On n’avait jamais vu ça en Gironde. Des flammes qui créent leurs propres vents, qui avalent tout sur leur passage, qui forcent plus de 140 000 personnes à quitter leur maison en plein mois de juillet. Vendredi 24 juillet 2026, le feu a pris une ampleur sans précédent dans le département et dans les Landes voisines. Les autorités parlent d’un phénomène inédit, d’un feu convectif qui s’autoalimente, d’une sorte d’orage de feu. Et ce vendredi soir, ce sont sept communes autour de Bordeaux qui ont été priées d’évacuer : Sainte-Hélène, Salaunes, Lanton, Arès, Audenge. Les téléphones portables ont vibré, l’alerte est tombée. Il fallait partir, tout de suite.
À Lacanau, le maire Laurent Peyrondet ne cachait pas son inquiétude : le feu avançait, les vents tournaient, et le bourg comme la station balnéaire se trouvaient menacés. Une quarantaine d’habitants ont été évacués à titre préventif. À Parentis, dans les Landes, 8 000 personnes supplémentaires ont rejoint les 23 000 déjà évacuées depuis jeudi soir. Au total, selon le ministère de l’Intérieur, 110 000 évacuations en Gironde, 31 000 dans les Landes. Des chiffres qui font de cette opération l’une des plus vastes jamais menées en France.
L’aéroport de Bordeaux a été fermé. Le PC sécurité des sapeurs-pompiers installé à Lège a dû être déplacé, les journalistes priés de quitter les lieux en urgence. Les fumées toxiques ont envahi la métropole bordelaise, poussant le gouvernement à agir vite. Vendredi soir, à l’issue d’une cellule interministérielle de crise, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé l’envoi de renforts massifs : 500 militaires supplémentaires, portant à 1 000 le nombre de soldats déployés en appui des sapeurs-pompiers. Huit nouvelles unités de forces mobiles de la police et de la gendarmerie sont également prévues pour faciliter les évacuations.
Mais ce n’est pas tout[1]. 1,5 million de masques FFP2 ont été acheminés dès la nuit de vendredi à samedi vers la Gironde, pour protéger les personnels engagés et les populations exposées aux fumées. Le plan blanc a été activé dans les établissements de santé. Le président Emmanuel Macron a demandé aux Armées de se mobiliser en renfort maximal de la sécurité civile. Sur le terrain, les pompiers de Paris, de Marseille, les gendarmes, les militaires du programme Héphaïstos se croisent à la caserne. L’un d’eux lâchait vendredi matin : 24 heures 30 sans dormir.
Un incendie parti d’un véhicule accidentel
Les enquêtes judiciaires ont commencé. Le procureur de la République de Bordeaux, Renaud Gaudeul, a fait un point vendredi sur les procédures ouvertes. L’incendie de Saumos, l’un des foyers, privilégie l’hypothèse accidentelle : le feu aurait été provoqué par une machine de débroussaillage utilisée par des ouvriers travaillant pour Enedis, mercredi vers midi, aux abords d’une ligne à haute tension. L’usage de cet engin était alors autorisé par arrêté préfectoral. Pas de malveillance, donc, mais un accident qui a pris des proportions gigantesques[3].
À Biscarosse, dans les Landes, le départ de feu est différent : un véhicule en feu jeudi après-midi. Très soudain, très violent, très rapide, a résumé le préfet. Le bilan provisoire fait état de 110 à 120 habitations et bâtiments détruits. Sur Instagram, le camping Aux Couleurs du Ferret a annoncé qu’il ne rouvrirait pas ses portes. Les propriétaires ont publié un message poignant : le camping n’est plus, malgré tout ce que les pompiers et les volontaires ont tenté. Parfois, l’adversaire est trop fort.
Des surfaces ravagées et des habitants en exil
Les chiffres donnent le vertige. En Gironde, le feu a détruit 32 700 hectares vendredi soir. Dans les Landes, plusieurs milliers d’hectares de plus. Au total, près de 98 000 hectares ont brûlé en France depuis le début de l’année 2026, un triste record historique. Les autorités surveillent de près l’orientation et l’intensité du vent : c’est eux qui décident de l’avenir de ces feux aux proportions inédites. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez l’a dit au 20 Heures de TF1 vendredi soir : on n’avait jamais vu ça, un feu convectif de cette ampleur[5].
À Bordeaux, les autorités veulent rassurer : tout sera fait pour protéger la ville, a promis Laurent Nuñez. La préfecture de Gironde n’était pas, pour l’heure, menacée. Mais de nouvelles évacuations sont à prévoir, et elles devront être respectées sans délai, a insisté Sébastien Lecornu. La préfecture procédera aux réquisitions des matériels de BTP et des moyens de transport collectifs nécessaires pour acheminer les renforts et permettre la poursuite des opérations d’évacuation. Environ 6 000 personnes sont accueillies au Parc des expositions de Bordeaux, dans des conditions d’urgence.
La nuit de vendredi à samedi s’annonçait décisive. Les flammes continuaient de progresser. Les habitants de Nouvelle-Aquitaine retenaient leur souffle. Et les sapeurs-pompiers, épuisés, tenaient bon face à ces deux ogres de l’été, comme les a qualifiés la préfète de la Gironde Sophie Brocas.
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

