Actualités FranceÀ Mayotte, 10 000 m³ d'eau potable par jour dès 2027 :...

À Mayotte, 10 000 m³ d’eau potable par jour dès 2027 : l’usine d’Ironi Bé face aux alertes environnementales

Date:

À Mayotte, la construction d’une usine de dessalement dans la baie d’Ironi Bé doit livrer 10 000 m³ d’eau potable par jour en 2027. Mais les rejets de saumure et la destruction partielle de la mangrove inquiètent les acteurs environnementaux.

Depuis juin, les engins de chantier préparent le terrain dans la baie d’Ironi Bé, sur Grande-Terre. Cette nouvelle unité de dessalement vise à combler un déficit structurel d’eau potable dans l’archipel, qui subit des coupures prolongées tous les deux jours. Les réserves d’eau restent faibles, et la consommation augmente de 2 000 mètres cubes par jour chaque année. Le syndicat Les Eaux de Mayotte (LEMA) pilote le projet, confié à un consortium mené par Stereau, filiale du groupe Saur, aux côtés d’Artelia, AROM, Colas et Saur France.

Le ministre des Outre-Mer Manuel Valls s’est rendu sur le chantier le 1ᵉʳ septembre 2025, soulignant l’urgence d’une installation présentée comme la réponse la plus rapide à la crise hydrique. La mise en service est programmée pour mi-2027, avec une première capacité de 10 000 m³/jour, puis une extension à 16 670 m³/jour en 2026, selon le calendrier du constructeur.

En chiffres
10 000 m³
Production quotidienne d'eau potable en 2027
Capacité initiale de l'usine d'Ironi Bé
+2 000 m³
Augmentation annuelle de la demande en eau
Croissance structurelle à Mayotte
65 g/L
Taux de salinité de la saumure rejetée
Contre 35 g/L à l'état naturel
2027
Mise en service programmée
Extension à 16 670 m³/jour prévue en 2026

Une course contre la demande

Steeves Guy, directeur général des services techniques du syndicat, décrit la situation en ces termes : « L’usine va nous permettre de produire 10 000 mètres cubes par jour, donc de passer de 40 000 à 50 000, sachant que chaque année, on a une augmentation des besoins de 2 000 mètres cubes par jour. On est donc vraiment dans une course contre-la-montre entre les besoins qui augmentent et les moyens de production qui doivent essayer de les rattraper pour les dépasser[1]. »

L’installation reposera sur un procédé d’osmose inverse à haute pression, suivi d’une reminéralisation et d’une chloration. L’eau de mer sera pompée dans le lagon, filtrée, dessalée, puis distribuée sur le réseau. Stereau a conçu une architecture modulaire permettant d’accroître les capacités sans interruption de service.

Capacités de production d’eau potable à Mayotte
Indicateur Valeur
Production actuelle (avant Ironi Bé) 40 000 m³/jour
Production après mise en service (2027) 50 000 m³/jour
Capacité cible 2026 16 670 m³/jour
Augmentation annuelle de la demande 2 000 m³/jour

Source : RFI, Saur

Mayotte souffre de la sécheresse la plus sévère depuis 1997. Les coupures sont passées de vingt-six heures à trente heures tous les deux jours en 2024. La situation a contraint les autorités à accélérer la construction, au risque de bousculer les études d’impact environnemental.

Saumure et mangrove : l’alerte des naturalistes

Installation moderne de dessalement d'eau de mer avec réservoirs de stockage en béton blanc
Installation moderne de dessalement d'eau de mer avec réservoirs de stockage en béton blanc

Michel Charpentier, président de l’association Les naturalistes de Mayotte, met en garde contre les rejets de saumure dans le lagon[1]. « Ce sel y sera déversé avec un taux de salinité estimé au double du taux de salinité normal de l’eau de mer. Au fur et à mesure de son accumulation, il risque donc d’avoir un impact très important sur les populations marines qui vivent dans le lagon », détaille-t-il.

Le processus de dessalement génère une eau sursalée, concentrée à 65 grammes de sel par litre, contre 35 grammes à l’état naturel. Ce résidu, rejeté en mer, pourrait affecter les coraux, les herbiers marins et la faune récifale, dans un lagon classé parmi les plus riches du monde[5].

Les tuyaux reliant l’usine au lagon traverseront également une zone de mangrove, qui devra être en partie coupée. Émilien Dautrey, directeur du GEPOMAY (Groupe d’étude et de protection des oiseaux de Mayotte), insiste sur le choix du site : « On n’est pas contre une usine de dessalement, on est contre l’usine de dessalement à cet endroit précis[5]. » Selon lui, d’autres emplacements auraient permis de limiter l’impact sur les écosystèmes.

