La Commission de régulation de l’énergie valide cinq installations de stockage électrique en Corse : deux stations hydrauliques par pompage et trois batteries industrielles, pour compenser une hausse de consommation prévue à 50 % d’ici 2040.
La Corse étend son arsenal de stockage énergétique. La CRE vient d’autoriser cinq projets destinés à absorber les surplus solaires et à les restituer aux heures de pointe. L’objectif : accompagner le développement des renouvelables tout en évitant de rallumer les turbines au fioul d’Ajaccio et de Lucciana. L’île, trois fois plus dynamique démographiquement que la France continentale selon l’Insee, fait face à des pics de consommation records chaque été. Ces nouvelles installations représentent 48 MW de capacité supplémentaire et 170,4 MWh de stockage. Leur mise en service est programmée entre 2029 et 2030.
Les projets retenus se répartissent en deux familles technologiques. D’un côté, deux stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), qui mobilisent l’hydraulique pour stocker l’électricité sous forme gravitaire. De l’autre, trois batteries lithium-ion, installées dans le Valinco. Ensemble, ils doivent permettre d’économiser 353,7 millions d’euros de charges de service public de l’énergie sur trente ans, en évitant des surcoûts de production estimés à 535,3 millions. Le coût total des contrats : 181,6 millions d’euros sur quinze ans pour les batteries, trente ans pour les STEP.
Lugo-di-Nazza : première STEP d’EDF en Corse, 17 MW
Le projet le plus productif du dispositif se trouve entre Lugo-di-Nazza et Ghisoni[4]. EDF installe une pompe sur le barrage de Sampolo, relié à la retenue de Trevadine en contrebas. Le principe : pomper l’eau vers le haut (jusqu’à 200 000 m³) quand le photovoltaïque inonde le réseau en milieu de journée, puis la relâcher en fin d’après-midi pour produire de l’électricité via des turbines. Capacité : 81,9 MWh de stockage, 17,1 MW de puissance. C’est une première pour EDF en Corse, qui n’avait jamais équipé ses barrages insulaires d’un tel système de pompage-turbinage.
Selon Antony Marais, chef de projet chez EDF, cette installation permettra de mobiliser jusqu’à 45 MW lors des pointes estivales, pendant environ deux heures. L’investissement s’élève à 30 millions d’euros. La phase opérationnelle doit débuter en septembre 2027, pour une mise en service en 2030. L’unité renforcera la sécurité d’alimentation de l’île et limitera le recours aux centrales thermiques de pointe, les plus carbonées du mix insulaire.
Saint-Antoine à Ajaccio : un double bassin en circuit fermé
Le second projet hydraulique, porté par Enerlisa, prend place sur les hauteurs d’Ajaccio, au lieu-dit Saint-Antoine[1]. Deux bassins reliés par une conduite enterrée permettront de stocker l’énergie sous forme hydraulique : 50,5 MWh de capacité, 12 MW de puissance. Lorsque la production solaire sera abondante, l’électricité excédentaire pompera l’eau vers le bassin supérieur. En soirée, quand la demande augmente et que le photovoltaïque décline, l’eau sera relâchée pour actionner des turbines. Le contrat court sur trente ans.
Cette STEP s’inscrit dans la même logique que Lugo-di-Nazza : absorber les surplus renouvelables intermittents et les restituer aux moments critiques. Les deux projets hydrauliques cumulent 29,1 MW de puissance et 132,4 MWh de capacité. Ils constituent l’ossature du dispositif de stockage centralisé, capable de soutenir le réseau plusieurs heures durant.
Pourquoi la Corse mise sur le stockage
Trois batteries lithium-ion dans le Valinco : 39 MW en réponse rapide
Les trois autres projets reposent sur des batteries électrochimiques[1]. Une première installation de 9 MW (18 MWh) sera implantée à Propriano, sous le nom de CHARLIE ALPHA. Deux autres, de 5 MW chacune, prendront place à Viggianello, portées par Corsica Energia 4. Ensemble, elles totalisent 19 MW et 38 MWh de capacité. Ces batteries lithium-ion se rechargeront grâce aux surplus photovoltaïques et pourront restituer leur énergie pendant deux heures dans le mix insulaire.
