L’usine Thales de La Ferté-Saint-Aubin quadruple sa production de munitions. Cent millions d’euros investis, 250 recrutements, une commande record de l’armée française.
Perdu dans une forêt au sud d’Orléans, le site de La Ferté-Saint-Aubin n’a rien d’un complexe industriel ostentatoire. Un panneau discret, une clôture barbelée, une guérite. Derrière, 500 hectares et 310 bâtiments disséminés sous le couvert forestier. C’est pourtant ici que se joue une partie de la remontée en puissance de l’artillerie française.
Thales vient d’annoncer le quadruplement de la capacité de production de munitions sur ce site, seul outil industriel du groupe en France dédié à cette activité. La cadence, qui s’établissait à 20 000 munitions par an en 2023, doit dépasser 80 000 unités annuelles d’ici la fin de 2026. Selon Challenges, le site emploie déjà 600 salariés dans ce complexe gigantesque.
Une commande de plusieurs dizaines de milliers d’obus de 120 mm
Le déclencheur est une commande de l’armée française portant sur « plusieurs dizaines de milliers de munitions de 120 mm rayée », selon les termes du communiqué de Thales. Elle s’ajoute à deux contrats antérieurs : 3 000 munitions en 2022, puis 15 000 en 2023. La nouvelle commande comprend un tiers de munitions d’exercice et deux tiers de munitions explosives, destinées aux unités d’artillerie.
L’ampleur de la montée en cadence est inédite pour le site. « C’est une montée en cadence historique », résume Challenges dans son compte rendu d’une visite exclusive du site en mars 2026. [3] La production concerne les mortiers, obus et roquettes guidées, familles de munitions au cœur des besoins des forces terrestres françaises.
| Année | Commande / Production | Volume |
|---|---|---|
| 2022 | Premier contrat armée française | 3 000 munitions |
| 2023 | Deuxième contrat armée française | 15 000 munitions |
| 2023 | Production annuelle effective | 20 000 munitions |
| 2026 | Nouvelle commande (120 mm rayée) | Plusieurs dizaines de milliers |
| 2026 | Objectif de production annuelle | Plus de 80 000 munitions |
Source : Sud Ouest, Usine Nouvelle
Cent millions d’euros et 250 recrutements
Pour tenir l’objectif, Thales engage plus de 100 millions d’euros d’investissement sur le site du Loiret. [4] Le groupe prévoit par ailleurs 250 embauches en 2026, un effort de recrutement massif pour un site industriel de défense en zone rurale.
L’Usine Nouvelle avait évoqué un premier plancher de 50 millions d’euros d’investissement lors des premières annonces. [5] Le montant total dépasse donc le double de cette estimation initiale, signe que la commande reçue dépasse en volume ce qui était anticipé.
Le site compte 600 salariés répartis dans ce labyrinthe de bâtiments et d’ateliers. Les 250 recrutements annoncés représentent une augmentation de l’effectif de plus de 40 % sur un seul exercice. Le bassin d’emploi d’Orléans, première agglomération de Centre-Val de Loire, sera sollicité.
Pourquoi cette usine est clé pour l'artillerie française
La France rattrapée par ses propres besoins en munitions
La montée en cadence de La Ferté-Saint-Aubin illustre une réalité que les deux années de guerre en Ukraine ont rendu impossible à ignorer : les stocks de munitions occidentaux n’étaient pas calibrés pour un conflit de haute intensité et de longue durée. La France n’a pas échappé à ce constat.
La nécessité de livrer des munitions à l’Ukraine, couplée aux exigences de reconstitution des stocks nationaux, a mis sous pression l’ensemble de la chaîne industrielle de défense française. Thales se retrouve dans la position d’un fournisseur unique pour ce segment, ce qui explique pourquoi la montée en cadence de ce seul site conditionne directement les capacités de l’artillerie française.
La commande en cours porte spécifiquement sur des obus de 120 mm rayée. Ce calibre équipe notamment le mortier lourd MO-120 RT, en service dans plusieurs régiments d’infanterie et d’artillerie de l’armée de Terre. Ce sont des munitions de contact, à portée courte et moyenne, qui complètent les capacités des Caesar et des LRU dans le dispositif d’artillerie français.
Un site unique sous la pression du réarmement
La Ferté-Saint-Aubin cumule mortiers, obus et roquettes guidées sur un même site. Cette concentration de savoir-faire est un atout, mais aussi une fragilité structurelle : l’unique usine de munitions Thales en France ne dispose d’aucun site miroir en cas de sinistre ou de saturation.
L’investissement de 100 millions d’euros devrait en partie répondre à cette contrainte en augmentant la surface de production et les lignes d’assemblage. Les 250 recrutements prévus signalent que la montée en cadence n’est pas simplement mécanique : elle nécessite des opérateurs qualifiés, formés aux exigences de sécurité pyrotechnique propres aux munitions.
Le passage de 20 000 à 80 000 munitions annuelles en trois ans place La Ferté-Saint-Aubin parmi les sites industriels de défense qui auront le plus rapidement changé d’échelle en Europe depuis le début du conflit ukrainien. Thales s’est engagé à tenir cet objectif d’ici la fin de 2026.
Thales La Ferté-Saint-Aubin : les chiffres de la montée en cadence
- L'usine de La Ferté-Saint-Aubin est le seul site de munitions Thales en France.
- La production passe de 20 000 munitions/an (2023) à plus de 80 000/an d'ici fin 2026.
- Plus de 100 millions d'euros sont investis sur le site du Loiret.
- 250 recrutements sont prévus en 2026, sur un effectif actuel de 600 salariés.
- La nouvelle commande porte sur des obus de 120 mm rayée pour l'artillerie française.
- Le site s'étend sur 500 hectares et compte 310 bâtiments.
Sources
3 sources · 3 faits sourcés
