Orange et Morrison lancent une coentreprise à parité, adossée à un programme d’investissement de 3 milliards d’euros, pour porter à 400 MW la capacité d’hébergement des centres de données français de l’opérateur.
L’opérateur français et le gestionnaire d’actifs néo-zélandais ont signé un accord en vue de créer une joint-venture consacrée aux data centers en France. L’objectif : décupler les capacités d’Orange dans l’Hexagone, qui passent de quelques dizaines de mégawatts à 400 MW. Cette puissance représente près de la moitié de celle des plus gros campus d’hébergement du pays.
Le projet cible une clientèle d’entreprises qui cherche à la fois performance et souveraineté : grands comptes, PME et secteur public. Orange conserverait la distribution exclusive, via Orange Business, et le contrôle opérationnel des espaces dédiés à ses propres services. Morrison mobiliserait quant à lui des fonds propres dans le cadre de sa stratégie mondiale de création de valeur en infrastructures.
Cinq data centers existants et une ambition décuplée
Dans le montage envisagé, Orange apporterait cinq centres de données répartis sur quatre campus[1] : Chevilly-Larue en Val-de-Marne, Aubervilliers en Seine-Saint-Denis, Chartres en Eure-et-Loir et Val-de-Reuil dans l’Eure. À ces actifs existants s’ajouteraient l’expertise opérationnelle de l’opérateur et sa force commerciale. Morrison apporterait des capitaux et son expérience d’investisseur en infrastructures. La coentreprise serait co-contrôlée, chaque partenaire détenant 50 % du capital.
Comptablement, Orange ne consoliderait que sa quote-part de résultat, et non l’intégralité de l’activité. Cette structure allège le bilan de l’opérateur tout en lui conservant la main sur l’outil. Le programme d’investissement de 3 milliards d’euros combinera les actifs existants, les fonds propres du partenaire et de la dette[2].
La finalisation de l’opération est attendue au premier trimestre 2027, après la signature formelle de la documentation d’ici à la fin de l’année 2026 et les consultations des instances représentatives du personnel. L’accord reste soumis aux autorisations réglementaires.
Morrison, 30 milliards de dollars sous gestion et un pied en Europe

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Fondé en 1988 en Nouvelle-Zélande, Morrison gère plus de 30 milliards de dollars d’actifs au 31 mars 2026[3]. Le groupe investit à grande échelle dans les infrastructures, notamment en Europe, et applique une approche thématique affinée sur plusieurs décennies et cycles économiques. William Smales, directeur des investissements de Morrison, estime que l’avenir numérique de l’Europe nécessite des investissements massifs dans des infrastructures de confiance pour soutenir le cloud, l’IA et les applications gourmandes en données. Il juge que la France est bien positionnée pour mener l’économie numérique européenne.
La souveraineté numérique européenne se financera donc en partie avec des capitaux venus de l’autre bout du monde. Ce qui n’invalide rien du projet, mais mérite d’être posé : Morrison n’est ni français ni européen. L’opération repose sur l’association d’un opérateur historique ancré dans le territoire et d’un investisseur capable de mobiliser des moyens colossaux. Le montant reste toutefois bien inférieur aux dizaines de milliards d’euros que les hyperscalers américains ou chinois peuvent engager dans leurs infrastructures cloud.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Capacité cible | 400 MW |
| Investissement total | 3 milliards d’euros |
| Sites apportés par Orange | 5 data centers sur 4 campus (Chevilly-Larue, Aubervilliers, Chartres, Val-de-Reuil) |
| Part de détention | 50/50 Orange et Morrison |
| Finalisation prévue | T1 2027 |
| Actifs sous gestion Morrison | Plus de 30 milliards USD (mars 2026) |
Source : La TribuneClubic
Pourquoi Orange mise 3 milliards sur la souveraineté numérique
Souveraineté numérique et demande dopée par l’IA
Christel Heydemann, directrice générale d’Orange, a déclaré : « Nous sommes convaincus que la France aura besoin d’infrastructures numériques souveraines et de confiance pour répondre à l’explosion de la demande portée par le cloud et l’intelligence artificielle. Ce projet de coentreprise avec Morrison nous permettrait de révéler la valeur de nos actifs existants et de renforcer notre position dans les data centers[4]. »
Le partenariat s’inscrit dans la stratégie « Trust the Future » d’Orange, qui vise à faire de la confiance un avantage concurrentiel dans les solutions numériques pour les entreprises. La création d’une offre souveraine vise à répondre à l’accélération des besoins liés au cloud et à l’IA, tout en répondant aux besoins des clients d’Orange et d’Orange Business[5].
Face au développement des outils d’IA générative, de nombreux pays cherchent à construire de nouveaux centres de données ou à doper leurs infrastructures existantes. Ces équipements sont indispensables au fonctionnement de l’économie numérique, mais aussi très gourmands en énergie. La question de l’accès à la puissance électrique devient un goulot d’étranglement majeur pour les opérateurs qui veulent monter en capacité.
Un réseau électrique sous tension

La France compte actuellement environ 300 centres de données, mais seulement huit d’entre eux sont connectés au réseau à haute tension. Le projet Orange-Morrison prévoit 400 mégawatts de capacité, soit près de la moitié de la puissance des plus grands centres du pays. Ce bond pose la question de la disponibilité de l’énergie dans un réseau déjà sous tension.
Les hyperscalers, ces géants du cloud capables d’exploiter des centres de données de très grande capacité, investissent des dizaines de milliards d’euros dans leurs infrastructures mondiales. Amazon Web Services, Microsoft Azure ou Google Cloud peuvent déployer des sites de plusieurs centaines de mégawatts à travers le monde. Le montant de 3 milliards d’euros d’Orange et Morrison reste significatif à l’échelle française, mais modeste comparé aux moyens des acteurs mondiaux.
L’enjeu pour Orange est double : capter une part de la demande croissante d’hébergement souverain, tout en allégeant son bilan grâce à un partenariat financier. L’opérateur garde la main sur les opérations et la relation client, pendant que Morrison apporte les capitaux nécessaires à l’expansion. La finalisation au premier trimestre 2027 permettra de voir si le modèle hybride fonctionne dans un marché dominé par les géants américains et chinois.
Orange et Morrison : les chiffres du data center souverain
- Orange et Morrison créent une coentreprise à parité pour porter à 400 MW la capacité d'hébergement souverain en France, avec un investissement de 3 milliards d'euros.
- Orange apporte cinq data centers sur quatre campus (Chevilly-Larue, Aubervilliers, Chartres, Val-de-Reuil) ; Morrison mobilise des fonds propres et son expérience d'investisseur en infrastructures.
- La finalisation de l'opération est attendue au premier trimestre 2027, après consultation des instances représentatives du personnel et autorisations réglementaires.
- Morrison gère plus de 30 milliards de dollars d'actifs au 31 mars 2026 et investit à grande échelle dans les infrastructures, notamment en Europe.
- Le projet vise à répondre à l'explosion de la demande portée par le cloud et l'IA, tout en garantissant une infrastructure de confiance pour les entreprises françaises et européennes.
- La France compte environ 300 centres de données, mais seulement huit sont connectés au réseau à haute tension ; les 400 MW prévus représentent près de la moitié de la puissance des plus gros campus du pays.
Sources
5 sources · 5 faits vérifiés

