Les croisières ne se vendent plus comme une parenthèse tranquille réservée aux retraités. Les millennials et la génération Z ont remis le produit au centre du jeu, au point de peser lourd dans les chiffres du secteur. En 2023, la CLIA estime que les millennials représentent 22% des passagers, et la génération Z 14%. Chez Royal Caribbean, près de la moitié des clients récents seraient millennial-age ou plus jeunes.
Ce retour en force ne tient pas à un seul ressort. Les compagnies ont adapté l’offre, les formats et l’image, pendant que les usages de recherche et de recommandation basculaient sur les plateformes vidéo. Sur TikTok, les contenus liés aux cruises cumulent près de 700 millions de vues, et cruise vacations frôle 160 millions. Résultat, la croisière devient une option de vacances simple, visible, et plus modulable qu’avant, mais pas sans débats sur ce qu’elle implique.
La CLIA mesure 22% de millennials et 14% de Gen Z
Sommaire
- 1 La CLIA mesure 22% de millennials et 14% de Gen Z
- 2 Royal Caribbean impose les mini-croisières pour rassurer les primo-embarques
- 3 TikTok atteint 700 millions de vues et change la recherche voyage
- 4 Virgin Voyages et MSC modernisent la restauration et le bien-être
- 5 Les voyages multigénérationnels progressent à 28% des croisiéristes en 2023
- 6 À retenir
- 7 Questions fréquentes
- 8 Sources
Les chiffres de la CLIA donnent un ordre de grandeur qui change la lecture du marché. En 2023, les millennials pèsent 22% des passagers, la génération Z 14%. Ce n’est pas une niche, c’est une part structurante, suffisante pour influencer les choix de design, de restauration et de programmation à bord. Les compagnies ont intérêt à comprendre ce public, parce qu’il arrive tôt et peut revenir.
Un autre indicateur parle aux directions commerciales, la répétition. Toujours selon la CLIA, parmi les millennials ayant déjà testé la croisière, 81% déclarent prévoir de repartir. Pour un secteur où la rentabilité dépend d’un remplissage régulier, ce taux de réitération pèse lourd. Il explique pourquoi les opérateurs ne se contentent plus d’ attirer une fois, ils cherchent à construire une habitude de voyage.
Sur le terrain, les groupes l’illustrent à leur façon. Royal Caribbean a indiqué que près de la moitié de ses clients sur les dernières années appartenaient à la tranche millennial-age ou plus jeune. Dans l’industrie, une analyste, Sharon Zackfia (William Blair), attribue une partie de cette dynamique à une campagne volontaire pour faire monter les plus jeunes à bord et moderniser l’image du produit.
Les tendances se voient aussi dans les enquêtes nationales. Au Royaume-Uni, l’association de voyage Abta observe qu’ presque un cinquième des 25-34 ans interrogés ont fait une croisière sur les 12 derniers mois, contre moins d’un sur 20 en 2019. Ce saut en quelques années raconte un basculement d’arbitrage, la croisière n’est plus un plan exotique, elle devient une option comparable à un séjour classique.
Royal Caribbean impose les mini-croisières pour rassurer les primo-embarques
Un frein revient dans les études de marché depuis des décennies, la peur de se sentir coincé à bord. Les compagnies ont pris ce point au sérieux, surtout pour les primo-embarques plus jeunes. D’où la montée des mini-croisières et des itinéraires plus courts, pensés comme un test sans engagement. L’idée est simple, tu t’offres l’expérience, mais tu gardes l’impression de maîtriser ton temps.
Chez Royal Caribbean au Royaume-Uni, le directeur commercial Aaron Langford explique que l’entreprise a travaillé à réduire la durée moyenne des croisières sur les deux dernières années. Selon lui, la formule marche pour deux raisons, elle divertit le marché new to cruise, qui penche jeune, et elle attire un public plus large. Dit autrement, le format court sert de porte d’entrée, puis peut mener vers des voyages plus longs.
Cette stratégie colle à un autre constat souvent avancé dans le secteur, la perception d’une attention plus fragmentée chez les plus jeunes, alimentée par les usages numériques. Les opérateurs ne le posent pas comme un jugement, mais comme un paramètre de conception, il faut des journées denses, des espaces variés, des activités qui s’enchaînent facilement. Le produit se vend moins comme une traversée, plus comme une succession d’expériences.
