En six mois, les forces armées et la gendarmerie ont démantelé 428 sites d’orpaillage illégal en Guyane, détruisant plus de 3 500 carbets et infligeant 62 millions d’euros de pertes aux réseaux criminels.
Le bilan intermédiaire de l’opération Harpie pour le premier semestre 2026 marque une intensification de la lutte contre l’orpaillage clandestin dans l’ouest guyanais. 300 militaires et gendarmes déployés chaque jour en forêt, des tonnes de matériel saisi, un préjudice record : les chiffres traduisent une montée en puissance des moyens face à un phénomène qui ne faiblit pas. Les secteurs de Saint-Jean d’Abounami, du massif Lucifer et du bassin de l’Inini concentrent l’essentiel des destructions.
Ce résultat intervient dans un contexte de progression constante des sites illégaux. Fin 2025, un bilan présenté à la préfecture révélait déjà 591 sites actifs, soit une hausse de 35 % en un an. Le cours de l’or, désormais à 113 euros le gramme (le double du niveau de 2022) attire un flux continu de garimpeiros, ces chercheurs d’or clandestins venus à 95 % du Brésil.
300 militaires en forêt, un dispositif permanent
L’opération Harpie, lancée en février 2008, mobilise en continu les Forces armées en Guyane (FAG), la gendarmerie, la police et les services de l’État. Le dispositif repose sur des rotations permanentes en zone dense, avec des unités projetées par hélicoptère ou pirogue. Les sites détruits ne sont jamais les mêmes : les orpailleurs déplacent leurs installations dès qu’une opération se profile[1].
Les saisies de matériel constituent l’un des leviers principaux. Pirogues, pompes, moteurs, quads, carburant : le préjudice de 62 millions d’euros infligé aux réseaux vise à rendre l’activité économiquement insoutenable. Une partie du matériel récupéré est réattribuée aux forces engagées, ce qui améliore leur mobilité en forêt et « sape le moral des garimpeiros », selon un document de l’état-major.
En 2024, 1 431 kilos d’or avaient été saisis, contre 1 140 en 2023, et 253 gardes à vue effectuées, contre 167 l’année précédente. Le nombre de garimpeiros présents reste stable autour de 8 000 individus, un chiffre qui ne diminue pas malgré la pression opérationnelle[3].
| Année | Sites détruits | Carbets démolis | Préjudice infligé | Or saisi (kg) |
|---|---|---|---|---|
| 2024 | — | — | 61,6 M€ | 1 431 |
| 2025 | — | — | — | — |
| 2026 (6 mois) | 428 | 3 500+ | 62 M€ | — |
Source : info.fr, la1ere.franceinfo.fr
Une progression de 50 % des sites en trois ans
La flambée du cours de l’or a relancé l’activité clandestine. En trois ans, le nombre de sites illégaux est passé de 393 à 591. Les 84 000 km² de forêt amazonienne guyanaise offrent un terrain difficile à surveiller, d’autant que les zones d’exploitation se situent souvent près des frontières avec le Brésil et le Suriname, où la coopération transfrontalière reste limitée[5].
Laurent Yawalou, maire de Camopi, demande une meilleure prise en compte des conséquences sanitaires, notamment la pollution au mercure, utilisé pour amalgamer l’or. Le vice-président de la Fédération des opérateurs miniers de Guyane (FedomG) appelle à « attaquer les flux logistiques des orpailleurs illégaux », un angle que le dispositif actuel peine à couvrir[3].
Le tribunal administratif de Guyane a rejeté, en 2026, une requête de six associations et deux habitants de Taluen qui estimaient que l’État n’en faisait pas assez. Le juge a considéré qu’au vu des moyens humains, matériels et financiers déployés, la carence fautive n’était pas caractérisée. Il a toutefois pointé un retard dans l’adoption du décret d’application de l’article L. 621-15 du code minier, qui devait instaurer un régime de traçabilité de l’or[5].
Pourquoi la lutte contre l'orpaillage cale
Réévaluation du schéma minier en 2026
Le Schéma départemental d’orientation minière (SDOM) doit être réévalué cette année, potentiellement pour ouvrir davantage de zones à l’exploration légale. L’objectif : offrir une alternative aux opérateurs et réduire la pression sur les sites illégaux. Mais la question reste entière : comment rendre l’exploitation légale compétitive face à un cours de l’or qui double en quatre ans et des réseaux criminels capables de se réinstaller en quelques jours ?
Le bilan humain reste lourd pour les forces de l’ordre, confrontées à un terrain hostile et à des orpailleurs parfois armés. La capacité de réadaptation des garimpeiros, qui déplacent leurs carbets au gré des opérations, rend toute victoire temporaire. Le ministère des Armées multiplie les communications sur les opérations Harpie, mais le fond du problème (un marché noir alimenté par un cours record et une porosité frontalière structurelle) demeure.
Orpaillage illégal en Guyane : les chiffres 2026
- 428 sites d'orpaillage illégal détruits en six mois en Guyane par les forces armées et la gendarmerie
- Plus de 3 500 carbets démolis dans l'ouest du territoire, secteurs de Saint-Jean d'Abounami, Lucifer et Inini
- 62 millions d'euros de préjudice infligé aux réseaux criminels grâce aux saisies de matériel
- 591 sites actifs fin 2025, soit une hausse de 50 % en trois ans, portée par le cours de l'or à 113 € le gramme
- 8 000 garimpeiros présents chaque année, un chiffre stable malgré les opérations menées
- 300 militaires et gendarmes déployés chaque jour en forêt dans le cadre de l'opération Harpie
Sources
3 sources · 5 faits sourcés
