Les startups deeptech françaises ont levé 4,1 milliards d’euros en 2025, soit la moitié des montants captés par l’ensemble de la French Tech.
Les jeunes pousses prometteuses en rupture technologique retrouvent leur niveau de 2023. Après une année 2024 marquée par un recul des financements, les investisseurs privilégient à nouveau les acteurs porteurs de souveraineté : IA générative, quantique, semi-conducteurs, robotique. Le discours a changé. Là où les fintechs et greentechs captaient l’essentiel de l’attention jusqu’en 2022, les deeptech s’imposent désormais comme la priorité du capital-risque français.
Le plan Deeptech, lancé par Bpifrance en 2019, porte ses fruits. En six ans, le nombre de créations annuelles a doublé : 410 startups deeptech ont vu le jour en 2025, contre 207 en 2019. L’écosystème compte aujourd’hui 2 830 jeunes pousses actives, qui génèrent 5,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et emploient 50 000 personnes.
Mistral AI, locomotive du financement français
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Une opération à elle seule explique le rebond : la levée de 1,7 milliard d’euros réalisée par Mistral AI en 2025. Ce tour de table record, porté par des fonds américains et européens, a permis à la startup parisienne de s’affirmer face à OpenAI et Anthropic. Il représente à lui seul plus de 40 % des montants captés par l’ensemble des deeptech françaises cette année-là[2].
L’impulsion s’est poursuivie début 2026. AMI Labs, fondé par Yann LeCun, a bouclé un tour d’amorçage de 890 millions d’euros en mars, valorisant l’entreprise à 3,5 milliards de dollars. Ce ticket, le plus gros jamais enregistré en Europe à ce stade, confirme l’appétit des investisseurs pour les modèles d’IA propriétaires[3].
La dynamique se concentre sur quelques acteurs capables de développer des technologies de rupture avec des barrières à l’entrée solides. Les fonds recherchent des entreprises qui contrôlent leur propriété intellectuelle et qui adressent des usages métiers identifiés. L’IA générative appliquée aux agents logiciels illustre ce mouvement : Dust, plateforme d’agents IA, a levé 40 millions de dollars en juin 2026, portant son total à plus de 60 millions, et compte désormais un millier de clients dont Mirakl, Spendesk et Pennylane[3].
Le quantique et la robotique en pointe

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Au premier trimestre 2025, la deeptech a capté 375 millions d’euros, dépassant tous les autres secteurs. Trois opérations dans le quantique ont marqué ce début d’année : Alice & Bob a levé 100 millions, Wandercraft 66 millions, et Quobly 115 millions. Ces tours illustrent la priorité accordée par les investisseurs aux technologies stratégiques, du calcul quantique aux semi-conducteurs en passant par la robotique[3].
L’État a appuyé ce mouvement via France 2030, le programme d’investissement qui a intégré le plan Deeptech initial. L’objectif : faire émerger davantage d’entreprises issues de la recherche publique française et financer leur passage à l’échelle industrielle. Début 2026, le gouvernement a frappé fort avec Tibi 3, qui mobilise 13 milliards d’euros supplémentaires. La moitié de ces investissements est fléchée vers la deeptech, un périmètre qui couvre le quantique, l’IA, la biotech et la space tech[5].
Pourquoi les deeptech françaises attirent à nouveau
L’Île-de-France ultra-dominante
La géographie du financement reste déséquilibrée. L’Île-de-France concentre 74 % des montants levés en 2025, loin devant Auvergne-Rhône-Alpes (7,3 %) et Occitanie (4,3 %)[4]. Cette polarisation pose une question pour l’écosystème : comment financer les startups en amorçage pendant que les capitaux se concentrent sur quelques champions déjà identifiés ?
Le ticket moyen a presque doublé en un an, atteignant plus de 16 millions d’euros. Entre janvier et juin 2026, les startups françaises ont levé 4,6 milliards d’euros, en hausse de 65 % sur un an. Mais le nombre d’opérations continue de reculer. Cette concentration des capitaux sur une poignée d’acteurs crée un fossé entre les entreprises qui décollent et celles qui peinent à boucler leurs premiers tours[5].
| Année | Montants levés | Nombre de créations | Nombre de startups actives |
|---|---|---|---|
| 2019 | — | 207 | — |
| 2023 | ~4,1 Md€ | — | — |
| 2024 | Baisse | — | — |
| 2025 | 4,1 Md€ | 410 | 2 830 |
Source : La Tribune
Défense et souveraineté, nouvelles priorités

Tibi 3 marque un tournant stratégique. Le dispositif accueille désormais des industriels comme Naval Group, MBDA et Eutelsat aux côtés d’acteurs plus traditionnels comme la SNCF ou la RATP. La souveraineté technologique et la base industrielle de défense sont devenues des priorités politiques assumées[5].
Le logiciel reste le premier secteur par les montants levés : 3,3 milliards d’euros en 2025, en hausse de 9 %. Mais avoir une couche d’IA ne suffit plus. Les investisseurs exigent une traduction en valeur métier concrète. Pennylane, fintech française devenue licorne, a levé 175 millions d’euros début 2026, confirmant l’appétit des fonds internationaux pour les éditeurs européens qui combinent croissance rapide et adoption large par les entreprises[3].
Fintechs et greentechs en recul
À l’inverse, les fintechs et greentechs voient leurs financements reculer fortement. Les sciences de la vie affichent une dynamique plus résiliente, mais l’IA et la deeptech captent l’essentiel de l’attention. Les investisseurs privilégient les projets capables de bâtir des modèles propriétaires, avec des usages métiers clairs et des barrières à l’entrée solides[4].
Pour les fondateurs qui préparent une levée en 2026, l’anticipation devient le facteur clé. Les fonds sont plus sélectifs et exigeants en matière de structuration financière et juridique. L’environnement économique contraint impose une rigueur nouvelle. Les entreprises de l’IA générative et les technologies stratégiques (deeptech et medtech) s’imposent comme les piliers attractifs du capital-risque français[4].
Le rebond de 2025 masque une réalité contrastée. Les montants levés sont dopés par quelques méga-tours, tandis que la base de l’écosystème peine à accéder au financement. La question reste posée : comment irriguer l’ensemble de la French Tech pendant que les capitaux se polarisent sur les champions déjà identifiés ?
Deeptech françaises 2025 : les chiffres du rebond
- 4,1 milliards d'euros levés par les deeptech françaises en 2025, soit la moitié des montants de la French Tech
- Mistral AI a réalisé la levée record de l'année à 1,7 milliard d'euros
- 410 startups deeptech créées en 2025, contre 207 en 2019
- 2 830 startups deeptech actives génèrent 5,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 50 000 emplois
- L'Île-de-France concentre 74 % des montants levés en 2025
- Tibi 3 mobilise 13 milliards d'euros, dont 50 % fléchés vers la deeptech
Sources
4 sources · 11 faits vérifiés

