Depuis le retrait du Concorde, l’avion de ligne n’a guère changé de silhouette. Un long tube, deux ailes accrochées de part et d’autre, des réacteurs suspendus sous la voilure. Le Boeing 747, ce fameux Jumbo dessiné dans les années 1960, en reste l’archétype, et on en croise encore sur quelques tarmacs. Les cabines, l’avionique et le rendement des moteurs ont progressé, mais l’architecture générale, elle, n’a pratiquement pas bougé en trois décennies. Une entreprise californienne, JetZero, propose de rompre avec cette continuité.

Un fuselage qui se confond avec l’aile
Le JetZero Z4 abandonne le tube classique au profit d’une structure intégrée, où la cabine et les ailes ne font qu’un. Les deux moteurs sont placés au-dessus d’un empennage large et fin. La silhouette rappelle, toutes proportions gardées, celle de certains appareils furtifs comme le bombardier B2, dont le dessin s’inspire du faucon pèlerin.
L’intérêt n’est pas seulement esthétique. Sur un avion de ligne ordinaire, seules les ailes génèrent de la portance. Ici, c’est l’ensemble de la cellule qui participe à la sustentation. Le résultat, c’est une traînée aérodynamique réduite, donc une meilleure efficacité. JetZero avance une économie de carburant comprise entre 30 et 50%. C’est le genre de saut que l’aéronautique commerciale n’a plus connu depuis longtemps, et qui explique l’attention portée au programme.
9 920 kilomètres d’un seul plein, 250 passagers
En combinant kérosène classique et systèmes de propulsion à mélanges plus durables, le Z4 vise une autonomie de 9 920 kilomètres sur un seul plein, de quoi relier Tokyo à Los Angeles sans escale. La cabine est dimensionnée pour 250 passagers. On est donc sur un appareil de long-courrier de capacité moyenne, pas sur un démonstrateur de laboratoire.
Et c’est là que le projet se distingue des maquettes séduisantes qui ne décollent jamais. Le Z4 est déjà entré en phase de démonstration. Après une première collaboration avec la NASA sur un prototype initial, JetZero prépare un premier vol avec l’US Air Force pour l’année prochaine, sur un modèle plus proche encore de la future version commerciale.

United prête à en commander 200
Le signe le plus concret de crédibilité vient des compagnies aériennes. United Airlines, Japan Airlines, Delta, Gulf Air et Alaska Airlines participent au développement de l’appareil et investissent dans l’entreprise. United a même annoncé son intention de commander jusqu’à 200 exemplaires du Z4 une fois l’avion opérationnel.
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Voir cinq transporteurs de ce poids miser sur une architecture aussi éloignée des standards d’Airbus et de Boeing en dit long. Cela rappelle aussi que la rupture, en aéronautique, ne viendra pas forcément des deux géants installés, mais parfois d’un outsider californien décidé à repenser la forme même de l’avion. Reste le plus difficile, celui que les ingénieurs connaissent bien : passer d’un démonstrateur prometteur à une machine certifiée, produite en série et rentable. Le premier vol militaire annoncé pour l’an prochain dira si le Z4 tient la distance.

