Il avait été imaginé pour transporter une arme nucléaire à très basse altitude, mais son histoire a basculé au Vietnam. Le Republic F-105 Thunderchief y a effectué plus de 20 000 missions, devenant l’un des principaux avions d’attaque américains malgré des pertes considérables.
Un bombardier nucléaire capable de dépasser Mach 2
Au début des années 1950, l’avionneur Republic cherche un successeur au F-84. Son projet AP-63 doit répondre à un besoin précis de l’US Air Force : pénétrer rapidement les défenses ennemies en volant près du sol et emporter une bombe nucléaire tactique dans une soute interne.
Deux prototypes YF-105A sont finalement construits. Le premier prend l’air le 22 octobre 1955 depuis la base d’Edwards, en Californie. Pendant ce vol inaugural de 45 minutes, le pilote d’essai Russell « Rusty » Roth franchit déjà le mur du son.
Les essais conduisent à revoir profondément la silhouette de l’appareil. Le fuselage reçoit notamment une forme resserrée destinée à réduire la traînée, tandis que des entrées d’air à géométrie variable améliorent l’alimentation du réacteur. Le nom officiel Thunderchief est adopté le 25 juillet 1956.
Un appareil immense, rapide et lourdement armé

Le F-105 n’a rien d’un petit chasseur. Dans sa version D, il mesure environ 19,63 mètres de long et sa masse maximale atteint près de 23,97 tonnes. Son turboréacteur Pratt & Whitney J75-P-19W développe environ 109 kN de poussée avec postcombustion et lui permet d’atteindre Mach 2,08.
Son armement fixe repose sur un canon rotatif Vulcan de 20 mm. Ses cinq points d’emport externes peuvent accueillir jusqu’à environ 6,35 tonnes de charges, notamment des bombes conventionnelles, du napalm ou des missiles air-air Sidewinder. La soute prévue pour une arme nucléaire peut également recevoir un réservoir de carburant.
La version monoplace F-105D devient le modèle principal, avec 610 exemplaires construits entre 1959 et 1964. Son électronique lui permet de frapper de jour comme de nuit et par mauvais temps, contrairement au F-105B qui l’a précédé.
Au Vietnam, des attaques au ras des arbres
Quelques jours après l’incident du golfe du Tonkin du 4 août 1964, huit F-105D quittent le Japon pour rejoindre la base thaïlandaise de Korat. À partir de 1966, le Thunderchief devient l’un des outils majeurs des campagnes de bombardement américaines contre le Nord-Vietnam.
L’avion se montre particulièrement efficace à grande vitesse et à basse altitude. Mais ces passages au ras du terrain l’exposent directement aux chasseurs MiG-17, aux missiles sol-air et à une artillerie antiaérienne très dense. Sa robustesse lui permet parfois de rentrer lourdement endommagé, sans pouvoir compenser la dangerosité répétée de ces missions.
Entre juillet 1965 et novembre 1972, les pilotes de F-105 réalisent plus de 20 000 sorties au-dessus du Vietnam. L’appareil assure alors plus de 75 % des missions de bombardement de l’US Air Force pendant le conflit.
Les Wild Weasels partaient traquer les radars

La version biplace F-105F reçoit aussi une mission particulièrement risquée : neutraliser les défenses antiaériennes adverses. Ces équipages dits « Wild Weasel » recherchent les émissions des radars nord-vietnamiens avant de les attaquer avec des missiles antiradars AGM-45 Shrike.
À l’arrière prend place un officier de guerre électronique chargé de repérer et d’analyser les menaces. Une évolution plus spécialisée, le F-105G, reçoit ensuite des détecteurs perfectionnés, un équipement de brouillage et la capacité d’employer le missile antiradar AGM-78 Standard. Ces appareils participent encore aux opérations Linebacker et Linebacker II.
Ce qu’il faut retenir
Le bilan illustre la violence des missions confiées au Thunderchief : 382 F-105 ont été perdus, sous les tirs ennemis ou dans des accidents. Le dernier appareil abattu au-dessus du Vietnam est un F-105G, en novembre 1972.
À retenir : conçu comme un bombardier nucléaire rapide, le F-105 est devenu un appareil d’attaque conventionnelle et de lutte contre les radars. Sa vitesse, sa charge utile et son aptitude au vol à très basse altitude en ont fait une pièce maîtresse de l’offensive aérienne américaine, mais au prix de pertes qui résument à elles seules la dangerosité du ciel vietnamien.

