Le réseau d’incubateurs Quest for Change affiche un record : 78,2 millions d’euros levés par ses startups en 2025, contre 51,7 millions en 2024.
En trois ans, la dynamique s’est accélérée. Les jeunes entreprises accompagnées par Quest for Change ont multiplié par 3,6 leurs levées de fonds depuis 2023, année où elles atteignaient 21,7 millions d’euros. Le réseau, créé en 2021, rassemble cinq incubateurs d’excellence implantés dans le Grand Est : Innovact à Reims, Quai Alpha à Epinal, Rimbaud’Tech à Charleville-Mézières, SEMIA à Strasbourg et Mulhouse, The Pool à Metz. S’y ajoutent deux incubateurs thématiques, Quest for Health et Quest for Industry.
Ce modèle d’incubation « par des entrepreneurs pour des entrepreneurs » couvre désormais plus de 80 % des startups accompagnées dans la région. Soit plus de 250 jeunes entreprises, de l’émergence à la viabilité, réparties sur trois filières d’excellence : la santé, l’industrie et la bioéconomie.
Un écosystème qui rattrape l’Île-de-France sur les deeptech
Le bond des levées régionales s’inscrit dans une dynamique nationale. La deeptech française enregistrait à peine 500 millions d’euros de levées en 2017. Moins de dix ans plus tard, les prévisions pour 2026 tablent sur plus de 7 milliards d’euros, selon France Digitale[3]. Cette croissance a été rendue possible par le plan « Deeptech » de Bpifrance lancé en 2019, doté de 2,5 milliards d’euros puis renforcé par France 2030. L’objectif était clair : combler le retard français dans le transfert de technologie et transformer les laboratoires de recherche en pépinières de startups.
L’Île-de-France reste le territoire dominant. En février 2026, sur 438,6 millions d’euros levés par l’ensemble des startups françaises, la région capitale en capte la majorité, portée par la densité de son écosystème : incubateurs, accélérateurs, fonds d’investissement et talents technologiques y sont fortement concentrés[4]. Mais des régions comme le Grand Est montent en puissance. Elles captent désormais des tours significatifs dans la deeptech et l’industrie, secteurs où l’ancrage territorial joue un rôle dans l’implantation des infrastructures et la proximité avec les acteurs industriels historiques[5].
| Année | Montant (M€) |
|---|---|
| 2023 | 21,7 |
| 2024 | 51,7 |
| 2025 | 78,2 |
Source : Le Journal des Entreprises
SEMIA, Innovact, The Pool : cinq incubateurs, une méthode
Le réseau Quest for Change fonctionne sur un socle méthodologique commun, déployé ensuite au plus près des territoires. Chacun des cinq incubateurs territoriaux reste ancré dans son écosystème local. SEMIA opère depuis Strasbourg et Mulhouse, au cœur d’un tissu industriel fort. Innovact rayonne depuis Reims, dans la Marne. The Pool est implanté à Metz, porte d’entrée vers le Luxembourg et la Belgique. Quai Alpha se situe à Epinal, dans les Vosges, tandis que Rimbaud’Tech couvre Charleville-Mézières, dans les Ardennes[1].
Cette maille territoriale permet d’accompagner les entrepreneurs là où ils sont, sans imposer un déménagement à Strasbourg ou Paris. Les programmes collectifs alternent avec des accompagnements individuels, et les startups intègrent une communauté de plusieurs centaines d’entrepreneurs qui partagent leurs expériences, leurs contacts, leurs échecs.
Pourquoi le Grand Est rattrape l'Île-de-France en deeptech
Les filières santé et industrie tirent la croissance
Le réseau concentre ses efforts sur trois filières : la santé, l’industrie et la bioéconomie. Ces secteurs correspondent aux forces historiques du Grand Est. La région dispose d’une base industrielle solide, d’un pôle de santé reconnu à Strasbourg et d’une filière bois-biomasse développée dans les Vosges et en Champagne-Ardenne. Les deux incubateurs thématiques, Quest for Health et Quest for Industry, capitalisent sur ces atouts pour proposer un accompagnement sectoriel adapté.