La taille des navires entre aussi dans l’équation. Dans l’industrie, on rappelle que la taille des plus grands bateaux a doublé depuis 2000. Un exemple cité, Utopia of the Seas propose des terrains de sport et une aire de jeux sur plusieurs niveaux. Pour les jeunes adultes et les familles, ce type d’infrastructure permet de remplir une courte croisière sans avoir l’impression de tourner en rond, mais ça renforce aussi la logique de parc de loisirs flottant.
TikTok atteint 700 millions de vues et change la recherche voyage
La bascule d’image passe beaucoup par les plateformes. Sur TikTok, les recherches et contenus autour de cruises totalisent près de 700 millions de vues, et cruise vacations approche 160 millions. C’est massif, et ça joue comme une vitrine gratuite. Les vidéos de day-in-the-life, les visites de cabines, les plans de piscines et de soirées donnent une idée concrète de ce qu’on achète, ce qui réduit l’incertitude.
Le point clé, c’est que TikTok n’est plus seulement un réseau social, il devient un moteur de recherche. Selon Adobe, 62% des Gen Z et 49% des millennials utilisent TikTok comme outil de recherche, y compris pour préparer un voyage. Quand ton premier réflexe, c’est une vidéo plutôt qu’un comparateur, les compagnies doivent penser en images, en parcours à bord, en lieux filmables, et en infos faciles à capter.
Les compagnies l’ont compris, et elles adaptent les espaces publics. Les médias spécialisés notent l’essor de zones Instagrammables, de bars sur toit-terrasse, d’ambiances plus festives, de designs plus épurés. Ce n’est pas uniquement de la déco, c’est un outil de distribution. Une vidéo tournée par un passager peut faire plus pour la notoriété qu’une campagne classique, parce qu’elle ressemble à une recommandation, pas à une publicité.
Mais il y a une nuance, cette viralité peut aussi créer un décalage entre promesse et réalité. Une croisière, c’est des flux, des horaires, des règles, des files, des espaces partagés, et parfois une météo qui change tout. Le risque, c’est l’effet catalogue, tu crois acheter une suite de séquences parfaites, et tu découvres un produit collectif. Les compagnies jouent serré, elles veulent l’esthétique des réseaux sans déclencher de frustration sur place.
Virgin Voyages et MSC modernisent la restauration et le bien-être
Le rajeunissement ne se limite pas aux itinéraires, il touche le cur de l’expérience, manger, se détendre, circuler. Des acteurs comme Virgin Voyages ont beaucoup investi pour s’éloigner de l’image du buffet monotone. Les reportages citent des restaurants plus scénarisés, des plats plus contemporains, et une approche qui ressemble à celle d’un resort. L’objectif est de rendre la croisière désirable pour des voyageurs qui comparent avec la ville, pas avec un club des années 1990.
Dans la presse voyage, une idée revient chez les plus jeunes, la recherche d’une expérience seamless, simple, fluide. Cela pousse vers des options de restauration plus flexibles, des programmes de bien-être plus travaillés, et des services qui évitent la sensation de rigidité. Le message implicite, c’est, tu paies pour te simplifier la vie, pas pour te plier à un protocole. Les compagnies ajustent donc les codes, sans perdre la qualité attendue.
Mais elles ne peuvent pas ignorer les clients historiques, encore très présents. Les opérateurs cherchent un équilibre, avec des zones plus formelles et d’autres plus décontractées. Exemples cités, MSC Yacht Club ou Celebrity’s Retreat maintiennent une certaine idée du service, tandis que d’autres espaces s’adressent plus directement aux voyageurs qui veulent des ambiances casual et des thrills technologiques. Ce double niveau évite de choisir un camp, mais complique la conception.
Le résultat, c’est une segmentation plus visible à bord. Tu peux passer d’un espace calme à une zone de fête en quelques mètres, et c’est assumé. Pour un couple de trentenaires, ça peut être l’argument, tu as plusieurs voyages en un. Pour un passager plus âgé, ça peut être perçu comme une perte de cohérence. La modernisation attire, mais elle impose aussi une cohabitation plus intense, et la promesse d’un produit pour tous devient plus difficile à tenir.
