Paris et Brasilia ont paraphé mercredi une feuille de route pour intensifier la coopération sur les 730 kilomètres de frontière entre la Guyane et l’Amapá, visant narcotrafic et orpaillage.
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et son homologue brésilien Mauro Vieira se sont retrouvés mercredi 1er juillet à Brasilia pour sceller un nouvel accord de coopération transfrontalière. Cette signature tombe à un moment où les factions criminelles brésiliennes (Comando Vermelho (CV) et Primeiro Comando da Capital (PCC)) ont étendu leur emprise en Guyane ces dernières années. Washington vient de classer ces deux organisations terroristes, provoquant la colère du président Luiz Inacio Lula da Silva, qui dénonce une atteinte à la souveraineté brésilienne.
Le Brésil est le pays avec lequel la France partage sa plus longue frontière terrestre. Entre la Guyane et l’État d’Amapá, au nord du Brésil, cette limite de 730 km traverse la forêt amazonienne, dans une zone où les moyens de contrôle restent limités. Le trafic de stupéfiants, l’orpaillage illégal et les atteintes à l’environnement prospèrent dans ce couloir difficile à surveiller.
Un tournant sur l’obligation de visa
L’accord prévoit la suspension de l’obligation de visa de court séjour pour les ressortissants brésiliens souhaitant se rendre en Guyane, à compter du 31 juillet[1]. Mauro Vieira a salué « un tournant historique ». Jusqu’ici, les Brésiliens devaient solliciter un visa auprès des autorités françaises pour passer la frontière, une procédure qui freinait les échanges commerciaux et humains dans cette zone de l’Amazonie.
Jean-Noël Barrot a déclaré que la feuille de route permettra de « renforcer notre action commune contre toutes les formes de criminalité, en particulier le narcotrafic et la criminalité environnementale »[2]. Il doit se rendre jeudi 2 juillet « à notre frontière commune afin de constater les progrès réalisés dans la lutte contre les trafics transfrontaliers, qu’il s’agisse du narcotrafic, de l’orpaillage illégal ou des atteintes à l’environnement ».
CV et PCC, désormais désignés organisations terroristes
Le Comando Vermelho et le Primeiro Comando da Capital dominent le trafic de drogue en Amérique latine. Leur classement récent comme organisations terroristes par les États-Unis a provoqué une réaction irritée de Brasilia. Pour autant, sur le terrain, ces deux réseaux continuent de pousser leurs pions en Guyane, s’appuyant sur la porosité d’une frontière où les fleuves servent d’autoroutes fluviales et où les postes de contrôle demeurent clairsemés.
La France et le Brésil misent sur une « collecte accrue d’informations », selon Mauro Vieira. Concrètement, cela passe par le partage de renseignements entre gendarmerie française et polices fédérale et militaire brésiliennes, ainsi que par des patrouilles conjointes dans les zones sensibles, notamment le long de l’Oyapock, fleuve frontalier entre les deux pays.
Les enjeux de la coopération transfrontalière France-Brésil
Une coopération de longue date formalisée en 1996
La coopération transfrontalière entre la Guyane et le Brésil a été officialisée par l’accord-cadre du 28 mai 1996[4]. La Commission mixte de coopération transfrontalière (CMT) franco-brésilienne s’est réunie pour la dixième fois en décembre 2016 à Cayenne. Depuis, le pont sur l’Oyapock, ouvert en mars 2017 aux véhicules particuliers, symbolise cette volonté de rapprochement. Un Conseil du Fleuve sur l’Oyapock, instance consultative locale, a également été créé en décembre 2012.
La signature de mercredi s’inscrit dans la continuité de ces dispositifs, mais avec un accent nouveau sur la criminalité organisée et les atteintes environnementales. L’orpaillage illégal, en particulier, a pris de l’ampleur ces dernières années : des mines clandestines exploitées par des orpailleurs brésiliens et français, souvent financées par des réseaux criminels, polluent les cours d’eau au mercure et fragilisent les écosystèmes.
Maillots jaunes échangés en fin de cérémonie
À l’issue de la signature, les deux ministres se sont échangés, sourire aux lèvres, les maillots de leurs équipes nationales de football, toutes deux qualifiées pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde[3]. Jean-Noël Barrot, arborant le maillot jaune de la Seleção floqué du numéro 7, a glissé : « Que le meilleur gagne. » Un moment de légèreté diplomatique qui masque mal l’urgence sécuritaire sur le terrain.
