L’opération 100 % contrôle a frappé encore cette semaine à Félix-Éboué. Deux mineurs ont été interpellés par les effectifs de la Police aux Frontières alors qu’ils s’apprêtaient à embarquer sur un vol à destination de l’Hexagone. Placés en garde à vue, ils incarnent la réalité têtue du trafic de stupéfiants qui emprunte les couloirs de l’aéroport de Cayenne.
Le dispositif, en place depuis octobre 2022, ne faiblit pas. Chaque passager des vols vers la métropole est interrogé sur le motif de son voyage, l’organisation de son déplacement, l’achat de son billet. Les questions sont directes, l’objectif clair : repérer les mules, ces passagers qui ingèrent des capsules de drogue avant de prendre l’avion. Les agents de la Police aux Frontières peuvent interdire l’embarquement pendant cinq jours, le temps que ces gélules soient évacuées.
Ces deux arrestations de mineurs rappellent que les filières n’hésitent pas à recruter des jeunes. L’âge n’est pas un rempart : il devient parfois un argument, une faiblesse exploitée par les trafiquants qui misent sur la vulnérabilité ou la naïveté. À Cayenne, dans les quartiers, tout le monde connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un. Les propositions circulent, les sommes promises font tourner la tête quand les perspectives manquent.
Un dispositif validé par la justice, contesté sur le terrain
Le 100 % contrôle divise. Côté État, les chiffres sont brandis comme une victoire. David Amiel, ministre de la Justice, l’affirmait lors de sa visite en Guyane en mai dernier : depuis 2022, les saisies de drogue à Roissy sur les vols en provenance de Cayenne ont été divisées par dix[1]. Les filières se déportent désormais vers le Brésil et les Antilles, reconnaît-il, mais le message est clair : ça marche.
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Sur le plan juridique, la cour administrative d’appel de Bordeaux a validé la méthode. Dans une décision récente, elle a confirmé qu’il s’agit d’un contrôle de police administrative, justifié par la prévention des atteintes à l’ordre public liées au trafic de stupéfiants et par les risques que représentent les mules pour la sécurité des vols[5]. Un passager qui avait contesté son interdiction d’embarquer en octobre 2022 a vu sa requête rejetée par le tribunal administratif de la Guyane en octobre 2023.
Mais sur le terrain, les critiques montent. Trois ans après le lancement, les saisies chutent : signe que les trafiquants changent de route, ou que le dispositif perd en efficacité ? Les associations dénoncent un contrôle systématique qui pèse sur tous les voyageurs, avec un sentiment de stigmatisation pour les Guyanais qui prennent l’avion. Les files d’attente s’allongent, les questions répétitives agacent, et l’impression d’être suspecté avant même d’embarquer laisse un goût amer.
Cayenne, plaque tournante malgré tout
Félix-Éboué reste une porte d’entrée stratégique pour les stupéfiants qui transitent d’Amérique du Sud vers l’Europe. La Guyane, coincée entre le Suriname et le Brésil, voit passer de la cocaïne par tonnes chaque année. Une partie emprunte l’avion, dissimulée dans les bagages ou dans les corps. Le 100 % contrôle est une réponse à cette réalité, une barrière dressée dans le hall des départs.
Ces deux mineurs arrêtés cette semaine ne sont qu’un fragment de ce tableau. Combien d’autres tentent chaque jour ? Combien passent ? Combien renoncent devant les policiers postés à l’entrée de la zone d’embarquement ? Les chiffres publics restent parcellaires. Ce qui demeure, c’est ce ballet permanent entre contrôleurs et contrebandiers, entre jeunes en quête de billets faciles et État qui tente de colmater une brèche qui se déplace sans cesse.
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À Cayenne, l’opération 100 % contrôle est devenue le quotidien de Félix-Éboué. Un quotidien qui interroge autant qu’il interpelle.
Sources
2 sources · 2 faits vérifiés


