué sur les mesures de protection du matériel ni sur un éventuel transfert d’équipements.
Les perturbations touchant ces industries stratégiques s’inscrivent dans un choc économique bien plus large à l’échelle de la Gironde. Selon les autorités locales, environ 13 000 entreprises sont coupées du monde et contraintes de recourir au système D. L’État priorise l’énergie et travaille sur les modalités d’indemnisation.
Incendies en Gironde : les sites de défense menacés
- Le CESTA, qui abrite le Laser Mégajoule, se situait à quatre kilomètres du front de feu le 27 juillet 2026.
- ArianeGroup possède quatre sites dans la zone évacuée, dont deux à Saint-Médard-en-Jalles, dont un classé SEVESO.
- Dassault Aviation a transféré des équipements sensibles de Martignas et Cestas vers Mérignac et la base aérienne 106.
- Roxel France produit des systèmes à propergol solide pour missiles tactiques à Saint-Médard-en-Jalles.
- Airbus Atlantic a évacué son site de Salaunes, qui produit des éléments de fuselage pour les A220 et A350.
- Environ 13 000 entreprises en Gironde sont coupées du monde et contraintes de recourir au système D.
Sources
5 sources · 5 faits vérifiés