Pourquoi l'usine d'Ironi Bé cristallise les tensions

Urgence hydrique
Mayotte fait face à la pire sécheresse depuis 1997. Les réserves s'épuisent, la demande augmente de 2 000 m³/jour chaque année, et les coupures s'allongent. Sans cette usine, l'île ne peut tenir.
Impact sur le lagon
Les rejets de saumure à 65 g/L de sel menacent coraux, herbiers et faune marine dans un lagon classé parmi les plus riches du monde. Les associations réclament des études indépendantes.
Destruction de la mangrove
Les tuyaux reliant l'usine au lagon traverseront une zone de mangrove, qui devra être partiellement coupée. Les défenseurs de l'environnement dénoncent le choix du site.
Calendrier contraint
Le chantier, lancé en juin 2025, avance à marche forcée. Les travaux doivent aboutir mi-2027. Les associations craignent que la précipitation ne conduise à des dégâts irréversibles.
Alternative absente
Aucune autre solution à court terme ne permet de compenser le déficit. Les associations ne s'opposent pas au dessalement, mais contestent l'emplacement et la qualité des études d'impact.

Un dossier environnemental contesté

Plusieurs associations ont déposé un recours, dénonçant la fragilité des études d’impact. Elles réclament des analyses indépendantes et approfondies, capables d’évaluer les conséquences à long terme sur la biodiversité marine et terrestre. « Nous, on veut avoir des études concrètes, indépendantes, qui montrent qu’il n’y aura aucun impact sur le lagon à long terme, aucun impact sur la mangrove, sur la biodiversité et sur les humains », résume Émilien Dautrey[5].

Le calendrier, dicté par l’urgence hydrique, laisse peu de place aux ajustements. Le consortium a commencé les travaux dès juin 2025, alors que certaines questions environnementales restent en suspens. Les défenseurs de l’environnement craignent que la précipitation du projet ne conduise à des dégâts irréversibles dans un lagon déjà fragilisé par la pression démographique et l’urbanisation.

L’usine d’Ironi Bé sera la deuxième installation de ce type à Mayotte, après celle de Petite-Terre à Pamandzi. Cette dernière a déjà fait l’objet de critiques similaires, notamment sur la gestion des saumures. Mais l’absence d’alternative crédible à court terme renforce le poids de l’argument sécuritaire : sans eau, l’archipel ne peut tenir.

La mise en service prévue pour 2027 intervient dans un contexte où les infrastructures hydrauliques peinent à suivre la démographie. Mayotte compte environ 320 000 habitants, avec une croissance soutenue qui aggrave le stress sur les ressources naturelles. Le projet d’Ironi Bé incarne un dilemme classique : répondre à l’urgence vitale sans sacrifier l’environnement qui fait vivre l’île sur le long terme.

Usine de dessalement d'Ironi Bé : les chiffres clés

  • L'usine d'Ironi Bé produira 10 000 m³ d'eau potable par jour dès 2027, portant la capacité totale de Mayotte à 50 000 m³/jour.
  • La saumure rejetée dans le lagon affichera une concentration en sel de 65 g/L, soit le double de la salinité naturelle.
  • Le projet, piloté par le syndicat Les Eaux de Mayotte, est confié à un consortium dirigé par Stereau, filiale du groupe Saur.
  • Plusieurs associations environnementales ont déposé un recours, contestant la solidité des études d'impact.
  • Les travaux ont commencé en juin 2025 dans la baie d'Ironi Bé, avec une traversée de la mangrove pour les tuyaux.
  • Mayotte subit des coupures d'eau de trente heures tous les deux jours depuis l'aggravation de la sécheresse en 2024.
Sophie Berlu
Sophie Berlu
Journaliste industrie, énergie & innovation Sophie suit l'industrie française, l'énergie et l'innovation. Nucléaire, ferroviaire, réindustrialisation, brevets : elle s'intéresse à ce qui se fabrique vraiment, dans les usines et sur les sites, loin des effets d'annonce.

Sur le même sujet

Lidl veut ouvrir près de 400 magasins en France : pourquoi certains nouveaux supermarchés pourraient ne plus avoir de parking

Lidl prépare une nouvelle phase de son développement en France. L’enseigne vise 2 000 supermarchés à l’horizon 2035...

Pompe à chaleur : depuis le 1er septembre 2026, ce nouveau critère conditionne la prime Coup de pouce

Depuis le 1er septembre 2026, les règles du Coup de pouce Chauffage ont changé pour l’installation de certaines...

Carburants : le gazole atteint 2,257 € le litre en moyenne, les prix bondissent encore en France

Les automobilistes subissent une nouvelle hausse brutale à la pompe. Selon les dernières données officielles, au 4 septembre...

Retraite Agirc-Arrco : ce qui peut changer votre pension dès septembre et ce qu’il faut savoir pour novembre 2026

Deux dates sont à surveiller par les retraités du privé : depuis le 1er septembre 2026, le nouveau...