Mayotte enregistre 244 cas de paludisme depuis le début de l’année, dont 25 acquis localement, un retour inquiétant après cinq années sans transmission sur le territoire.
Zarianti Houmadi observe une rivière polluée dans la commune de Chirongui, au sud de Mayotte. Les déchets s’accumulent, attirent les moustiques. La crainte remonte : le paludisme, que l’on croyait disparu, circule à nouveau dans le département. Depuis janvier 2026, 244 cas ont été recensés, un niveau inédit depuis 2010 où l’on en dénombrait 433. Sur l’ensemble de l’année 2025, seuls 111 cas avaient été déclarés, dont cinq acquis localement. Cette fois, vingt-cinq contaminations locales sont confirmées, principalement concentrées à Chirongui, Bandrélé et Dembéni.
Les autorités sanitaires ne s’attendaient pas à une telle reprise. Mayotte était entrée en phase d’élimination du paludisme en 2014, validée par l’Organisation mondiale de la santé. Aucun cas indigène n’avait été documenté depuis juillet 2020. Cette réémergence brise une dynamique de cinq ans sans transmission autochtone. Pour Youssouf Hassani, délégué régional de Santé publique France, l’explication tient en un constat : les pays voisins, notamment les Comores et Madagascar, connaissent une hausse des cas importés. Ces flux réguliers, combinés à la présence de moustiques vecteurs compétents sur le territoire, créent les conditions d’une reprise locale.
Soixante-et-onze hospitalisations, quatre admissions en réanimation
Parmi les 244 cas recensés, 161 sont des cas importés. Sur ce total, 95,6 % proviennent de l’Union des Comores[1]. Douze cas restent de statut indéterminé, quarante-six sont encore en cours d’investigation. Plasmodium falciparum, l’espèce la plus virulente, est responsable de l’ensemble des infections déclarées. Soixante-et-onze personnes ont nécessité une hospitalisation, soit 29,1 % des cas. Quatre d’entre elles ont été admises en réanimation. Aucun décès n’a été enregistré depuis le début de l’année, mais la maladie, qui provoque fièvre et maux de tête, peut s’avérer mortelle : elle tue environ 600 000 personnes par an dans le monde, rappelle l’OMS.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Cas totaux déclarés | 244 |
| Cas acquis localement | 25 |
| Cas importés | 161 |
| Cas indéterminés | 12 |
| Cas en cours d’investigation | 46 |
| Hospitalisations | 71 (29,1 %) |
| Admissions en réanimation | 4 |
| Décès | 0 |
Source : Santé publique France
À Malamani, village voisin de Chirongui, Alima Slaï s’inquiète. Elle sort d’un supermarché, ses enfants à ses côtés. La densité médicale à Mayotte est la plus faible de France. Les médecins manquent. Face à cette recrudescence, la capacité du système de santé à absorber le choc pose question. Sur le marché, Nini Irene tient un étal de fruits et légumes. Elle ignore que le paludisme circule à nouveau dans sa commune. Plusieurs passants confirment : l’information n’a pas circulé aussi vite que la maladie.
Chirongui, Bandrélé, Dembéni : trois foyers actifs au sud
Les vingt-cinq cas acquis localement se concentrent dans trois communes du sud de l’île[3]. Chirongui, où Zarianti Houmadi observe les rivières polluées, figure parmi les principaux foyers. Les agents de la commune curent les cours d’eau pour empêcher la prolifération des moustiques, vecteurs de la maladie. Deux espèces sont responsables : Anopheles gambiae s.l. et Anopheles funestus, toutes deux compétentes pour transmettre le parasite.
La semaine du 25 au 31 mai, quinze nouveaux cas ont été déclarés, dont treize suspectés d’acquisition locale. Cette dynamique hebdomadaire traduit une transmission active, malgré les mesures de lutte anti-vectorielle déployées. Santé publique France rappelle que le territoire demeure vulnérable, en particulier en raison de l’augmentation des cas importés. Bien que le département reste engagé dans une démarche d’élimination, le contexte actuel impose un renforcement des mesures de surveillance, de prévention et de lutte contre les vecteurs.
Pourquoi le paludisme refait surface à Mayotte
Pas de chimioprophylaxie recommandée, mais une vigilance accrue
Pour les voyageurs, à ce jour, la mise en œuvre d’une chimioprophylaxie du paludisme pour un séjour à Mayotte n’est pas recommandée[5]. La prévention repose uniquement sur les mesures de protection personnelle anti-vectorielle : moustiquaires, répulsifs, vêtements couvrants. Les autorités conseillent de consulter rapidement un médecin en cas de fièvre sur place ou dans les trois mois suivant le retour. Cette vigilance s’applique tant aux résidents qu’aux visiteurs.
Parallèlement au paludisme, Mayotte enregistre une augmentation des cas de Mpox depuis fin avril 2026. Trente-et-un cas ont été comptabilisés, dont treize importés et dix-huit autochtones[4]. Des importations répétées depuis Madagascar ont contribué à l’émergence de chaînes de transmission locales. Sept cas ont été acquis la semaine du 11 mai, cinq durant celle du 18 mai. Le chikungunya, qui avait connu un pic en avril, recule progressivement.
Un retour qui interroge la dynamique régionale
La réémergence du paludisme à Mayotte ne se limite pas à un événement isolé. Elle s’inscrit dans un contexte de hausse des cas dans la zone océan Indien. Les Comores et Madagascar, où le paludisme demeure endémique et fortement prévalent, alimentent un flux régulier de populations porteuses du parasite. Ces mouvements, couplés à la présence de vecteurs compétents sur le territoire mahorais, réintroduisent la maladie. Mayotte avait pourtant franchi un cap en 2014, lorsque l’OMS avait reconnu son entrée en phase d’élimination. Les cinq années sans cas autochtone, de juillet 2020 à janvier 2025, laissaient espérer une éradication durable.
Mais le risque de réintroduction demeure permanent. Les autorités sanitaires l’admettent : tant que les pays voisins connaîtront une prévalence élevée, Mayotte restera exposée. La surveillance épidémiologique, la lutte anti-vectorielle et la sensibilisation des populations deviennent des leviers indispensables pour éviter une reprise durable de la transmission. La situation actuelle rappelle que l’élimination du paludisme ne se décrète pas, elle se maintient.
Paludisme à Mayotte : les chiffres clés de la réémergence 2026
- 244 cas de paludisme recensés à Mayotte depuis janvier 2026, dont 25 acquis localement
- 161 cas importés, dont 95,6 % en provenance de l'Union des Comores
- 71 hospitalisations enregistrées, dont quatre admissions en réanimation, aucun décès
- Mayotte était en phase d'élimination du paludisme depuis 2014, sans cas autochtone depuis juillet 2020
- Chirongui, Bandrélé et Dembéni concentrent les foyers de transmission locale au sud de l'île
- Plasmodium falciparum, espèce la plus virulente, responsable de l'ensemble des cas déclarés
Sources
4 sources · 4 faits sourcés
