Le projet de rapprochement entre Paramount Skydance et Warner Bros. Discovery vient de lever un obstacle majeur aux États-Unis. Un accord conclu avec la Californie et onze autres États prévoit plusieurs garde-fous, mais il provoque la colère de ceux qui redoutent une concentration excessive du cinéma, de la télévision et de l’information.
Pour le public français, l’affaire est loin d’être abstraite : ce nouvel ensemble réunirait sous un même contrôle de nombreux studios, chaînes et services de streaming accessibles dans plusieurs pays.
Une obligation de sortir 30 films chaque année
La mesure la plus concrète concerne la production cinématographique. Paramount se serait engagée à distribuer 30 films par an dans les salles. Chaque titre manquant entraînerait une pénalité de 30 millions de dollars, soit environ 26 millions d’euros.
Cette clause vise à empêcher le futur groupe de réduire brutalement le nombre de sorties après la fusion. La disparition de la concurrence directe entre deux grands studios faisait craindre une offre moins abondante, des conditions plus dures pour les exploitants et, à terme, une hausse des prix pour les spectateurs.
L’accord comprendrait également la création de conseils éditoriaux indépendants pour CNN et CBS. Leur rôle serait de protéger l’autonomie des deux rédactions, qui passeraient sous le contrôle du même propriétaire.
Douze États abandonnent leur offensive judiciaire
La Californie avait pris la tête d’une coalition réunissant douze procureurs généraux d’État. Leur plainte, déposée en juillet, cherchait à bloquer l’acquisition au nom du droit de la concurrence.
Les autorités soulignaient notamment que Paramount et Warner Bros. représentent ensemble environ 27 % de la distribution des films sortant largement en salles. Elles estimaient aussi que le regroupement réduirait le rapport de force dont disposent les cinémas et les distributeurs de chaînes face aux studios.
Le règlement met fin à cette offensive et rapproche donc considérablement l’opération de sa conclusion. L’Union européenne et le Royaume-Uni avaient déjà donné leur feu vert au projet.
Des opposants dénoncent des garanties insuffisantes
Les concessions n’apaisent pas toutes les inquiétudes. La Writers Guild of America, qui représente les scénaristes, maintient sa propre contestation. Elle considère que le futur groupe pourrait utiliser sa puissance pour faire pression sur les rémunérations, dégrader les conditions de travail et diminuer le nombre de productions.
Des élus et défenseurs de la concurrence avaient également demandé aux procureurs de ne pas accepter un compromis laissant CNN et CBS entre les mêmes mains. À leurs yeux, un organe de surveillance indépendant ne remplace pas une véritable séparation des actifs.
La fusion pourrait produire 6 milliards de dollars d’économies, soit environ 5,2 milliards d’euros, principalement grâce à des réductions de coûts. C’est précisément cette promesse qui alimente la crainte de suppressions d’emplois dans les studios et les rédactions.
Ce que cette fusion pourrait changer pour le public français
L’accord américain ne signifie pas que les catalogues ou abonnements proposés en France vont immédiatement évoluer. Il ouvre toutefois la voie à un groupe réunissant un nombre considérable de films, séries, chaînes et marques, avec davantage de pouvoir pour décider où ses contenus seront diffusés et à quelles conditions.
Les conséquences possibles concernent notamment :
- le regroupement des catalogues sur un nombre plus limité de plateformes ;
- une nouvelle organisation des sorties entre cinéma, télévision et streaming ;
- une influence accrue du groupe dans les négociations avec les diffuseurs ;
- un risque de réduction de la diversité des productions si les économies promises passent par moins de projets.
À retenir : l’accord avec les douze États américains ne règle pas toutes les procédures, mais il retire l’un des principaux obstacles à la fusion. Pour les spectateurs français, aucun changement immédiat n’est annoncé ; il faudra surtout surveiller, après la finalisation éventuelle de l’opération, l’évolution des catalogues, des abonnements et du nombre de films effectivement produits.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qui se passerait si Paramount ne sortait pas 30 films par an après la fusion ?
Paramount serait soumise à une pénalité de 30 millions de dollars (environ 26 millions d’euros) par film manquant. Cette clause vise à empêcher le futur groupe de réduire brutalement le nombre de sorties cinématographiques après la fusion.
Pourquoi les autorités américaines avaient-elles tenté de bloquer cette fusion ?
Les procureurs généraux d’État soulignaient que Paramount et Warner Bros. représentent ensemble environ 27 % de la distribution des films sortant largement en salles. Ils craignaient que le regroupement réduise le rapport de force des cinémas et des distributeurs face aux studios, entraînant une offre moins abondante et des prix plus élevés pour les spectateurs.
La Writers Guild of America est-elle satisfaite de cet accord ?
Non, la Writers Guild of America maintient sa propre contestation. Elle estime que le futur groupe pourrait utiliser sa puissance pour faire pression sur les rémunérations des scénaristes, dégrader les conditions de travail et diminuer le nombre de productions.