Reste que l’accord paraphé ce 1er juillet ne prévoit pour l’instant aucun chiffrage précis quant aux moyens supplémentaires alloués à la surveillance de la frontière. Les effectifs de gendarmerie et de police en Guyane demeurent limités, tandis que la superficie de forêt à couvrir dépasse largement les capacités logistiques actuelles. La « collecte accrue d’informations » devra donc se traduire par des investissements matériels et humains concrets pour que la feuille de route ne reste pas lettre morte.
Un enjeu de souveraineté européenne
La Guyane est le seul territoire de l’Union européenne en Amérique du Sud. Les défis sécuritaires qui s’y jouent dépassent donc le cadre franco-brésilien : ils interrogent la capacité de l’UE à protéger ses frontières extérieures dans des zones de forte criminalité transnationale. La suspension des visas, mesure symbole d’ouverture, pourrait aussi faciliter le passage de réseaux criminels si elle ne s’accompagne pas d’un renforcement parallèle des contrôles douaniers et policiers.
Paris et Brasilia parient sur une logique d’intégration régionale pour mieux lutter contre les trafics. Mais le CV et le PCC, qui disposent de moyens financiers considérables et d’une connaissance intime du terrain, ne se laisseront pas déloger sans résistance. Les prochains mois diront si la coopération accrue entre gendarmerie et polices brésiliennes parvient à endiguer l’avancée de ces cartels dans la forêt amazonienne.
Accord France-Brésil en Guyane : ce qu’il faut retenir
- Feuille de route signée mercredi 1er juillet à Brasilia par Jean-Noël Barrot et Mauro Vieira
- 730 km de frontière commune entre la Guyane et l’Amapá, en pleine forêt amazonienne
- Suspension de l’obligation de visa de court séjour pour les Brésiliens dès le 31 juillet
- Comando Vermelho et Primeiro Comando da Capital classés organisations terroristes par Washington
- Coopération formalisée depuis l’accord-cadre de 1996, dixième réunion de la CMT en décembre 2016
- Visite de Barrot à la frontière jeudi 2 juillet pour constater les progrès sur le terrain
Les enjeux de la coopération transfrontalière France-Brésil
Narcotrafic et cartels brésiliens
Le Comando Vermelho et le Primeiro Comando da Capital étendent leur emprise en Guyane, profitant de la porosité de la frontière et des réseaux fluviaux pour acheminer la drogue vers l’Europe.
Renseignement et patrouilles conjointes
La feuille de route mise sur le partage d’informations entre gendarmerie française et polices brésiliennes, ainsi que sur des opérations communes le long de l’Oyapock.
Orpaillage illégal et pollution au mercure
Des mines clandestines, financées par des réseaux criminels, contaminent les cours d’eau et détruisent l’écosystème amazonien sur la bande frontalière.
Souveraineté européenne en Amérique du Sud
La Guyane est le seul territoire de l’UE sur ce continent. Sa sécurité engage la capacité de l’Union à protéger ses frontières extérieures face à la criminalité transnationale.
Facilitation des échanges et intégration régionale
La suspension du visa pour les Brésiliens dès le 31 juillet doit fluidifier les échanges commerciaux et humains, à condition que les contrôles policiers compensent le risque d’infiltration.
Accord France-Brésil en Guyane : ce qu'il faut retenir
- Feuille de route signée mercredi 1er juillet à Brasilia par Jean-Noël Barrot et Mauro Vieira
- 730 km de frontière commune entre la Guyane et l'Amapá, en pleine forêt amazonienne
- Suspension de l'obligation de visa de court séjour pour les Brésiliens dès le 31 juillet
- Comando Vermelho et Primeiro Comando da Capital classés organisations terroristes par Washington
- Coopération formalisée depuis l'accord-cadre de 1996, dixième réunion de la CMT en décembre 2016
- Visite de Barrot à la frontière jeudi 2 juillet pour constater les progrès sur le terrain
Sources
4 sources · 4 faits sourcés
Coopération –
Actions de l'État –
Les services de l'État en Guyane

