ActualitésDans la Manche, les bulots suffoquent : 80 % de la pêche...

Dans la Manche, les bulots suffoquent : 80 % de la pêche effondrée en 2025, les huîtres encaissent à leur tour

Date:

Les canicules marines frappent la biodiversité normande. Dans la baie de Granville, la pêche au bulot s’effondre sous l’effet du réchauffement, tandis que les huîtres creuses enregistrent des chutes de naissance inquiétantes.

L’eau de la Manche a gagné 1,5°C en quarante ans. Une hausse apparemment modeste qui décime le bulot, petit coquillage emblématique du littoral normand. Dans les années 2000 et jusqu’en 2017, les caseyeurs de Manche Ouest remontaient plus de 10 000 tonnes par an. En 2025, seules 1900 tonnes ont été pêchées. Une chute de 80 % qui signe l’effondrement d’une filière qui faisait vivre une centaine de bateaux.

Hubert du Pontavice, chercheur en écologie halieutique à Port-en-Bessin, posait le diagnostic jeudi 2 juillet 2026 lors d’une conférence de presse de l’Ifremer. Le bulot a longtemps été la deuxième espèce pêchée en Normandie, avec des captures stables pendant plus de vingt ans. Cette stabilité s’est fracturée ces dernières années. Et avec les canicules marines qui frappent le littoral depuis plusieurs mois, les scientifiques s’attendent à de nouveaux impacts sur la pêcherie et les populations.

En chiffres
1,5°C
Hausse de la température de l'eau en Manche en 40 ans
– 80 %
Chute des captures de bulot entre 2017 et 2025
De 10 000 t à 1900 t/an
– 14 à 62 %
Diminution de la croissance des naissains d'huîtres
Sur les cinq dernières années
82 %
Part de l'océan mondial touchée par des vagues de chaleur en 2026
Selon Copernicus Marine

Quand la température monte, le bulot s’enterre et ne mange plus

Le bulot est un mollusque qui ne supporte pas les eaux trop chaudes. Au-delà d’un certain seuil de température, il reste enfoui dans le sédiment, cesse de se nourrir, s’amaigrit. Si la vague de chaleur dure, l’animal est trop affaibli pour reprendre une vie normale quand les eaux refroidissent. Beaucoup meurent[4].

Les vagues de chaleur marines se multiplient. Depuis le début de l’année 2026, 82 % de l’océan mondial a connu des épisodes de ce type, selon Copernicus Marine. Près de la moitié de la surface océanique a souffert de canicules fortes à extrême. La Normandie ne fait pas exception : fin mai et juin 2026, le littoral a subi des températures anormalement élevées pour la saison, que les chercheurs qualifient désormais de « nouvelle normalité »[2].

Évolution des captures de bulot en Manche Ouest
Période Tonnes/an
Années 2000-2017 Plus de 10 000 t
2025 1900 t
Chute enregistrée – 80 %

Source : Ifremer

Les huîtres creuses encaissent des coups de chaleur à répétition

Les huîtres creuses traversent, elles aussi, une période critique. Fin mai 2026, Franck Lagarde, coordinateur du réseau d’observation des huîtres creuses à l’Ifremer, décrivait la canicule marine de mai comme « la plus impactante qu’on ait jamais enregistrée depuis 1960 ». L’homme ne cache pas son inquiétude. « La violence de ce qu’on vient de vivre nous a surpris. Même si on savait que ça allait venir, on a été pris de court. Je vois des choses qui m’alarment à titre individuel et qui concernent une filière toute entière qui représente à peu près 10 000 à 20 000 emplois en France. »

Les effets des vagues de chaleur récentes ne sont pas encore totalement connus. Mais dans l’Atlantique et la Manche, les taux de croissance des naissains (les jeunes huîtres) ont diminué de 14 % à 62 % depuis cinq ans. Les ostréiculteurs redoutent une accélération de cette tendance avec les épisodes de 2026.

