Le gouvernement lance un plan régional doté de 14 millions d’euros pour les Antilles et la Guyane, avec 74 agents supplémentaires et une coopération internationale élargie à 23 nouveaux pays.
En Guadeloupe, 44 homicides ont été recensés en 2025, soit 57 % de plus qu’en 2024. En Martinique, 40 homicides, une hausse de 17,5 %. En Guyane, 41, contre 53 l’année précédente. Les deux tiers de ces meurtres sont liés au trafic de stupéfiants, selon les autorités. Mais un autre phénomène inquiète : la multiplication des règlements de compte pour des motifs qualifiés de « futiles », alimentés par un trafic d’armes régional très actif.
Les Antilles-Guyane cumulent des vulnérabilités rarement réunies ailleurs sur le territoire français. Ports très fréquentés, aéroports utilisés comme portes d’entrée vers l’Europe, proximité de zones de production de cocaïne en Amérique du Sud : tous les ingrédients d’un hub stratégique pour les cartels y sont réunis. L’espace caraïbe représente « un kilo sur quatre » de tous les stupéfiants saisis en mer dans le monde.
Face à cette pression criminelle, l’État reconnaît que les dispositifs mis en place jusque-là étaient trop dispersés. Le cas de l’aéroport de Cayenne est révélateur : le passage au 100 % de contrôles y a stoppé nombre de « mules », mais cette pression locale a simplement déplacé les flux vers d’autres plateformes. Une stratégie isolée ne suffit plus.
Cinq axes, 14 millions d’euros et 74 agents de plus
Le plan « Antilles-Guyane contre le narcotrafic » a été présenté le 3 juillet 2026 à Fort-de-France, au terme d’une conférence régionale de sécurité organisée en Martinique[1]. Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, et Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, ont dévoilé les contours d’une stratégie en cinq axes, dotée de 14 millions d’euros[2].
Le premier axe porte sur la coopération internationale. Une quarantaine de pays des Caraïbes, des Amériques et d’Europe ont participé à la conférence[3]. Ils sont convenus de « joindre leurs forces pour entraver l’activité de ces organisations transnationales spécialisées dans le trafic de drogue, d’armes à feu et dans la traite d’êtres humains », avait déclaré le 2 juillet 2026 Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères. De nouveaux accords de coopération seront passés avec 23 pays, en plus des 18 déjà signés.
Le deuxième axe vise à « créer un cordon sanitaire autour des Antilles et de la Guyane »[4]. Cela passe par le déploiement de radars, la création d’unités de police dans les ports, le renforcement des effectifs dans les aéroports et l’arrivée de scanners à ondes millimétriques pour débusquer les mules. Des drones de moyenne endurance seront également déployés pour faciliter les contrôles et rendre les frontières plus étanches[5].
| Axe | Mesures principales |
|---|---|
| 1. Coopération internationale | 23 nouveaux accords, 40 pays mobilisés |
| 2. Sécurisation des frontières | Scanners millimétriques, drones, radars, unités portuaires |
| 3. Soutien aux populations | 1,5 million d’euros pour la vidéoprotection, brigades de quartier à Sainte-Rose et Bouillante |
| 4. Démantèlement des réseaux | Groupes d’enquête armes à feu, renforcement OFAST, laboratoire balistique en Guadeloupe |
| 5. Renforcement des moyens humains | 74 effectifs supplémentaires, brigades cynophiles |
Source : RCI
Le troisième axe injecte une dotation exceptionnelle de 1,5 million d’euros en 2026 pour la vidéoprotection dans les Antilles, dont 1 million apporté par le ministère des Outre-mer. Il déploie des brigades de quartier à Sainte-Rose et Bouillante, renforce les effectifs de la BAC contre les armes et met en place des programmes de prévention des addictions pour la jeunesse.
Laboratoire balistique et brigades cynophiles
Le quatrième axe cible les réseaux criminels par la création de groupes d’enquête dédiés aux armes à feu, le renforcement de l’OFAST aux Antilles, l’installation d’un laboratoire balistique pour la police en Guadeloupe et de tubes récupérateurs de munitions pour la gendarmerie.
Jean-Didier Berger a précisé : « Le ministère de l’Intérieur va investir 14 millions d’euros, ajouter 74 effectifs très concrètement sur le terrain pour faire en sorte de lutter pied à pied contre tous ces trafics. Nous allons le faire en renforçant les effectifs de l’office anti-stupéfiants. Nous allons le faire en renforçant les moyens scientifiques. Le laboratoire d’analyse balistique en Guadeloupe va nous permettre de franchir une nouvelle étape. Les brigades cynophiles aussi, dont nous allons renforcer encore ces équipes. »
Le cinquième axe concerne la police municipale, intégrée dans ce plan de lutte. Les maires et les forces locales seront associés aux opérations de sécurisation du terrain.
Pourquoi ce plan contre le narcotrafic
Une conférence régionale inédite
La conférence régionale de sécurité des Antilles s’est achevée le 3 juillet 2026 en Martinique, après quatre jours de travaux intensifs et de visites sur le terrain. Cette première édition s’est déroulée sur le campus de Schoelcher de l’université des Antilles, du 29 juin au 3 juillet. Elle a débouché sur la signature d’un « appel de la Martinique » contre le trafic de drogue par une vingtaine de pays.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la cinquième réunion de suivi de la lutte contre le narcotrafic tenue au palais de l’Élysée le 2 juillet 2026. Le président de la République avait demandé, dès le 29 janvier 2026, de « changer d’échelle » et de renforcer de manière coordonnée la douane, la police, la justice et la coopération régionale.
Le plan Antilles-Guyane habille différentes mesures, dont certaines en cours de déploiement, autour de ces cinq axes. L’objectif est de traiter le problème « à toutes les échelles », en combinant surveillance des frontières, démantèlement des réseaux criminels et soutien aux populations locales.
Plan Antilles-Guyane : les chiffres clés
- 44 homicides en Guadeloupe en 2025, soit +57 % par rapport à 2024
- 40 homicides en Martinique en 2025, soit +17,5 %
- Les deux tiers des homicides liés au trafic de stupéfiants
- L'espace caraïbe représente un quart des stupéfiants saisis en mer dans le monde
- Une conférence régionale de sécurité organisée du 29 juin au 3 juillet 2026 en Martinique
- 1,5 million d'euros pour la vidéoprotection dans les Antilles en 2026
Sources
5 sources · 5 faits sourcés

