EDF a stoppé trois réacteurs dans le Grand Est et réduit la puissance de quatre autres face à la chute du débit des rivières provoquée par la sécheresse.
Les deux réacteurs de la centrale de Chooz, dans les Ardennes, et l’un des quatre réacteurs de Cattenom, en Moselle, ne produisent plus un watt depuis le week-end. Le réacteur numéro 1 de Chooz s’est arrêté samedi 1er août à 23h05. Le deuxième ne tournait déjà plus depuis le 11 juillet. À Cattenom, un réacteur a été coupé dans la nuit de vendredi à samedi, à titre préventif. Lundi 3 août en début d’après-midi, aucun des trois n’avait encore redémarré.
La décision relève d’abord du droit : EDF applique l’accord franco-belge du 8 septembre 1998 sur la gestion des eaux de la Meuse. Ce traité prévoit que les installations françaises ajustent leur fonctionnement dès que le débit du fleuve menace de tomber sous le seuil nécessaire aux usages en aval, des deux côtés de la frontière. La centrale de Chooz se situe dans un méandre de la Meuse, à quelques kilomètres de la Belgique. Quand le fleuve faiblit, les rejets thermiques et chimiques de la centrale ne peuvent plus être dilués sans dommage pour l’environnement. L’exploitant coupe donc les machines.
Pour Cattenom, c’est la Moselle qui a imposé la décision. Le débit du cours d’eau, qui alimente en eau de refroidissement les quatre réacteurs du site, a chuté au point qu’EDF a préféré stopper l’une des unités plutôt que d’aggraver le réchauffement de la rivière. La température des cours d’eau monte naturellement avec la canicule. Les rejets d’eau tiède provenant du circuit de refroidissement amplifient le phénomène. Or, au-delà d’un certain seuil, la biodiversité aquatique souffre. Les autorisations d’exploitation nucléaire fixent donc des limites strictes de température et de débit.
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Sept réacteurs affectés sur l’ensemble du parc
Lundi, Ardennes et Moselle étaient placées en vigilance jaune canicule. Mais ce sont quatre autres réacteurs, sur des sites différents, qui fonctionnaient à puissance réduite. EDF a précisé que le réacteur numéro 3 de la centrale du Bugey, en Auvergne-Rhône-Alpes, avait subi une baisse de puissance pendant quelques heures. Le réacteur 4 de Tricastin, dans la Drôme, devait connaître le même sort mardi. Enfin, les deux réacteurs de Saint-Alban, également en Auvergne-Rhône-Alpes, ont été bridés lundi, le numéro 2 pendant quelques heures[1].
Ces mesures ne sont pas exceptionnelles. Chaque été caniculaire les impose. Les 57 réacteurs du parc français sont tous installés au bord d’un cours d’eau ou de la mer. Le refroidissement des installations exige des dizaines de mètres cubes d’eau par seconde. Quand les rivières chauffent ou s’assèchent, l’exploitant doit choisir entre réduire sa production ou dégrader durablement les milieux aquatiques. La réglementation tranche : la biodiversité l’emporte.
Le nucléaire assure environ 70 % de la production d’électricité française. Tout arrêt ou toute baisse de puissance se traduit donc par une diminution de l’offre disponible sur le réseau. Ces dernières années, la conjugaison des canicules, des maintenances et des corrosions sous contrainte a parfois tendu le système électrique en période estivale. L’hiver 2025-2026 avait déjà vu plusieurs réacteurs arrêtés pour maintenance programmée ou rechargement en combustible : Cruas 3 du 31 janvier au 24 avril, Dampierre 2 du 14 février au 13 mai, Saint-Alban 1 du 27 février au 21 juin[5].
Un équilibre fragile entre production et préservation des cours d’eau

L’accord de 1998 avec la Belgique n’est pas le seul texte qui encadre les prélèvements et les rejets. Chaque centrale détient une autorisation d’exploitation qui fixe des seuils maximaux de température de rejet et des débits minimaux en aval. Ces seuils varient selon les saisons et les caractéristiques du cours d’eau. Les services de l’État, via l’Autorité de sûreté nucléaire, vérifient le respect de ces prescriptions. En cas de dépassement, l’exploitant s’expose à des sanctions.
La France n’a pas encore connu d’épisode de black-out estival lié à la sécheresse. Mais la marge de manœuvre se réduit. Les scénarios de réchauffement climatique prévoient une multiplication des vagues de chaleur et une baisse tendancielle des débits d’étiage. Le parc nucléaire devra s’adapter : certains projets évoquent le renforcement des circuits de refroidissement, la construction de tours aéroréfrigérantes supplémentaires ou le déplacement progressif de nouvelles capacités vers le littoral. Pour l’instant, la réponse reste principalement réglementaire et conjoncturelle.
Pourquoi EDF doit couper ses réacteurs en cas de sécheresse
Aucune date de redémarrage annoncée
Lundi soir, EDF n’avait pas communiqué de calendrier pour la remise en service des trois réacteurs arrêtés. Tout dépend de l’évolution météorologique et hydrologique. Si les orages annoncés en milieu de semaine apportent des précipitations suffisantes, le débit de la Meuse et de la Moselle pourrait remonter. Dans ce cas, les réacteurs redémarreraient en quelques heures. Si la sécheresse persiste, l’arrêt se prolongera. Les équipes d’exploitation surveillent en continu les mesures de débit et de température transmises par les stations hydrométriques.
L’exploitant a déjà vécu ce type de situation les étés précédents. En 2022 et 2023, plusieurs réacteurs avaient été stoppés ou bridés pendant plusieurs jours consécutifs. L’été 2026 confirme que le nucléaire français, conçu dans les années 1970 et 1980, n’avait pas anticipé des épisodes climatiques aussi fréquents. La question n’est plus de savoir si les arrêts climatiques se reproduiront, mais combien de jours de production seront perdus chaque année.
Sécheresse et nucléaire : les arrêts du 3 août 2026
- Les deux réacteurs de Chooz arrêtés depuis le 11 juillet et le 1er août
- Un réacteur de Cattenom coupé dans la nuit de vendredi à samedi
- Quatre autres réacteurs bridés lundi : Bugey 3, Tricastin 4, Saint-Alban 1 et 2
- L'accord franco-belge de 1998 impose le respect d'un débit minimum sur la Meuse
- Ardennes et Moselle en vigilance jaune canicule lundi 3 août
- Aucune date de redémarrage communiquée par EDF
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés


