Cinq frégates danoises vont recevoir un bouclier électronique allemand. La marine royale du Danemark a retenu Rheinmetall pour équiper ses deux frégates de la classe Absalon et ses trois frégates de la classe Iver Huitfeldt du Multi Ammunition Softkill System (MASS), un lanceur de leurres destiné à contrer les missiles antinavires et les armes à guidage laser. La modernisation couvre l’intégralité du cÅ“ur de la flotte de surface danoise, signe de la remontée en puissance des marines nordiques face à la pression russe en Baltique et dans l’Arctique.
L’accord a été signé à Copenhague et inscrit dans les résultats du deuxième trimestre 2026 de Rheinmetall. Les premières livraisons sont attendues au quatrième trimestre 2027. Le contrat va au-delà des lanceurs eux-mêmes : il englobe la formation, la maintenance et un accord-cadre d’approvisionnement en munitions courant sur deux décennies. De quoi verrouiller la dépendance danoise à l’industriel allemand pour très longtemps.
Le montant illustre l’ampleur de l’engagement. Rheinmetall parle publiquement d’une somme à deux chiffres en millions d’euros, mais l’agence danoise d’acquisition, la DALO, a publié via la plateforme européenne TED un contrat pouvant atteindre 1,275 milliard de couronnes danoises, soit environ 198 millions de dollars sur une durée extensible jusqu’à vingt ans.
Le contrat porte sur cinq systèmes de protection[3], avec en complément des systèmes supplémentaires destinés à l’école des armes de la marine danoise. La commande inclut aussi un nombre non précisé de leurres Omnitrap-ER et un accord de réapprovisionnement s’étendant jusqu’en 2048[5]. L’intégration se fera à Korsør et Frederikshavn[2].
Un lanceur de leurres multispectral contre missiles et laser
Le MASS n’est pas un canon ni un missile. C’est un système dit soft-kill : il ne détruit pas la menace, il la trompe. Selon Rheinmetall, il déploie depuis une plateforme unique des leurres multispectraux couvrant l’ensemble des longueurs d’onde exploitées par les autodirecteurs adverses, du radar à l’infrarouge en passant par l’ultraviolet, l’électro-optique et le laser. Son architecture modulaire permet de l’installer sur des bâtiments de tout tonnage et de le faire fonctionner de manière autonome ou intégré au système de combat du navire.
Les deux frégates de la classe Absalon sont spécialisées dans la lutte anti-sous-marine, tandis que les trois Iver Huitfeldt assurent la défense aérienne des formations navales avec leurs radars, leurs lanceurs verticaux Mk 41 et leurs missiles SM-2 et ESSM[4]. Deux missions distinctes, un même besoin de survivabilité face à la saturation des menaces.
La 18e marine à adopter le MASS
Avec cette commande, le Danemark devient le dix-huitième pays à mettre en Å“uvre le MASS, et l’ensemble des marines scandinaves disposent désormais du lanceur allemand. Rheinmetall revendique plus de 400 systèmes en service dans le monde. Le mois dernier, l’industriel a par ailleurs remporté un contrat auprès des forces navales koweïtiennes, qui installeront le MASS sur leurs patrouilleurs hauturiers, une première pour ce pays[5].
Hauke H. Bindzus, patron de l’unité systèmes de protection de Rheinmetall, a salué le rôle de la marine danoise dans la défense maritime de l’OTAN en Baltique, en mer du Nord et en Arctique, et souligné que toutes les marines scandinaves exploitent désormais le lanceur MASS.
Pour l’observateur français, ce contrat rappelle une réalité stratégique : la protection rapprochée des navires est un marché où Rheinmetall consolide une position dominante en Europe du Nord, pendant que la France dispose avec Thales et sa filière de guerre électronique navale d’un savoir-faire équivalent. Chaque marché nordique remporté par Berlin est un marché de moins pour Paris, à l’heure où la souveraineté industrielle de défense européenne se joue aussi sur ces équipements moins spectaculaires que les missiles mais tout aussi décisifs pour la survie d’un bâtiment.
Sources
4 sources · 5 faits vérifiés

