Neuf migrants sont décédés en tentant de rejoindre à la nage l’enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc, où plus de 1 500 personnes sont arrivées en quelques jours.
Jeudi 30 juillet, la représentation du gouvernement espagnol à Ceuta a confirmé la découverte de neuf corps de migrants repêchés en mer. Plusieurs centaines de personnes ont franchi la frontière ce jour-là, s’ajoutant aux arrivées massives enregistrées depuis le début de la semaine. Les autorités régionales parlent d’« urgence humanitaire et sociale absolue », les centres d’accueil étant saturés.
Des dizaines de personnes, en majorité très jeunes, ont atteint les côtes de l’enclave à la nage ou à pied à marée basse, contournant les barrières frontalières. Des bouées, palmes et combinaisons en néoprène jonchaient les plages ce jeudi matin. Certains migrants ont lancé des « au revoir le Maroc, bonjour l’Espagne ! » à leur arrivée.
Juan Vivas, président de la ville autonome de Ceuta, avait prévenu avant cette nouvelle vague : plus de 1 500 personnes étaient déjà arrivées « ces derniers jours », à un rythme moyen de 200 personnes par jour[2]. « Aujourd’hui, la situation est encore pire : davantage d’arrivées, des ressources débordées et une nouvelle vie perdue en mer », a-t-il écrit sur X.
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L’afflux le plus massif depuis 2021
Il s’agit de l’arrivée de migrants la plus importante dans cette enclave espagnole depuis 2021, année où plus de 10 000 personnes avaient traversé la frontière en deux jours. Le phénomène reste exceptionnel : le ministère de l’Intérieur espagnol n’avait enregistré aucune arrivée par la mer à Ceuta en 2026 jusqu’au 15 juillet[4]. Seules quatre personnes y étaient parvenues en 2025 et 28 en 2024.
Des témoignages recueillis sur place évoquent des rumeurs selon lesquelles la frontière devait ouvrir à l’aube jeudi. Ces arrivées coïncident avec les célébrations de la Fête du Trône au Maroc, marquant l’accession au pouvoir du roi Mohammed VI en 1999. Le roi a présidé jeudi à la mi-journée une réception officielle à M’diq, à une vingtaine de kilomètres de Fnideq, ville marocaine frontalière de Ceuta.
| Année | Nombre d’arrivées |
|---|---|
| 2024 | 28 |
| 2025 | 4 |
| 2026 (jusqu’au 15 juillet) | 0 |
| 2026 (fin juillet) | Plus de 1 500 |
Source : Le Figaro
Madrid mobilise l’armée et annonce des renvois

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a annoncé sur X la mobilisation de « toutes les ressources nécessaires » pour « apporter une réponse immédiate à la situation à Ceuta ». Le ministère de l’Intérieur a précisé dans la soirée que « les Forces armées renforceront la Garde civile dans l’exercice de ses compétences et celles qui pourraient s’avérer nécessaires pour maintenir la sécurité dans la ville de Ceuta ».
Fernando Grande-Marlaska, ministre de l’Intérieur, s’est rendu à Ceuta le vendredi suivant pour « suivre l’évolution de la situation » et rencontrer les autorités locales. Il a salué la « coopération exemplaire » avec le Maroc et annoncé que les deux pays mettraient en œuvre « des mesures pour le transfert vers le Maroc dès que possible de toutes les personnes qui sont entrées illégalement à Ceuta »[3].
Des troupes espagnoles sont arrivées pour renforcer la police des frontières au principal point d’entrée de Ceuta, Tarajal, situé au sud de ce territoire de 18,5 km². Le gouvernement espagnol affirme avoir déjà renvoyé environ 1 500 personnes lors de l’épisode de 2021, à l’exception des mineurs dont l’âge avait été confirmé par des tests médicaux[5].
Pourquoi l'afflux massif de migrants à Ceuta
Centres d’accueil saturés, témoignages bouleversants
Les centres d’accueil de Ceuta sont « débordés et saturés », selon Juan Vivas. Un habitant de Ceuta qui vient en aide aux migrants, souhaitant rester anonyme, a confié à l’AFP : « Ça me brise vraiment le cœur de voir tant de gens souffrir, et qui sait combien se sont réellement noyés en chemin. »
L’enclave espagnole, située sur la côte nord de l’Afrique, compte environ 85 000 habitants. Elle constitue, avec Melilla, l’autre enclave espagnole au Maroc, l’une des rares frontières terrestres entre l’Union européenne et l’Afrique. Ces territoires sont depuis longtemps des aimants pour les migrants africains tentant de rejoindre l’Europe.
Tensions diplomatiques en toile de fond
Ces arrivées massives interviennent dans un contexte de relations tendues entre Madrid et Rabat. En 2021, le Maroc s’était montré mécontent que le chef du Front Polisario, Brahim Ghali, soit soigné dans un hôpital espagnol. Le Polisario se bat pour l’indépendance du Sahara occidental depuis des décennies. Le territoire a été occupé par l’Espagne jusqu’en 1975, date à laquelle le Maroc a pris le contrôle de la majeure partie de la zone.
Il n’a pas été possible d’obtenir de commentaire des autorités marocaines au sujet de ces événements récents. Le contrôle des flux migratoires reste un enjeu majeur dans les relations bilatérales entre les deux pays, et l’épisode de juillet 2026 rappelle la fragilité de cet équilibre diplomatique.
Ceuta 2026 : les chiffres de la crise migratoire
- Neuf migrants décédés lors d'une traversée à la nage vers Ceuta le 30 juillet 2026
- Plus de 1 500 personnes arrivées en quelques jours, la plus importante vague depuis 2021
- L'Espagne mobilise l'armée et annonce le renvoi rapide des migrants vers le Maroc
- Centres d'accueil de Ceuta saturés, situation qualifiée d'« urgence humanitaire absolue »
- Aucune arrivée par la mer enregistrée à Ceuta du 1er janvier au 15 juillet 2026
- Les événements coïncident avec la Fête du Trône au Maroc, célébrant l'accession du roi Mohammed VI
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