Pourquoi le réchauffement frappe durement la pêche normande

Choc thermique répété
Les vagues de chaleur marines se multiplient. Le bulot, qui ne supporte pas les eaux chaudes, s'enterre, cesse de se nourrir et meurt souvent avant que les conditions ne s'améliorent.
Effondrement des populations
Les captures de bulot ont chuté de 80 % en huit ans. Les naissains d'huîtres enregistrent des baisses de croissance de 14 % à 62 % depuis cinq ans.
Filières menacées
Une centaine de bateaux dépendait du bulot en Normandie. L'ostréiculture emploie 10 000 à 20 000 personnes en France. Ces filières sont directement fragilisées.
Acidification en cours
Le pH de l'océan diminue, menaçant les espèces à test carbonaté : moule, coquille Saint-Jacques, coque, praire, palourde.
Perspectives dégradées
Le GIEC normand projette jusqu'à trente jours de canicule par an d'ici 2100 et une hausse de température moyenne de plus de 3,5°C. Les vagues de chaleur marines s'intensifieront.

Une biodiversité marine sous pression dans toute la région

Le bulot et l’huître ne sont pas les seuls concernés. D’autres bivalves (moule commune, coquille Saint-Jacques, coque, praire, palourde, telline) sont menacés. Ces espèces à test carbonaté, nombreuses en Normandie, souffrent aussi de l’acidification de l’océan. Le pH de l’eau de mer a diminué de 0,26 en quatorze ans à Luc-sur-Mer, passant sous la valeur de 8 en 2020 pour la première fois[3].

Les pêcheurs professionnels s’inquiètent. Plusieurs centaines de bateaux dépendent de ces espèces en Normandie. La filière ostréicole emploie entre 10 000 et 20 000 personnes en France, dont une large part en Normandie. L’effondrement de certaines populations, comme celle du bulot, menace directement ces activités.

Les canicules seront plus fréquentes et plus intenses

Le GIEC normand a publié plusieurs rapports sur l’évolution du climat régional. Les projections convergent : à l’horizon 2100, la température moyenne en Normandie pourrait dépasser 3,5°C par rapport à l’ère préindustrielle[5]. La fréquence des jours de chaleur (plus de 25°C) augmentera fortement. La région pourrait connaître jusqu’à trente jours de canicule par an d’ici la fin du siècle.

Le littoral normand sera a priori moins touché que l’intérieur des terres, mais la mer elle-même chauffe. Les vagues de chaleur marines deviennent plus fréquentes et plus longues. La biodiversité marine, déjà fragilisée par la surpêche et la pollution, doit désormais encaisser ces chocs thermiques répétés.

Pour les chercheurs de l’Ifremer, c’est une « hécatombe invisible ». Les espèces marines ne font pas les gros titres comme les incendies de forêt, mais leur disparition progressive met en péril des filières économiques entières et l’équilibre écologique du littoral.

Canicules marines en Normandie : les chiffres de l'effondrement

  • La pêche au bulot en Manche Ouest est passée de 10 000 tonnes/an (2000-2017) à 1900 tonnes en 2025.
  • L'eau de la Manche a gagné 1,5°C en quarante ans.
  • Les naissains d'huîtres creuses ont vu leur croissance diminuer de 14 % à 62 % en cinq ans.
  • 82 % de l'océan mondial a subi des vagues de chaleur depuis le début de l'année 2026.
  • Le pH de l'eau de mer à Luc-sur-Mer est passé sous 8 en 2020 pour la première fois en quatorze ans.
  • La filière ostréicole représente 10 000 à 20 000 emplois en France.
Philippe Dupont
Philippe Dupont
Philippe Dupont, rédacteur régional(e) — La Voix de France. Textes produits avec l'assistance de l'IA et relus par notre équipe éditoriale.

Sur le même sujet

Championnat de Bretagne Enduro : une moto électrique gagne en duo, 3 tours d’incertitude puis la fuite

Xavier Flick et Pierre Goupillon ont remporté dimanche 23 août la première manche du championnat de Bretagne enduro...

Coalition des volontaires pour l’Ukraine : Paris, Berlin et Londres coprésidents à Kiev, Zelensky réclame 300 missiles Patriot pour l’hiver

La Coalition des volontaires pour l'Ukraine se réunit ce lundi 24 août à Kiev, jour du 35ᵉ anniversaire...

À 18 ans, Ayyoub Bouaddi rejoint Manchester City pour 100 M€ et pulvérise le record de vente de la Ligue 1

Lille boucle la vente d'Ayyoub Bouaddi à Manchester City pour 100 millions d'euros, établissant un nouveau record pour...

Un robot chinois bat Usain Bolt sur 100 m en 9,39 secondes : Pékin affiche sa domination en robotique aux World Robot Games 2026

Des robots humanoïdes chinois ont battu plusieurs records sportifs humains ce week-end à Pékin, dont le mythique 100...