Les voyages multigénérationnels progressent à 28% des croisiéristes en 2023
Le rajeunissement ne veut pas dire que les plus jeunes partent toujours seuls. Un moteur important, c’est le voyage multigénérationnel. En 2023, la CLIA indique qu’environ 28% des croisiéristes faisaient partie d’un groupe réunissant trois générations, enfants, parents, grands-parents. La croisière colle bien à cette configuration, tout le monde est au même endroit, mais chacun peut vivre son rythme, ce qui limite les frictions.
Les itinéraires et les excursions jouent un rôle central. Un responsable du secteur, M. Hammer, souligne que les destinations comptent, mais que les activités comptent autant, randonnées, sorties à vélo, kayak, visites culturelles, dégustations de vins. C’est une façon de sortir de l’opposition mer vs terre. La croisière devient une base mobile pour empiler des expériences, et ça parle aux jeunes qui veulent essayer quelque chose de nouveau.
Des témoignages illustrent aussi l’habitude prise tôt. Lydia Tempest-Mitchell, 19 ans, raconte avoir grandi avec des croisières en famille et avoir déjà fait entre 15 et 20 voyages avec environ six compagnies, dont Celebrity, MSC, Royal Caribbean, Carnival et Virgin Voyages. Elle évoque des itinéraires en Europe, en Espagne, aux Baléares, et jusqu’en Amérique du Sud. Ce profil, formé par la pratique familiale, normalise le produit.
Il faut aussi regarder ce que ça implique. La croisière multigénérationnelle, c’est pratique, mais ça peut pousser à choisir des navires très équipés, donc souvent plus grands, avec une logique de consommation à bord plus intense. Et tout le monde n’adhère pas à cette idée de vacances encapsulées. Les compagnies misent sur la diversité d’activités pour répondre aux critiques, mais la question de l’impact global du modèle reste posée dans le débat public, même si les jeunes passagers, eux, semblent privilégier la facilité et la variété.
À retenir
- En 2023, la CLIA estime 22% de passagers millennials et 14% Gen Z.
- Les mini-croisières et durées plus courtes réduisent la crainte de se sentir « coincé » à bord.
- TikTok pèse dans l’inspiration voyage, avec près de 700 millions de vues sur “cruises”.
- Restauration modernisée, bien-être et zones segmentées redéfinissent l’expérience à bord.
- Les voyages multigénérationnels représentent environ 28% des croisiéristes en 2023.
Questions fréquentes
- Quelle part des passagers de croisière sont des millennials et de la génération Z ?
- Selon le rapport annuel 2023 de la CLIA, les millennials représentent 22% des passagers et la génération Z 14% sur l’année 2023. Ces parts suffisent à influencer l’offre, des activités proposées aux formats de voyage.
- Pourquoi les compagnies poussent-elles les mini-croisières ?
- Les opérateurs cherchent à lever un frein classique, la peur de se sentir enfermé à bord. Royal Caribbean explique avoir réduit la durée moyenne de ses croisières sur les deux dernières années, car le format court divertit mieux les primo-embarques, souvent plus jeunes, et attire aussi un public plus large.
- Quel rôle joue TikTok dans le retour des croisières ?
- TikTok sert de vitrine et de moteur de recherche. Des contenus autour de “cruises” cumulent près de 700 millions de vues, et “cruise vacations” près de 160 millions. Selon Adobe, 62% des Gen Z et 49% des millennials utilisent TikTok comme moteur de recherche, y compris pour préparer des voyages.
- Comment l’expérience à bord change-t-elle avec les plus jeunes voyageurs ?
- Les compagnies modernisent la restauration et multiplient les options flexibles, tout en développant des programmes de bien-être et des espaces plus variés. Des marques comme Virgin Voyages mettent l’accent sur des concepts de dining plus contemporains, tandis que d’autres acteurs conservent des enclaves plus formelles pour répondre aux attentes des clients historiques.
- Les croisières attirent-elles davantage les familles et groupes de plusieurs générations ?
- Oui. La CLIA indique qu’environ 28% des croisiéristes en 2023 voyageaient dans des groupes multigénérationnels réunissant trois générations. La diversité d’activités à bord et d’excursions, comme le kayak, le vélo, les visites culturelles ou les dégustations, contribue à cette attractivité.
Sources
- Voyage : les générations Y et Z ont remis les croisières au goût du jour
- How Gen Z and Millennials are making cruising cool again
- Millennials and Gen Z Are Reshaping the Cruise Experience – AFAR
- Gen Z and millennials are steering the cruise industry into a new era
- Gen Z and millennials are saving the cruise industry | Financial Post

