La start-up française Alta Ares annonce un protocole d’entente avec l’industriel ukrainien General Cherry pour doter ses intercepteurs de drones de logiciels d’IA embarquée.
Le protocole porte sur deux briques logicielles : C2 Cyclop pour le guidage à mi-parcours, Pixel Lock pour le guidage terminal. Les deux systèmes seront intégrés au drone intercepteur Bullet, fabriqué par General Cherry et déjà engagé en production série. L’objectif affiché tient en trois mots : détection, identification, suivi de cible, avec pour horizon la neutralisation de menaces aériennes rapides dans un environnement saturé.
Pour Alta Ares, l’accord ukrainien s’inscrit dans une séquence industrielle intense. Quelques semaines plus tôt, la société avait signé avec Airbus lors du salon ILA Berlin, puis avec MBDA à Eurosatory. Les trois coopérations visent le même segment : la lutte anti-drones, secteur où la demande opérationnelle européenne explose depuis que les drones Shahed ont figé les lignes de front à l’Est.
Deux logiciels, un intercepteur
Le Bullet de General Cherry reçoit donc deux couches d’intelligence artificielle française. C2 Cyclop pilote la phase intermédiaire du vol, entre le lancement et l’approche finale. Pixel Lock prend le relais à courte distance pour verrouiller la cible et ajuster la trajectoire malgré les contre-mesures électroniques. L’ensemble forme une chaîne logicielle autonome, conçue pour fonctionner sous brouillage.
General Cherry n’a pas communiqué de calendrier de livraison ni de volume de production, mais le terme « production série » indique que le Bullet dépasse le stade du prototype. L’industriel ukrainien cherche à renforcer ses capacités d’interception face à une menace aérienne qui ne faiblit pas[1].
Trois accords en six semaines
Début juin, Alta Ares signait avec Airbus Defence and Space à Berlin pour intégrer ses intercepteurs dans les réseaux de commandement et de contrôle de l’avionneur. L’idée : relier détection, identification et interception dans une seule chaîne opérationnelle, sans passer par des missiles sol-air onéreux pour traiter des cibles lentes et peu coûteuses.
Quelques jours plus tard, à Eurosatory, la start-up officialisait un partenariat avec MBDA sous le programme ELISA, piloté par la DGA. L’accord porte sur l’intercepteur X-Lock d’Alta Ares, combiné à l’expertise armement du missilier. Objectif : produire plusieurs centaines d’intercepteurs par mois dès début 2027, entièrement en Europe, pour contrer les drones de type Shahed[4].
La séquence Airbus-MBDA-General Cherry montre une stratégie d’encerclement industriel : Alta Ares ne vend pas seulement des systèmes finis, elle fournit des briques logicielles que d’autres intègrent dans leurs plateformes. C’est le pari de l’IA comme composant, plutôt que comme produit autonome.
Pourquoi ces partenariats successifs comptent pour la défense européenne
50 millions d’euros levés en juin
Début juin, Alta Ares bouclait un tour de table de 50 millions d’euros mené par Air Street Capital, avec la participation de Cherry Ventures, OTB Ventures et Harpoon Ventures. La levée finance l’industrialisation, le développement produit et l’expansion internationale, notamment des capacités de production à Toulouse et en Ukraine[3].
Le conseil consultatif de la société réunit Philippe Lavigne, ancien chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace et ancien commandant suprême pour la Transformation de l’Otan, ainsi que le général Corentin Lancrenon. La présence de deux officiers généraux français renforce la crédibilité opérationnelle d’une entreprise fondée en 2024.
Deux intercepteurs maison

Alta Ares développe aussi ses propres systèmes. Le Black Bird, intercepteur à voilure fixe de 6 kg, atteint 670 km/h grâce à un turboréacteur fourni par l’alsacien ALM Meca. Portée annoncée : 30 km ou 20 minutes de vol. Le système a été testé dans un cadre Otan en février avec les forces estoniennes, par -17 °C au sol et -25 °C en altitude, avec validation du guidage terminal sous brouillage, de la transmission vidéo et du verrouillage Pixel Lock[3].
Le X-Lock, plus court, affiche une portée de 15 km. Il cible les menaces type Shahed, drones lents mais difficiles à abattre économiquement avec des missiles classiques. C’est ce système qu’Alta Ares co-produira avec MBDA dans le cadre d’ELISA, avec une montée en cadence prévue dès 2027.
Une stratégie européenne face à la saturation
Le marché de la défense anti-drones connaît une tension inédite. Les armées européennes cherchent des solutions peu coûteuses, rapidement déployables, capables de traiter des essaims ou des cibles isolées sans mobiliser des systèmes lourds comme le SAMP/T ou les Patriot. Le conflit ukrainien a démontré que les drones lents saturent les capacités de défense aérienne classique.
Alta Ares mise sur l’IA embarquée pour réduire le coût unitaire de l’interception et autoriser un engagement autonome. Le guidage terminal Pixel Lock permet au drone intercepteur de poursuivre sa cible même sous contre-mesures électroniques, condition sine qua non dans un environnement brouillé.
L’accord avec General Cherry ouvre un accès direct au théâtre ukrainien, où les systèmes se testent en conditions réelles. Pour Alta Ares, c’est un laboratoire d’endurance. Pour General Cherry, c’est un gain de capacité immédiat sur un segment où chaque amélioration compte.
| Partenaire | Date | Objet |
|---|---|---|
| Airbus Defence and Space | Juin 2026 (ILA Berlin) | Intégration d’intercepteurs dans les réseaux C2 Airbus |
| MBDA | Juin 2026 (Eurosatory) | Co-production X-Lock sous programme ELISA (DGA) |
| General Cherry (Ukraine) | Août 2026 | Intégration logiciels C2 Cyclop et Pixel Lock dans Bullet |
Source : Air & Cosmos
Alta Ares affiche désormais des implantations à Paris, Toulouse, Kyiv, Abou Dhabi, Athènes, New York, Munich et Londres. La start-up revendique des déploiements opérationnels en Europe, au Moyen-Orient et en Asie, sans détailler les pays ni les volumes.
La montée en puissance reste à confirmer. Les centaines d’intercepteurs mensuels promis avec MBDA dès 2027 nécessitent une chaîne d’approvisionnement industrielle européenne stabilisée, condition difficile à tenir dans un contexte de tensions sur les composants et les capacités de production. Mais l’enchaînement des accords montre qu’Alta Ares a trouvé un segment porteur : celui de la défense aérienne de masse à bas coût, où personne n’a encore de solution industrielle mature à l’échelle européenne.
Alta Ares et General Cherry : les points clés de l'accord
- Alta Ares signe avec l'ukrainien General Cherry pour intégrer deux logiciels d'IA (C2 Cyclop, Pixel Lock) dans le drone Bullet
- Troisième accord en six semaines après Airbus (juin) et MBDA (juin)
- Levée de 50 millions d'euros début juin menée par Air Street Capital
- Black Bird testé en février 2026 en Estonie par -17 °C avec validation du guidage sous brouillage
- Production X-Lock prévue dès début 2027 avec MBDA : plusieurs centaines d'unités par mois
- Alta Ares fondée en 2024, implantée à Paris, Toulouse, Kyiv, Abou Dhabi, Athènes, New York, Munich, Londres
Sources
3 sources · 4 faits vérifiés

