Vendredi 31 juillet, Nina Julié et Meryl Marlier sont entrées au gouvernement de Nouvelle-Calédonie. Deux femmes. Neuf hommes. Onze membres en tout. Vingt-sept ans après la naissance du gouvernement collégial, l’équilibre reste à trouver. La parité, ici, n’est pas une ligne d’arrivée proche : c’est un horizon qui recule.
Ce n’est pas faute d’avoir démarré autrement. En mai 1999, lorsque l’accord de Nouméa donne naissance à l’exécutif collégial, quatre femmes entrent d’emblée : Annie Beustes, Jacqueline Deteix, Marie-Claire Beccalossi, et Déwé Gorodey. Quatre sur onze. Une proportion forte, qui ne sera jamais vraiment consolidée.
Car le mécanisme électoral ne pousse pas à l’équilibre. Contrairement aux élections provinciales, où les listes alternent hommes et femmes, le gouvernement est élu par le Congrès au scrutin de liste proportionnel. Les sièges reviennent aux candidats selon leur ordre de présentation. Autrement dit : pour qu’une femme siège, il faut qu’un parti l’ait placée suffisamment haut sur sa liste. La responsabilité politique est donc entière, et les résultats parlent d’eux-mêmes.
Déwé Gorodey, vingt ans de permanence
Une figure traverse presque toute l’histoire de l’institution : Déwé Gorodey. Militante indépendantiste, enseignante, écrivaine, féministe. Elle entre au premier gouvernement en 1999 et y siège jusqu’en 2019. Vingt ans. Une longévité exceptionnelle dans la vie politique locale. Dès 2001, elle accède à la vice-présidence aux côtés de Pierre Frogier. Elle occupera cette fonction à plusieurs reprises, notamment avec Marie-Noëlle Thémereau.
Culture, condition féminine, citoyenneté, jeunesse, affaires coutumières : ses portefeuilles varient, mais son action reste associée à la reconnaissance de la culture kanak et à la place des femmes. Sa trajectoire est d’autant plus remarquable que les femmes indépendantistes, pourtant actives dans le militantisme politique et associatif, sont longtemps restées peu nombreuses dans l’exécutif.
Décédée en août 2022 à 73 ans, Déwé Gorodey demeure l’une des grandes figures du gouvernement collégial. Elle en a incarné la continuité, dans une institution marquée par les crises et les recompositions.
Marie-Noëlle Thémereau, première présidente
Le 10 juin 2004, une première rupture symbolique se produit. Marie-Noëlle Thémereau devient la première femme présidente du gouvernement calédonien. Le quatrième exécutif ne dure que quelques heures, une démission collective entraîne sa chute. Mais elle est réélue le 24 juin à la tête du cinquième gouvernement. Elle y reste jusqu’en 2007.
Pendant cette période, une configuration inédite se met en place : les deux premières fonctions de l’exécutif sont occupées simultanément par des femmes. Marie-Noëlle Thémereau à la présidence, Déwé Gorodey à la vice-présidence. Un symbole fort, qui ne s’est jamais reproduit depuis.
Le pic de 2015, puis le recul brutal
Entre 2015 et 2019, la représentation féminine atteint son point culminant. Cinq femmes siègent dans plusieurs gouvernements successifs : Cynthia Ligeard, Déwé Gorodey, Valentine Eurisouké, Hélène Iékawé, Sonia Backès, Isabelle Champmoreau. L’exécutif calédonien se rapproche alors de la parité comme jamais auparavant. Cynthia Ligeard devient même la deuxième femme présidente de l’histoire.
Avec le recul, ce niveau apparaît moins comme une étape vers l’équilibre que comme un sommet ponctuel. Car dès 2019, la tendance s’inverse brutalement.
Le 16e gouvernement, présidé par Thierry Santa, ne compte plus qu’une femme parmi ses onze membres : Isabelle Champmoreau. Le scénario se répète avec le 17e gouvernement, dirigé par Louis Mapou. Isabelle Champmoreau y est à nouveau longtemps la seule femme, bien qu’elle accède à la vice-présidence en juillet 2021.
Les secteurs stratégiques, un territoire masculin
Au-delà du nombre, la question se pose aussi par les responsabilités. Budget, finances, économie, mines, infrastructures, grands équipements : sur la durée, ces secteurs jugés stratégiques ont été très majoritairement pilotés par des hommes. La représentation féminine se joue donc à deux niveaux : combien de femmes autour de la table, et quelles fonctions exercent-elles une fois qu’elles y sont.
Avec l’entrée de Nina Julié et Meryl Marlier ce vendredi, le 19e gouvernement compte donc deux femmes pour neuf hommes. Un retour à une configuration déséquilibrée, loin de l’objectif de parité.
Vingt-sept ans après la création de l’institution, les chiffres dessinent une ligne brisée. Des pics, des creux, mais aucune progression linéaire. La présence des femmes dans l’exécutif calédonien reste une variable, pas une constante. Et tant que le mécanisme électoral ne l’imposera pas, elle continuera de dépendre de choix politiques qui, manifestement, ne font pas de la parité une priorité.

