Un chiffre suffit à mesurer le renversement : au mois de juin, pour la première fois depuis le lancement de ce suivi en novembre 2021, l’inflation du panier RTL info-Testachats est passée sous zéro. Moins 0,41 %. Ce qui paraissait improbable après des années de hausses continues s’est confirmé le mois suivant, puis encore un mois plus tard. Trois mois consécutifs où le prix moyen de plus de 3 000 produits de base a reculé plutôt que grimpé.
Julie Frère, porte-parole de Testachats, était sur le plateau du RTL info 19h pour tirer le bilan de l’été. Le panier suit les prix dans six grandes enseignes de distribution. Le mouvement s’est dessiné mois après mois : plus de 3 % en janvier (3,64 %), puis sous la barre des 3 % en février (2,83 %), avant une décrue régulière en mars (2,22 %), avril (1,18 %) et mai (0,27 %), malgré le début de la guerre au Moyen-Orient.
Puis le basculement dans le négatif : juin à -0,41 %, juillet à -0,63 %, août à -0,56 %. Une séquence rare, portée par des raisons très concrètes de saison et de récolte.
Les fruits et légumes tirent le panier vers le bas
Ce sont les rayons frais qui font le gros du travail. Le chou-fleur (-9 %) et les pommes de terre (-5 %) figurent depuis trois mois parmi les produits dont les prix ont le plus baissé, tandis que les carottes (-5 %) reviennent moins chères que l’été précédent[1]. Côté fruits, la baisse est franche pour les poires (-13 %), les bananes (-6 %) et les mangues (-5 %).
L’explication tient au calendrier agricole. Un printemps froid a retardé le démarrage des cultures, mais le beau temps a ensuite permis de bonnes récoltes, au moment précis où la demande faiblissait, beaucoup de consommateurs étant partis en voyage. Offre abondante, demande en creux : les prix ont suivi. Au-delà des fruits et légumes, d’autres postes ont poussé l’indice vers le bas. Les crevettes reculent de 11 % sur le mois, et la sous-catégorie des huiles, vinaigres et sauces contribue à la détente, avec le ketchup à -15 % et les huiles de friture et d’olive à -5 %.
La bière et l’agneau à contre-courant

Toutes les catégories n’ont pas suivi la même pente. Les boissons alcoolisées affichent la plus forte inflation, à 3 %, un mouvement que Testachats relie à un été très chaud entamé par une coupe du monde. La bière, en particulier, est passée de 5 % de hausse en juin et juillet à 8 % au dernier relevé. Le filet de cabillaud (+13 %) et la viande d’agneau (+11 %) complètent le tableau des produits qui ont le plus alimenté l’inflation.
Le gaz à 70 EUR/MWh, la menace qui plane sur l’automne
Cette accalmie pourrait ne pas durer. Selon Testachats, la baisse de l’inflation alimentaire risque d’être de courte durée. La raison se trouve du côté de l’énergie : les prix du gaz sur les marchés de gros sont passés d’environ 25 à 30 EUR/MWh en début d’année à quelque 70 EUR/MWh[1], alors même que les réserves de gaz européennes ne sont pas encore reconstituées.
Or le gaz irrigue toute la chaîne alimentaire, de la production à la transformation. Une flambée du coût de l’énergie finit toujours par se répercuter sur les étals. À cette pression s’ajoute une autre inconnue : l’été a été sec, et une saison de sécheresse fragilise les récoltes à venir. En France, plusieurs producteurs alertent déjà sur un risque de manque et de hausse des prix à l’automne pour certains fruits et légumes touchés par la chaleur[4]. Le répit de l’été, bien réel, ressemble donc à une parenthèse dont la durée dépendra du marché du gaz autant que du ciel.
Sources
2 sources · 3 faits vérifiés

