Pauline Ferrand-Prévôt a probablement perdu toute chance de conserver son titre sur le Tour de France femmes 2026, après avoir concédé cinq minutes lors de l’étape montagnarde de Belleville-en-Beaujolais.
Le silence s’est abattu sur la zone d’arrivée de Belleville-en-Beaujolais, mercredi 5 août. Sous un soleil écrasant, Pauline Ferrand-Prévôt pédalait sur son home trainer, le visage fermé, face à un public sonné. Distancée à plus de 30 kilomètres de l’arrivée dans le col de Durbize, la Rémoise venait d’encaisser un nouveau coup dur : cinq minutes perdues au classement général, deux jours après avoir déjà cédé plus de deux minutes lors du contre-la-montre de la 4e étape.
Demi Vollering, Katarzyna Niewiadoma et Marlen Reusser ont fait la différence dans la montée. Attaque de la Néerlandaise, incapacité de Ferrand-Prévôt à suivre le rythme. Une fois l’écart creusé, plus moyen de revenir. “Il faut être honnête. Demi, Kazia et Marlen sont clairement au-dessus. Je n’ai aucune honte à le dire. C’est comme ça. On ne peut pas toujours gagner mais on peut se battre, au moins j’ai essayé”, a reconnu la Française après une demi-heure de récupération.
Son beau-père Dany et sa mère Sylviane sont restés longtemps à ses côtés, bras croisés dans le dos, silencieux. “Pourquoi tu salues la foule ?”, a souri faiblement Ferrand-Prévôt quand son beau-père a quitté les lieux. Le visage de la championne s’est peu à peu détendu à mesure que ses coéquipières et son staff venaient l’enlacer pour la réconforter.
Un retard irrécupérable au général
Devant le bus jaune et noir de la Visma | Lease a Bike, le contingent de journalistes français s’était gonflé d’une vague de micros internationaux, signe de l’ampleur de la secousse. Cinq minutes de retard, c’est bien plus qu’un accident de parcours : c’est une porte qui se ferme sur les ambitions de la tenante du titre. “Pour le général, c’est irrécupérable”, reconnaît-elle sans détour.
Rutger Tijssen, son entraîneur, a tenté de positiver : “On n’est pas déçu, parce qu’elle a donné le maximum qu’elle pouvait donner aujourd’hui, ce qui est le plus important pour un athlète de haut niveau. C’est une réalité et maintenant on doit dessiner un nouveau plan.” Étonnamment, il assure que “Pauline était dans un bon jour. Elle a continué à pousser. Elle a cinq minutes de retard parce qu’il lui a manqué quelques secondes au sommet pour s’accrocher, après, une fois l’écart fait…”
Au sommet du col de la Durbize, Ferrand-Prévôt était pourtant bien entourée. Cédrine Kerbaol et Anna van der Breggen roulaient à ses côtés, sans oublier sa coéquipière Sarah Van Dam, placée dans l’échappée matinale comme prévu par le plan collectif. “On savait que ça serait une journée difficile, sans plat. On voulait du monde dans l’échappée, ce qu’on a fait. Quand j’ai atteint le sommet, on m’a dit que Pauline avait un écart, je l’ai attendue pour réduire l’écart au maximum. On a peu parlé, j’étais à fond”, a raconté la Canadienne. Insuffisant pour ramener la leader française dans le coup.
Le plan exécuté, la force absente
“Pauline et Sarah ont exécuté le plan. Mais Pauline n’a pas été assez forte aujourd’hui pour s’accrocher dans la pente avec les autres favorites pour le classement général. Elle a été proche de s’accrocher”, a tenté Rutger Tijssen. L’entraîneur a écarté la thèse du coup de chaud, bien que la chaleur ait souvent été évoquée par la Française ces derniers jours : “Tout le monde souffre de la chaleur, on ne peut pas changer ça. On peut juste agir dessus. Pauline était à 99 % aujourd’hui.”
