La France a remis le 6 août 2026 son offre technique et commerciale pour la vente de 114 Rafale à l’Inde, un contrat estimé entre 31 et 35 milliards d’euros.
Le dossier prévoit la fabrication de 94 appareils sur le sol indien et l’intégration d’armements locaux. L’enveloppe globale du programme oscille entre 34 et 39 milliards de dollars selon les sources, ce qui en ferait la plus grosse commande à l’exportation de l’histoire de Dassault Aviation. L’offre répond à la lettre de demande transmise par New Delhi au printemps dans le cadre du programme MRFA (Multi-Role Fighter Aircraft), la compétition lancée par l’armée de l’air indienne pour son prochain chasseur multirôle.
La direction des acquisitions du ministère indien de la Défense et l’état-major de l’armée de l’air examinent désormais le document. En février, le conseil d’acquisition de la défense indien avait validé l’achat des 114 appareils, ouvrant la voie aux négociations. Le texte est passé depuis entre les mains des équipes techniques qui vont éplucher chaque clause.
Sur les 114 avions, 94 sortiraient d’usines implantées en Inde, montés par Dassault Aviation avec un partenaire industriel local[1]. Une vingtaine d’exemplaires arriveraient directement de France pour accélérer les premières livraisons. Safran fournirait les moteurs, Thales l’électronique de mission, MBDA les missiles. Côté indien, des groupes comme Tata et Larsen & Toubro s’apprêtent à prendre une part substantielle de la production, notamment à Hyderabad où des tronçons de fuselage seront fabriqués grâce à un transfert de technologie inédit. Cette production locale rapporterait environ 1 600 milliards de roupies, soit 16 milliards d’euros, à l’industrie indienne.
Le missile Astra au cœur du bras de fer technique
Un point de blocage subsiste : l’intégration des armements indiens sur le Rafale. New Delhi exige la capacité de brancher ses propres missiles air-air, en premier lieu l’Astra, sans passer systématiquement par le constructeur[3]. Pour cela, l’Inde réclame un accès à l’architecture logicielle de l’avion, ce qui lui permettrait d’intégrer de futurs équipements de manière autonome.
Paris refuse d’ouvrir le code du radar RBE2 de Thales et de la suite de protection électronique SPECTRA, deux composants classifiés au cœur du système de combat du Rafale. La proposition française consiste à fournir des interfaces logicielles contrôlées, sorte de sas par lesquels l’Inde pourrait brancher ses armements tout en laissant Dassault Aviation maître de l’intégration finale. Au printemps, des sources indiennes évoquaient une possible annulation du contrat en l’absence d’accès au logiciel. Le sujet reste sur la table.
Négociations attendues entre fin août et début septembre

Week-end du 15 août 2026 en Île-de-France : derniers jours à La Villette et Saint-Germain
Les discussions de fond sur les prix et les conditions contractuelles doivent s’ouvrir entre la fin du mois d’août et le début du mois de septembre. Le comité de sécurité du cabinet indien tranchera ensuite. Les deux parties espèrent une signature d’ici mars 2027. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a récemment déclaré croire à un accord dans l’année. Pour l’avionneur, ce contrat revêt aussi une dimension financière immédiate : il cherche actuellement un financement pour les 5 milliards d’euros nécessaires au développement du Rafale F5, futur standard de l’appareil.
L’urgence indienne s’explique par un déficit capacitaire criant. L’armée de l’air indienne aligne aujourd’hui une trentaine d’escadrons de combat, contre 42 prévus par sa doctrine. Face au Pakistan et à la Chine, cette lacune expose le pays sur deux fronts simultanés. En 2012, le Rafale avait déjà remporté un appel d’offres indien pour 126 appareils, avant que le contrat ne soit réduit à 36 avions livrés entre 2020 et 2022. En avril 2025, la Marine indienne a commandé 26 Rafale Marine, destinés à ses futurs porte-avions. Le rapprochement franco-indien dépasse désormais le cadre strictement commercial : en juin, Narendra Modi a rencontré Emmanuel Macron à Paris, et l’Inde s’est invitée dans les discussions autour du SCAF, le programme de chasseur de sixième génération franco-allemand.
| Programme | Nombre d’appareils | Montant estimé | Statut |
|---|---|---|---|
| Premier contrat (2016) | 36 Rafale | 7,8 milliards d’euros | Livrés entre 2020 et 2022 |
| Rafale Marine (2025) | 26 Rafale M | Non communiqué | Contrat signé en avril 2025 |
| Programme MRFA (2026) | 114 Rafale | 31 à 35 milliards d’euros | Offre remise le 6 août 2026 |
Source : Le Parisien, Theatrum Belli
Pourquoi ce contrat se négocie au millimètre
Une chaîne de production hors de France, une première pour Dassault
Ce contrat marquerait la première implantation d’une chaîne de production Rafale hors de France. Jusqu’ici, tous les appareils sortaient de la ligne d’assemblage de Mérignac, près de Bordeaux. L’usine d’Hyderabad devrait démarrer en 2028 et monter en puissance progressivement, avec un taux de localisation qui pourrait atteindre 50 % du contenu, voire davantage en fin de programme[5]. Dassault Aviation et Tata Advanced Systems ont déjà signé des accords préparatoires pour la fabrication complète de sections de fuselage.
Pour l’industrie française, l’enjeu dépasse la seule vente d’avions. Safran conservera la fourniture des moteurs M88, Thales celle du radar et des systèmes de mission, MBDA celle des missiles Meteor, MICA et SCALP. Mais une partie de la valeur ajoutée glisse vers l’Inde, contrepartie obligée pour décrocher un contrat de cette ampleur. Les analystes d’AlphaValue notent que Dassault souffre déjà de tensions sur ses capacités de production : disposer d’une base industrielle supplémentaire pourrait soulager la charge sur Mérignac, à condition que le transfert technologique reste maîtrisé.
L’Inde, premier opérateur étranger du Rafale

Si l’ensemble des programmes se concrétise, l’Inde alignera à terme 176 Rafale : 36 déjà livrés, 26 Rafale Marine commandés en 2025, et 114 dans le cadre du MRFA. Elle deviendrait ainsi le premier opérateur étranger de l’appareil, devant l’Égypte, le Qatar, la Grèce, la Croatie et les Émirats arabes unis[4]. Le pays serait aussi le seul à utiliser les trois variantes de l’appareil : monoplace, biplace et version navalisée.
Le calendrier reste serré. Les négociations doivent aboutir avant mars 2027, alors que subsistent des points de friction techniques et financiers. L’Inde veut un accès au logiciel, la France refuse de céder sur les briques les plus sensibles. Entre les deux, un compromis devra émerger, faute de quoi le contrat du siècle pourrait encore s’éloigner.
114 Rafale pour l'Inde : les chiffres du contrat
- La France a remis son offre technique le 6 août 2026 pour 114 Rafale à l'Inde
- 94 des 114 appareils seront assemblés en Inde, 20 livrés depuis la France
- Le contrat est estimé entre 31 et 35 milliards d'euros, record à l'export pour Dassault
- L'Inde exige d'intégrer ses missiles Astra, la France refuse d'ouvrir le code du radar et de SPECTRA
- Les négociations sur les prix doivent s'ouvrir fin août, signature espérée avant mars 2027
- L'Inde alignera 176 Rafale à terme, devenant le premier opérateur étranger de l'appareil
Sources
4 sources · 4 faits vérifiés

