À Plateau Roy, lors de la plénière de la Collectivité Territoriale de Martinique jeudi, Serge Letchimy a posé les chiffres sur la table : 11 millions de recettes commerciales face à 165 millions de dépenses. Martinique Transport, l’opérateur public qui assure quelque 200 lignes sur tout le territoire, ne peut pas boucler seul. Et la rentrée scolaire, dans trois semaines, se joue maintenant.
Le président de l’Exécutif de la CTM le dit clairement : sur les 45 millions nécessaires pour assurer le transport des élèves en septembre, il en manque 20. Sans cet argent, la rentrée peut être hypothéquée. Comprendre : les bus scolaires risquent de ne pas rouler, ou pas tous, ou pas partout. Pour des milliers de familles entre Fort-de-France, Le Lamentin et les communes, c’est le trajet quotidien des enfants qui est en jeu.
La situation financière de Martinique Transport n’est pas nouvelle, mais elle devient urgente. Avec un tel déséquilibre, l’opérateur ne tient que par les subventions publiques. Et cette fois, le trou est tel qu’il faut trouver vite, très vite, une solution pour septembre.
Un plan de refonte sur trois ans en préparation
Face à cette impasse, Serge Letchimy a esquissé un plan de redressement sur trois ans. L’objectif : retrouver un équilibre budgétaire, revoir le modèle économique et repenser l’ensemble du réseau de transport public. Il y a trois semaines, une première réunion avait réuni le président de la CTM, Arnaud René-Corail de Martinique Transport, et trois représentants des agglomérations, Didier Laguerre, José Mirande et Gilbert Couturier[4]. Les bases d’une refonte complète ont été posées.
L’idée : redéfinir le transport sur l’île, réorganiser les lignes, peut-être revoir la gouvernance de l’entité elle-même. Mais à court terme, il faut d’abord sécuriser la rentrée. Une deuxième réunion s’est tenue au siège de Cap Nord, au Marigot, pour avancer sur ce double front : l’urgence de septembre et la réforme structurelle[4].
Allocation de rentrée scolaire : un versement le 18 août
Parallèlement à cette crise du transport, les familles martiniquaises aux revenus modestes attendent l’allocation de rentrée scolaire. Elle sera versée le 18 août par la Caisse d’Allocations Familiales et la Mutualité sociale agricole[5]. Cette année, les montants ont été revalorisés de 0,8 % : 426,87 euros pour un enfant de 6 à 10 ans, 450,41 euros pour un 11-14 ans, 466,02 euros pour un 15-18 ans[5].
L’aide concerne les enfants nés entre le 16 septembre 2008 et le 31 décembre 2020, scolarisés ou en apprentissage, ainsi que les plus jeunes déjà inscrits en CP[5]. Les plafonds de ressources, calculés sur les revenus 2024, vont de 28 956 euros pour un enfant à 49 002 euros pour quatre enfants, puis 6 682 euros par enfant supplémentaire[5].
Mais l’allocation, aussi bienvenue soit-elle pour acheter les fournitures et le cartable, ne résout pas la question du bus pour aller à l’école. Si Martinique Transport ne trouve pas les 20 millions manquants, certaines familles devront composer autrement. Et pour beaucoup, dans les communes éloignées, il n’y a pas d’alternative au bus scolaire.
Une population scolaire en baisse, mais un réseau sous tension
La rentrée 2026 en Martinique sera marquée par une nouvelle baisse des effectifs. En dix ans, entre 2016 et 2026, la population scolaire a reculé de près de 20 %, soit plus de 15 000 élèves en moins dans le premier et le second degré[1]. Les lycées généraux et technologiques sont particulièrement touchés, avec une chute attendue de 5,8 %, soit 379 élèves en moins[1].
Cette baisse démographique pourrait, en théorie, alléger la pression sur le transport scolaire. Mais le réseau reste étendu, dispersé sur tout le territoire, et les coûts fixes ne diminuent pas proportionnellement. Martinique Transport doit toujours assurer les mêmes lignes, souvent peu rentables, pour desservir les quartiers et les bourgs. La géographie ne change pas : il faut rouler, entretenir les bus, payer les chauffeurs, qu’il y ait 30 ou 50 élèves à bord.
À trois semaines de la rentrée, l’urgence est là. Les discussions continuent entre la CTM, les agglomérations et Martinique Transport. Mais le calendrier est serré, et les familles attendent de savoir si le bus passera bien devant chez elles début septembre.
Sources
3 sources · 8 faits vérifiés