Ce 99 % n’a pas suffi. Demi Vollering, favorite annoncée après sa victoire au Giro d’Italia plus tôt cette saison, a confirmé sa domination. Katarzyna Niewiadoma-Phinney, gagnante en 2024 et troisième en 2025, et Marlen Reusser complètent ce trio qui semble hors de portée pour Ferrand-Prévôt[3]. La Française, qui avait bâti sa saison pour être au sommet en août, se retrouve désormais à cinq minutes du podium, avec encore des étapes redoutables à venir, dont le mont Ventoux.
Pourquoi Ferrand-Prévôt a perdu la course
Cap sur les victoires d’étape
Ferrand-Prévôt bascule désormais en mode chasseuse d’étape. “Je ne peux pas me plaindre”, avait-elle commencé à dire après l’arrivée, avant que la phrase ne reste en suspens. Le parcours 2026, avec ses 18 795 mètres de dénivelé positif cumulé, un record pour le Tour de France femmes —, était censé lui convenir. Elle avait coché l’étape reine du mont Ventoux comme terrain de jeu privilégié. Mais encore faut-il avoir les jambes.
La course a débuté le 1er août à Lausanne, en Suisse, et s’achèvera le 9 août à Nice après neuf étapes totalisant 1 174,7 kilomètres[3]. Vollering, qui portait déjà le maillot jaune avant cette 5e étape, a consolidé son avance. Reusser et Niewiadoma complètent le podium provisoire. Ferrand-Prévôt, elle, pointe désormais au-delà de la dixième place au général[5].
“Il y a un réel engouement” pour ce Tour de France femmes, avait souligné un journaliste avant le départ. L’enthousiasme du public, massé en Beaujolais malgré la chaleur, en témoigne. Mais cet enthousiasme s’accompagne d’une déception palpable pour les supporters français : voir la championne en titre, vainqueure à Châtel en 2025, lâchée dans les grands cols, c’est un scénario que personne n’avait anticipé avec cette brutalité.
Demi Vollering, grande patronne

Demi Vollering, recrutée par la FDJ United-Suez avant cette saison, a vite imposé sa loi. “Elle était moins forte en début de saison”, avait-on dit. Mais elle était aussi forte qu’en 2025 : Paris-Roubaix, le Tour des Flandres, des courses qu’elle n’avait pas disputées l’année précédente. “Demi est au-dessus”, avait reconnu un observateur dès le printemps[1]. Le verdict des cols du Beaujolais vient confirmer cette hiérarchie.
La Néerlandaise, qui court désormais sous les couleurs françaises de la FDJ, a construit sa saison pour culminer en août. Elle a réussi. Ferrand-Prévôt, elle, avait opté pour un calendrier allégé au printemps : 29e aux Strade Bianche, puis quatre classiques flamandes en avril. Une dernière minute à Paris-Roubaix pour soutenir Marianne Vos, terminant troisième à quelques secondes de sa coéquipière[4]. Mais cette préparation ciblée n’a pas suffi face à la Vollering version 2026.
Le contre-la-montre de Dijon, prévu dans les prochaines étapes, devait permettre aux rivales de Ferrand-Prévôt de creuser l’écart avant les grands cols. C’est déjà fait. Reste le Ventoux, cette ascension mythique où la Française espérait briller. Mais avec cinq minutes de retard, l’objectif n’est plus le maillot jaune : il s’agira de sauver l’honneur, de décrocher une étape, de montrer que la championne olympique de VTT 2024 sait encore mordre.
“Il y a pas de place pour tout le monde en tête”, avait prévenu un directeur sportif avant le départ. “Nous, on a cette volonté de faire mal mais si une équipe est au-dessus de nous, ils vont nous faire mal. Et c’est logique.” La logique du Tour de France femmes 2026, pour l’instant, porte un maillot jaune néerlandais et un nom : Demi Vollering.
Tour de France femmes 2026 : l'essentiel de l'étape
- Pauline Ferrand-Prévôt concède 5 minutes lors de la 5e étape à Belleville-en-Beaujolais
- Distancée dans le col de Durbize par Vollering, Niewiadoma et Reusser
- L'édition 2026 totalise 18 795 m de dénivelé, record du Tour femmes
- Demi Vollering, vainqueure du Giro 2026, consolide son maillot jaune
- Ferrand-Prévôt bascule en stratégie de chasseuse d'étape
Sources
4 sources · 5 faits vérifiés