Selon la CRE, ces installations offrent une « réponse extrêmement rapide pour équilibrer les pointes de courte durée ». Leur temps de réaction, inférieur à la seconde, contraste avec les STEP, plus lentes à démarrer mais capables de tenir plusieurs heures. Les trois batteries produiront à elles seules 39 MW. Leurs contrats courent sur quinze ans, contre trente pour les STEP.
| Projet | Société | Commune | Puissance (MW) | Capacité (MWh) | Type |
|---|---|---|---|---|---|
| Lugo-di-Nazza Ghisoni | EDF | Ghisoni / Lugo-di-Nazza | 17,1 | 81,9 | STEP |
| Saint-Antoine | Enerlisa | Ajaccio | 12 | 50,5 | STEP |
| CHARLIE ALPHA | CHARLIE ALPHA | Propriano | 9 | 18 | Batterie |
| Viggianello 1 | Corsica Energia 4 | Viggianello | 5 | 10 | Batterie |
| Viggianello 2 | Corsica Energia 4 | Viggianello | 5 | 10 | Batterie |
Source : CRE
Une demande en hausse de 50 % d’ici 2040
EDF Corse anticipe une hausse de consommation de 50 % d’ici 2040. Le tourisme de masse, l’augmentation des températures et la croissance démographique (trois fois supérieure à la moyenne nationale) mettent le système électrique sous tension. Les pics historiques de consommation se multiplient l’été. En parallèle, les moyens de production restent limités : l’île ne dispose pas de centrale nucléaire et s’appuie encore largement sur les turbines au fioul d’Ajaccio et de Lucciana pour absorber les pointes.
Ces cinq projets de stockage visent à accompagner le développement des énergies renouvelables tout en limitant le recours aux moyens thermiques. La CRE note que la valeur ajoutée du stockage est croissante dans le temps : les économies estimées en 2038 seront supérieures à celles de 2030, en cohérence avec les hypothèses de développement photovoltaïque et les éventuels déclassements d’installations fossiles. Le stockage permet aussi d’éviter la construction d’une nouvelle centrale de production en 2038, nécessaire pour assurer la sécurité d’approvisionnement sans ces projets.
181,6 millions d’euros de charges, 353 millions d’économies
Les charges de service public de l’énergie associées aux cinq projets atteindront 181,6 millions d’euros sur l’ensemble de leur durée contractuelle[2]. Les STEP bénéficient de contrats de trente ans, les batteries de quinze ans. En contrepartie, ces installations permettront d’éviter environ 535,3 millions d’euros de surcoûts de production sur une période de trente ans. L’économie nette s’établit donc à 353,7 millions d’euros de charges de SPE.
La CRE souligne que ces projets de stockage accompagnent l’intégration des énergies renouvelables intermittentes au réseau électrique, tout en réduisant les surcoûts de production. Le stockage décentralisé existait déjà en Corse depuis 2015, principalement sous forme de champs photovoltaïques couplés à des batteries pour éviter les déconnexions. En 2018, un premier projet de stockage centralisé de 5 MW avait été sélectionné. Avec ces cinq nouveaux projets, l’île franchit une étape quantitative : 48 MW de capacité supplémentaire contre 27,8 MW auparavant.
La CRE a ouvert ce guichet fin 2024 pour la Corse. Elle communiquera prochainement sur l’organisation du prochain guichet en Guyane, autre zone non interconnectée où le stockage constitue un levier important de la transition énergétique. Les projets corses arrivent à échéance entre 2044 et 2059, selon la technologie retenue. La mise en service interviendra entre 2029 et 2030.
Stockage électrique en Corse : les données clés
- La CRE autorise deux STEP et trois batteries lithium-ion en Corse
- Capacité totale : 48 MW de puissance, 170,4 MWh de stockage
- Lugo-di-Nazza : 17,1 MW, première STEP d'EDF en Corse, 30 M€ d'investissement
- Trois batteries dans le Valinco : 39 MW cumulés, réponse rapide aux pointes
- Économies nettes : 353,7 M€ de charges SPE évitées sur 30 ans
- Objectif : absorber les surplus solaires et limiter le recours au thermique
Sources
3 sources · 4 faits sourcés
