L’activité économique du Grand Est recule au premier trimestre 2026. L’emploi industriel chute de 0,6 %, la construction de 0,5 %, et le chômage atteint 7,7 %.
Le ralentissement était attendu, mais pas à ce rythme. L’Insee le dit crûment dans sa note trimestrielle : la baisse du volume d’heures rémunérées s’est « encore accentuée » dans le Grand Est entre janvier et mars 2026. Tous les départements, tous les secteurs. La construction subit « une forte contraction », l’industrie recule de 0,6 % en emploi salarié, et même l’intérim, baromètre sensible de la dynamique économique, perd 1 % de ses effectifs.
L’emploi salarié total frôle désormais les 2 millions, en recul de 0,2 % sur trois mois. L’industrie paie le prix fort : 0,6 % de postes en moins, soit plusieurs milliers de salariés. La construction suit avec 0,5 %. Le tertiaire marchand, hors intérim, résiste à peine : quasi-stabilité, mais plus pour combien de temps. Le tertiaire non marchand tient. Le chômage grimpe à 7,7 %, une hausse qui touche exclusivement les départements alsaciens et la Moselle.
Un effet rattrapage de janvier vite retombé
Janvier avait donné de faux espoirs. Les entreprises avaient rattrapé une partie du retard accumulé fin 2025, dopant artificiellement les indicateurs[4]. Mais dès février, puis mars, la réalité s’est imposée : l’activité a marqué un « net ralentissement », selon le Conseil régional de l’Ordre des Experts-Comptables du Grand Est. Ce document, bâti sur les déclarations de TVA de plus de 49 000 établissements, parle d’une « dégradation progressive » dans un contexte de « pression sur les coûts et de visibilité réduite pour les entreprises »[4].
Plusieurs secteurs passent sous leur niveau d’activité de 2025. L’hébergement-restauration recule, les indices de chiffre d’affaires flanchent dans les branches les plus exposées au ralentissement de la demande intérieure. À l’inverse, quelques niches résistent : commerce de voitures et véhicules légers (indice à 106,3), activités immobilières (106,6), construction de maisons individuelles (104,7), horlogerie-bijouterie (116,9)[4]. Mais ces poches de vigueur ne compensent pas la contraction générale.
| Secteur | Variation trimestrielle |
|---|---|
| Emploi salarié total | -0,2 % |
| Industrie | -0,6 % |
| Construction | -0,5 % |
| Intérim | -1,0 % |
| Tertiaire marchand (hors intérim) | quasi stable |
| Tertiaire non marchand | quasi stable |
Source : Insee / La Semaine
L’industrie face à trois années de recul consécutif
L’industrie du Grand Est subit sa troisième année de baisse du volume produit. Le chiffre d’affaires industriel a reculé de 1,4 % en 2025, selon la Banque de France Grand Est[5]. Les branches structurantes de la région (automobile, métallurgie, boissons) sont toutes touchées. L’ensemble des autres produits industriels est également en repli.
Ce recul s’inscrit dans une dynamique nationale, mais frappe avec plus d’acuité une région où l’industrie pèse 17 % de l’emploi total, contre 13 % en moyenne française. Dans le Grand Est, 56 % des salariés employés par des entreprises étrangères travaillent dans l’industrie, contre 38 % au niveau national[2]. L’Allemagne, premier pays investisseur avec 29 % des emplois sous contrôle étranger, est elle-même en ralentissement, ce qui pèse mécaniquement sur les filiales implantées en Alsace, en Moselle et dans les Ardennes.
La construction n’est pas épargnée. Le gros œuvre recule « très légèrement », moins fort qu’anticipé grâce à une météo clémente qui a permis de rattraper une partie des retards des mois précédents[3]. Mais le second œuvre progresse à un rythme ralenti, après un mois de mars soutenu. Les travaux publics et l’entretien-amélioration de bâtiments se replient fortement.
Pourquoi l'économie du Grand Est se fragilise
Seule éclaircie : les créations d’entreprises bondissent de 13,5 %
Un seul indicateur tire son épingle du jeu : les créations d’entreprises. Elles accélèrent de 13,5 % en glissement annuel, dépassant les 18 500 immatriculations au premier trimestre. C’est le signe d’un tissu entrepreneurial qui tente de rebondir, portés par les services marchands et certaines activités de proximité. Mais ce dynamisme ne suffit pas à inverser la tendance globale.
Le Conseil régional de l’Ordre des Experts-Comptables résume : « Ce début d’année met en évidence une économie régionale qui résiste en apparence, mais dont les fondamentaux se fragilisent »[4]. Les dirigeants interrogés se disent inquiets pour les mois à venir, dans un contexte de hausse des prix des matières premières liée aux tensions géopolitiques avec l’Iran.
Les acteurs économiques du Grand Est, à l’initiative de la CCI Grand Est, ont présenté en mai cinq mesures fortes pour faire face à la crise. Parmi elles : une « accélération et une réorientation volontaire de la commande publique vers les acteurs économiques du territoire », ainsi que le lancement d’opérations « Achetez local » au bénéfice de l’ensemble des secteurs, du commerce de proximité à l’industrie en passant par l’artisanat et l’agriculture[1].
Le sommet Choose France, début juin 2026, a apporté huit nouvelles annonces d’investissements étrangers dans le Grand Est, pour un montant potentiel dépassant les 600 millions d’euros[2]. Ces projets, s’ils se concrétisent, viendront soutenir l’emploi industriel dans les mois à venir. Mais pour l’heure, la région aborde le deuxième trimestre avec une économie « à trois vitesses » : une industrie en phase de stabilisation fragile, des services marchands en croissance modérée mais solide, et une construction durablement sous pression[5].
Grand Est T1 2026 : les chiffres du ralentissement
- L'emploi salarié recule de 0,2 % au T1 2026, frôlant les 2 millions
- L'industrie perd 0,6 % de ses effectifs, la construction 0,5 %
- Le chômage atteint 7,7 %, une hausse concentrée en Alsace et Moselle
- Les créations d'entreprises bondissent de 13,5 %, dépassant 18 500 immatriculations
- L'industrie subit sa troisième année de recul du volume produit
- Huit nouveaux investissements étrangers annoncés au sommet Choose France, juin 2026
Sources
5 sources · 10 faits sourcés
