Les rémunérations des grands patrons français ont progressé 3,3 fois plus vite que celles des salariés en 2025, selon un rapport commun d’Oxfam et de la Confédération syndicale internationale.
Le rapport, publié le 1er mai 2026 à l’occasion de la journée internationale des travailleurs, met en regard deux trajectoires qui s’éloignent. D’un côté, les dirigeants des plus grandes entreprises mondiales ont vu leur rémunération progresser de 11 % en termes réels en 2025. De l’autre, la rémunération moyenne d’un travailleur n’a gagné que 0,5 % sur la même période, une fois l’inflation déduite.
La France fait figure de cas d’école dans cette analyse. Les 26 PDG et directeurs généraux du CAC 40 qui ont accepté de communiquer leurs données ont enregistré une hausse de 18 % entre 2024 et 2025. Oxfam précise que seuls 26 des 40 groupes de l’indice ont effectivement fourni ces chiffres, ce qui relativise la portée de l’échantillon sans en effacer la tendance.
Francesco Milleri, seul dans sa catégorie
Le cas d’EssilorLuxottica illustre l’ampleur des écarts. Son PDG, l’Italien Francesco Milleri, a perçu une rémunération totale de 23,1 millions d’euros en 2024, selon les données du cabinet Proxinvest portant sur les 120 plus grandes entreprises cotées à Paris. C’est plus du double de ce qu’il touchait en 2023. L’Observatoire des inégalités, dans son rapport publié le 2 juin 2026, a calculé qu’un salarié au Smic devrait travailler 1 372 ans pour atteindre ce niveau de rémunération annuel. [1]
Derrière lui, Cyrille Bolloré (groupe Bolloré) affiche 15,7 millions d’euros et Pascal Daloz, directeur général de Dassault Systèmes depuis janvier 2024, 15,5 millions d’euros. Le top 5 des rémunérations recensées par Proxinvest s’étale de 10 à 23 millions d’euros.
| Dirigeant | Entreprise | Rémunération 2024 |
|---|---|---|
| Francesco Milleri | EssilorLuxottica | 23,1 M€ |
| Cyrille Bolloré | Groupe Bolloré | 15,7 M€ |
| Pascal Daloz | Dassault Systèmes | 15,5 M€ |
Source : Challenges / Proxinvest
Un plancher médian à son plus haut depuis 1999
La rémunération médiane des patrons du CAC 40 a atteint environ 5,6 millions d’euros en 2024, son niveau le plus élevé depuis que Proxinvest publie son rapport, en 1999. C’est une hausse de 5 % par rapport à 2023. Autrement dit, la moitié des dirigeants de l’indice phare de la Bourse de Paris gagnent plus de 5,6 millions d’euros par an. [3]
Proxinvest fixe à 5,7 millions d’euros le seuil de « rémunération maximale socialement acceptable ». En 2024, 26 dirigeants dépassent ce plafond, contre 22 l’année précédente. La barre est franchie par davantage de personnes, même si la rémunération totale moyenne du CAC 40 a, elle, légèrement reculé.
Le SBF 120, l’indice élargi regroupant les 120 plus grandes entreprises cotées, suit une logique similaire : la rémunération totale moyenne y baisse de 4 % à 4,2 millions d’euros, mais la médiane monte à 3,4 millions d’euros, son deuxième plus haut historique, en progression de 8 %.
| Indice | Moyenne | Médiane | Évolution médiane |
|---|---|---|---|
| CAC 40 | 6,5 M€ | 5,6 M€ | +5 % vs 2023 |
| SBF 120 | 4,2 M€ | 3,4 M€ | +8 % vs 2023 |
Source : La Tribune / Proxinvest
Pourquoi l'écart de rémunération patrons-salariés se creuse
Dividendes et cooptation, les deux moteurs
Oxfam et la CSI insistent sur la composition réelle de ces rémunérations. L’essentiel ne provient pas du salaire fixe mais des revenus du capital, dividendes en tête. À l’échelle mondiale, près de 80 milliards de dollars ont été versés à environ un millier de milliardaires identifiés par les deux organisations sous forme de dividendes en 2025, soit l’équivalent de 2 500 dollars par seconde. [2]
L’Observatoire des inégalités, cité par Challenges, pointe un autre mécanisme : « Les rémunérations astronomiques des grands patrons résultent en partie d’un effet de cooptation : elles sont décidées par les membres du conseil d’administration de leur entreprise, qui disposent eux-mêmes de revenus démesurés. » Ce circuit fermé auto-entretient la dynamique haussière, indépendamment des performances de l’entreprise.
Cette logique n’est pas nouvelle. Entre 2011 et 2021, les PDG des grandes entreprises françaises ont augmenté leur rémunération de 66 % en moyenne, quand celle des salariés progressait de 21 %, selon une précédente analyse d’Oxfam. [4] La tendance documentée en 2025 s’inscrit dans une séquence longue, pas dans un accident conjoncturel.
18 % de hausse sur un an, mais des salariés à 0,5 %
La mise en perspective est arithmétique. En France, les 26 PDG du CAC 40 ayant communiqué leurs données ont progressé de 18 % entre 2024 et 2025. Sur la même période, la rémunération réelle moyenne d’un travailleur français a grimpé de 0,5 %. L’écart de vitesse, 3,3 contre 1, résume ce que les deux organisations qualifient de « fossé grandissant ».
Dans le secteur privé, les chefs d’entreprises d’au moins 500 salariés forment déjà la catégorie la mieux payée avec un salaire net moyen de 16 900 euros par mois en 2024, selon les données citées par Challenges. La rémunération globale incluant primes et actions dépasse largement ce plancher pour les dirigeants des groupes cotés. Bernard Arnault, cité dans le rapport Oxfam, aurait perçu 3,8 milliards de dollars au titre de ses revenus.
Rémunérations CAC 40 en 2025 : les chiffres clés
- 26 PDG du CAC 40 ont vu leur rémunération augmenter de 18 % entre 2024 et 2025.
- Francesco Milleri (EssilorLuxottica) est le patron le mieux rémunéré avec 23,1 M€ en 2024.
- La rémunération médiane des patrons du CAC 40 atteint 5,6 M€ en 2024, un record depuis 1999.
- 80 milliards de dollars ont été versés sous forme de dividendes à environ 1 000 milliardaires en 2025.
- Un salarié au Smic devrait travailler 1 372 ans pour égaler la rémunération annuelle de F. Milleri.
Sources
4 sources · 4 faits sourcés
