À Buffon, petit village de Côte-d’Or, la Grande Forge a besoin d’argent. Encore. Les soufflets hydrauliques, ces ensembles de roues, d’engrenages et de contrepoids qui faisaient battre le cœur de l’usine au XVIIIe siècle, s’abîment. Les intempéries, les inondations, le temps qui passe : les machines souffrent. Fin 2025, le site a lancé un appel aux dons via la Fondation du Patrimoine pour financer leur rénovation.
C’est le lot des monuments historiques : on ne finit jamais. Alix Mounier, responsable d’exploitation, le dit sans détour : sur ce genre de site, il y a toujours du travail. Toitures, façades, mécanismes. La forge de Buffon, chef-d’œuvre industriel imaginé par le naturaliste Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, ne déroge pas à la règle. Classée monument historique, elle se bat pour rester debout.
Le site a eu de la chance en 2018 : sélectionné par le Loto du Patrimoine, il a reçu 40 000 euros. Une première tranche de travaux a pu démarrer. La grande roue à aubes et son canal ont été rénovés en 2020. Puis, en 2023 et 2024, les deux autres canaux ont été remis en état. Mais la facture a grimpé : près de 200 000 euros rien que pour cette première phase.
Aujourd’hui, il manque 78 000 euros pour boucler la troisième et dernière tranche sur le système hydraulique[1]. Les travaux ont déjà commencé. Ils doivent se terminer avant la fin de l’année. Début août, les machines ont été partiellement remises en action. Un pas de plus vers la renaissance complète de ce témoin du siècle des Lumières.
Un patrimoine vivant, une famille qui tient
La Grande Forge de Buffon appartient à la même famille depuis 1860. Sixième génération. Les propriétaires vivent sur place, entretiennent les édifices, restaurent petit à petit. Grâce aux visiteurs, aux dons, à l’obstination. Ils ont à cœur de rendre ce patrimoine accessible au plus grand nombre. Les reconstitutions de machines à l’identique, grandeur nature, permettent de comprendre ce que fut l’activité sidérurgique ici : roue à aubes, soufflets hydrauliques, martinet hydraulique[1].
Buffon avait conçu son usine dans l’esprit des Lumières : un ensemble domestique pour les familles des forgerons, un ensemble industriel pour produire. Dans le haut-fourneau, il mettait en scène la coulée de fonte, offrant à ses invités un spectacle depuis un escalier et des balcons. Un lieu de travail, de science, et de représentation.
En 1866, une crue exceptionnelle a mis fin à l’activité sidérurgique. Une cimenterie l’a remplacée jusqu’en 1923, puis tout s’est arrêté après des incendies. Aujourd’hui, la forge revit par ses visiteurs et ses machines restaurées.
Fermeture exceptionnelle fin août
La Grande Forge sera fermée du lundi 21 au samedi 26 août pour le tournage d’un film, « Une amitié dangereuse »[5]. En dehors de cette semaine, le site reste ouvert tous les jours en continu de 10 heures à 18 heures en juillet et août, avec des visites guidées proposées à 14h30, 15h30 et 16h30. Des visites sont disponibles en anglais et en allemand[4].
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À Montbard, à quelques kilomètres, la Métal Valley perpétue l’héritage : des hauts-fourneaux fonctionnent encore pour produire des tubes sans soudure. L’histoire sidérurgique de la région n’est pas morte. Elle a juste changé de forme. Et la Grande Forge de Buffon en reste le témoignage le plus pur, le plus beau. À condition de trouver les 78 000 euros manquants.
Sources
3 sources · 4 faits vérifiés

