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Nouvelle-Calédonie : 109 millions d’euros à trouver avant fin août, le shutdown menace

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Milakulo Tukumuli a posé les mots qu’on n’aime jamais entendre d’un président de gouvernement : « On est en cessation de paiement. » Le dirigeant du 19ᵉ gouvernement de Nouvelle-Calédonie, investi vendredi dernier après les élections provinciales du 28 juin, s’exprimait mercredi devant la presse, à l’issue de la première réunion de collégialité de son exécutif de plein exercice. Le diagnostic est brutal : il manque 13 milliards de francs Pacifique, soit 109 millions d’euros, et sans financement supplémentaire d’ici la fin du mois, le territoire risque un « shutdown complet ».

Les onze membres du gouvernement ont reçu mercredi l’attribution de leurs portefeuilles à l’unanimité. Mais l’état de grâce a duré le temps d’un vote : la réalité financière rattrape immédiatement l’équipe formée par L’Eveil océanien, petit parti centriste de Tukumuli, et les formations non-indépendantistes. La Nouvelle-Calédonie, qui jouit d’une large autonomie pour gouverner ses affaires, traîne encore les conséquences des émeutes de mai 2024. Bilan : 14 morts, plus de deux milliards d’euros de dégâts, et une économie qui ne s’est jamais redressée.

Les caisses sont vides, les échéances arrivées. La collectivité du Pacifique Sud doit trouver de l’argent, vite, pour éviter la paralysie de ses services publics et le non-versement des prestations sociales. La ligne rouge : fin août 2026.

Mobilisation des financements du pacte : l’État en première ligne

Mardi, une réunion s’est tenue entre le gouvernement calédonien et l’État, représenté par la Mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie (MINC). L’objectif : mobiliser les financements prévus par le pacte de refondation lancé en mars, et renforcé lors de l’accord Elysée-Oudinot du 19 janvier[3]. Amaury Decludt, directeur de la MINC, a livré quelques chiffres rassurants. Sur les 432 millions d’euros budgétés pour 2026, environ 141 millions ont été décaissés. « Cela laisse encore une marge importante », a-t-il déclaré à l’AFP, évoquant la possibilité de prêts garantis par l’État ou de subventions directes[1].

Le pacte de refondation économique, présenté par le Premier ministre Sébastien Lecornu en décembre dernier, visait explicitement le « maintien de l’équilibre global des finances publiques et sociales calédoniennes en 2026 et sur les prochains exercices budgétaires, dans le but d’éviter toute rupture dans le fonctionnement des services publics essentiels et le versement des prestations sociales »[2]. Le budget 2026, adopté en février par le Congrès à 33 voix pour et 10 abstentions du groupe UC-FLNKS et Nationalistes, combinait environ 300 millions d’euros de prêts intégrés au budget primitif et près de 136 millions d’euros supplémentaires obtenus en janvier, notamment une subvention fléchée vers les comptes sociaux et le système électrique[2].

Le territoire bénéficie par ailleurs de deux « années blanches » qui le dispensent de rembourser ses emprunts en 2026 et 2027[4]. Une respiration indispensable, mais qui ne suffit pas à combler le trou immédiat.

Un budget 2026 en recul de 630 millions d’euros

Hand holding pen, analyzing budget with charts and graph paper.
Hand holding pen, analyzing budget with charts and graph paper. — Photo : Kindel Media / Pexels

Le budget 2026 de la Nouvelle-Calédonie, qualifié de « budget de responsabilité » par Christopher Gygès, membre du gouvernement en charge des finances, s’élève à 155,7 milliards de francs Pacifique, soit 1,3 milliard d’euros pour le budget propre[4]. En y ajoutant les budgets destinés aux collectivités locales et aux établissements publics, l’ensemble atteint près de 2,8 milliards d’euros. C’est un recul d’environ 630 millions d’euros par rapport au budget 2025[2]. Un recul qui traduit la contraction brutale de l’économie locale.

L’apport de l’État grimpe à 37 milliards de francs Pacifique, dont 21,5 milliards extraits de la dernière tranche du prêt garanti, orientés vers le budget de répartition qui atteint 101 milliards de francs, destinés aux provinces et communes[4]. L’État a aussi promis 60 millions d’euros de soutien direct aux collectivités locales en 2026, et garanti un prêt de 370 millions d’euros, en échange de réformes structurelles pour rééquilibrer les finances publiques d’ici 2030[3]. Un contrat financier pluriannuel, combinant restauration de la soutenabilité de la dette et soutien direct, prévoit une enveloppe maximum de 380 millions d’euros cumulés sur la période 2027-2030.

Nickel, relance et jeunesse : les autres piliers du pacte

Le pacte de refondation ne se limite pas à l’urgence budgétaire. Il prévoit jusqu’à 500 millions d’euros pour moderniser la filière nickel en 2026, sous réserve de l’élaboration d’un plan de rentabilité validé par des experts[3]. Ce plan doit être élaboré au premier semestre 2026 par les autorités locales compétentes, avec l’appui de l’État. Le secteur du nickel, en difficulté bien avant les émeutes de mai 2024, doit impérativement retrouver la rentabilité, avec un calendrier clair. La philosophie du Premier ministre : s’il existe un chemin de retour à la rentabilité des usines, l’État accompagnera la période de transition et aidera à baisser le coût de l’énergie. Un des objectifs : définir une stratégie nickel mi-2026, sujet jugé « urgent »[4].

Un plan de relance de 200 millions d’euros financera des projets de diversification économique (pêche, agro-alimentaire, numérique) et d’adaptation au changement climatique, en plus des 104 millions déjà engagés pour la reconstruction des bâtiments publics détruits en 2024[3]. Enfin, une enveloppe de 70 millions d’euros est prévue pour la jeunesse, c’est-à-dire la lutte contre le décrochage scolaire et la réussite éducative.

Mais avant la relance, avant la stratégie nickel, avant la jeunesse, il faut payer les retraites, faire tourner les hôpitaux, et garder les services publics debout. Fin août, c’est dans trois semaines. Le compte à rebours a commencé.

Sophie Marigaux
Sophie Marigaux
Sophie Marigaux, rédactrice régional(e) — La Voix de France. Textes produits avec l'assistance de l'IA et relus par notre équipe éditoriale.

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