Le dimanche 22 mars 2026, le second tour des municipales a redessiné la carte politique du Centre-Val de Loire. Entre maires balayés après des décennies de mandat et progression de l’extrême droite dans les villes moyennes, la région a vécu un scrutin de ruptures. La participation n’a pas décollé, mais les électeurs présents ont clairement fait des choix : dégager les figures installées, parfois au profit de la droite classique, souvent au bénéfice du Rassemblement national.
À Chartres, la chute est spectaculaire. Jean-Pierre Gorges, maire depuis 2001, termine à 29,89 % des voix. Ladislas Vergne, ancien colistier passé dans le camp adverse, l’emporte avec 51,08 %. Vingt-cinq ans de pouvoir effacés en un scrutin, sans pour autant que la ville bascule à gauche : Vergne est divers droite, comme Gorges. C’est le visage qui change, pas la ligne. Jean-François Bridet, candidat du centre, reste à 19,02 %, incapable de peser sur le duel.
La dynamique du dégagisme a touché d’autres villes moyennes de la région. À Dreux, Abdel-Kader Guerza (divers centre, 41,27 %) prend la mairie face au sortant Pierre-Frédéric Billet (divers droite, 36,49 %). À Issoudun et Romorantin, même sanction pour des maires installés de longue date. Les électeurs ont tranché : trop longtemps, c’est trop longtemps.
Vierzon et Montargis basculent à l’extrême droite
L’autre fait majeur de ce scrutin, c’est la conquête de plusieurs villes par le Rassemblement national. À Vierzon, 25 000 habitants, deuxième ville du Cher derrière Bourges, Yannick Le Roux, policier à la tête d’une liste d’union d’extrême droite, remporte la mairie[3]. Dans l’est du Loiret, le Montargois confirme son ancrage : Montargis et la commune voisine d’Amilly, 15 000 habitants chacune environ, tombent dans l’escarcelle du RN. Le territoire avait déjà élu Thomas Ménagé comme député, le vote municipal consolide l’implantation locale.
Nationalement, le RN et ses alliés remportent 71 communes[3]. En Centre-Val de Loire, la percée se concentre dans les villes intermédiaires de 10 à 15 000 habitants, cœur de cible annoncé par Aleksandar Nikolic, chef de file régional du parti, dès février.
La gauche résiste dans les grandes villes, s’effondre ailleurs
Tours, Blois et Bourges restent à gauche. À Tours, Emmanuel Denis, écologiste sortant, est réélu avec 47,2 % des voix face à Christophe Bouchet (43,86 %). Le RN ne décolle pas : 8,94 %. Denis conserve le crédit de son premier mandat, l’union de la gauche tient. À Nogent-le-Rotrou, le député Harold Huwart (divers gauche) confirme son avance avec 47 %, devant Dorian Marchand (divers gauche, 38,2 %) et le RN à 14,8 %.
Mais dans l’agglomération tourangelle, à Saint-Pierre-des-Corps, la droite confirme son implantation. Olivier Conte (divers droite) est réélu avec 54,21 %, quatre ans après avoir mis fin à un siècle de gestion communiste. L’union tardive de la gauche au second tour n’a pas suffi à renverser la vapeur. À Amboise, Brice Ravier (divers gauche) est reconduit de justesse avec 46,51 %, face à Maxime Maintier (divers droite, 43,46 %). Le RN tourne autour de 10 %, s’installe dans le paysage sans peser sur l’issue.
À Orléans, Serge Grouard, maire sortant, bénéficie d’une image solide et conserve la préfecture du Loiret. Le scrutin municipal reste un scrutin local, les logiques nationales pèsent peu. Mais la tendance de fond est là : la gauche recule, l’extrême droite progresse, les figures installées tombent. Un paysage politique en pleine recomposition, visible dans chaque ville moyenne de la région.
Sources
1 source · 2 faits vérifiés

