Dimanche 9 août, 7 heures du matin. Depuis la station-service de Tsoundzou 1, un cortège de 700 personnes s’élance vers la mosquée du vendredi. Jeunes du quartier, sages, élus : tous refusent de revivre le mois de juillet qui vient de s’écouler. Trois homicides en quelques semaines dans la commune de Mamoudzou, dont celui d’un jeune homme de Vahibé retrouvé mort dans la malavoune, alors que les bandes rivales multipliaient les affrontements. Cette troisième marche blanche conclut un cycle engagé à Kawéni puis Vahibé, dans les villages frappés par la violence.
L’initiative portée par le comité des sages de Mamoudzou, le conseil cadial et la Fédération des associations culturelles et cultuelles de la commune vise à enrayer la spirale. El-Kabir Bin Mohamed, membre du comité des sages, rappelle le point de départ : après les morts violentes, une réunion s’est imposée pour décider d’une réponse collective. Première action retenue : marcher là où les drames ont frappé, montrer aux plus jeunes que leurs aînés refusent la loi du sang.
Parmi la foule, les élus du conseil municipal de Mamoudzou, venus échanger avec les habitants sur l’insécurité qui ronge le chef-lieu. Saïd Djanfar Mohamed, conseiller délégué au culte et au vivre ensemble, assume la satisfaction du nombre : autant de monde à l’arrivée, c’est un signal que le message passe. Il estime que les parents commencent à prendre conscience de leur rôle.
Des conférences sur la parentalité pendant plus d’un mois
Défendant l’action municipale, Saïd Djanfar Mohamed annonce une suite concrète : des conférences consacrées à la parentalité, prévues pendant plus d’un mois[1], pour accompagner les familles. La mairie compte aussi s’appuyer davantage sur les associations, jugées indispensables pour relayer les messages auprès des jeunes et des parents.
Les trois marches s’inscrivent dans un contexte de tensions récurrentes à Mamoudzou. Selon les organisateurs, la première marche blanche avait été lancée à Kawéni fin juillet, suivie de celle prévue à Vahibé, avant de clore à Tsoundzou[1]. L’objectif affiché : montrer à la population qu’elle n’est pas seule, que « ces actes barbares doivent prendre fin », et transmettre aux jeunes un refus collectif de la violence.
Mais le terrain reste tendu. Dans cette même zone de Tsoundzou, la police nationale est intervenue à plusieurs reprises pour des caillassages visant notamment des bus scolaires[3][4], obligeant l’opérateur Transdev à perturber le ramassage dans la zone de la CADEMA. Le quartier abrite également un camp de migrants, dont 650 personnes avaient été notifiées de quitter les lieux en juillet[2], et une partie du camp de Tsoundzou II avait fait l’objet d’une évacuation ordonnée par arrêté préfectoral[5].
Reste à savoir si cette mobilisation, saluée par tous dimanche matin, trouvera un prolongement au-delà des discours. Les conférences promises, le soutien associatif annoncé, la prise de conscience des parents : autant de pistes qui devront se traduire dans le quotidien des familles et des jeunes. Car à Mamoudzou, la violence ne s’éteint pas d’un coup de marche blanche. Elle recule quand la parole, l’autorité et la présence tiennent la rue plus fort que les bandes.
Sources
5 sources · 6 faits vérifiés