À l’échelle nationale, février 2026 a confirmé la tendance : les investisseurs concentrent leurs capitaux sur les startups disposant d’une forte traction commerciale ou d’une technologie différenciante. Parmi les principales levées françaises du mois, DentalMonitoring a levé 84 millions d’euros en série E pour son suivi orthodontique par intelligence artificielle, tandis que GitGuardian a bouclé 42 millions en série C pour ses solutions de cybersécurité[4]. Ces montants restent hors de portée pour la majorité des startups régionales, mais le Grand Est affiche désormais des tours de taille intermédiaire qui financent l’industrialisation et l’internationalisation.
Structuration de l’écosystème : incubateurs, accélérateurs, mentors
La montée en puissance de Quest for Change illustre un phénomène plus large. L’écosystème deeptech français se structure et se professionnalise. Les incubateurs spécialisés, les accélérateurs thématiques comme les pôles de compétitivité, et les réseaux de mentors se multiplient[3]. Ils offrent aux entrepreneurs un accompagnement sur toute la chaîne de valeur, de la validation scientifique à la mise sur le marché.
L’exemple de Carboneo, startup lyonnaise spécialisée dans la capture de CO2, montre ce parcours. Fondée en 2022 par deux ingénieurs de l’INSA Lyon et un expert en finance, elle a levé 3 millions en amorçage en 2024, puis 15 millions en série A début 2026. Ces fonds ont financé la construction d’un démonstrateur industriel et le renforcement de l’équipe R&D. Le Grand Est suit le même schéma : premières levées d’amorçage, puis tours de série A dès que le produit prouve sa traction.
La multiplication des tours régionaux redistribue les cartes. L’hyper-concentration francilienne, longtemps incontournable, cède du terrain face à des écosystèmes qui capitalisent sur leurs spécificités sectorielles. Le Grand Est mise sur l’industrie, la santé et la bioéconomie. Auvergne-Rhône-Alpes mise sur la capture carbone et les procédés industriels. Chaque région bâtit son avantage comparatif.
Les défis de l’industrialisation et de l’international
Les levées de fonds ne suffisent pas. Le passage à l’échelle industrielle reste le goulot d’étranglement majeur. Une startup deeptech peut lever plusieurs millions, construire un prototype fonctionnel, valider sa technologie en laboratoire, puis se heurter aux contraintes de la production de masse : coûts unitaires, normes, chaînes d’approvisionnement, certification. L’industrialisation exige des investissements lourds et des délais longs, incompatibles avec la logique de rendement rapide de certains fonds.
L’internationalisation pose les mêmes défis. Une startup qui veut vendre aux États-Unis, en Allemagne ou en Chine doit adapter son produit, recruter localement, négocier avec des distributeurs, obtenir des certifications spécifiques. Tout cela coûte cher et prend du temps. Les startups du Grand Est, souvent de taille intermédiaire, doivent choisir leurs batailles : se concentrer sur le marché français et européen, ou tenter l’expansion mondiale en levant des tours beaucoup plus importants.
La concurrence internationale s’intensifie. Les États-Unis et la Chine investissent massivement dans la deeptech. Les startups américaines bénéficient de fonds plus grands, d’un marché domestique immense, d’une culture entrepreneuriale agressive. Les startups chinoises disposent du soutien de l’État, d’une intégration verticale forte et d’une capacité de production à grande échelle. Les startups françaises, y compris celles du Grand Est, doivent trouver leur place dans cette compétition.
Le réseau Quest for Change a démontré qu’un modèle régional pouvait fonctionner. Il reste maintenant à transformer ces levées en succès industriels durables. Les prochaines années diront si les 78,2 millions levés en 2025 ont financé des licornes régionales ou des entreprises de taille intermédiaire solidement ancrées. Dans les deux cas, le Grand Est a changé d’échelle.
Quest for Change : montée en puissance depuis 2023
- Quest for Change regroupe cinq incubateurs territoriaux et deux incubateurs thématiques dans le Grand Est
- Les startups du réseau ont levé 78,2 millions d'euros en 2025, trois fois plus qu'en 2023
- Le réseau couvre plus de 80 % des startups accompagnées dans la région, soit 250 entreprises
- Trois filières d'excellence : santé, industrie, bioéconomie
- Le modèle repose sur un socle méthodologique commun déployé dans six territoires
Sources
4 sources · 6 faits vérifiés

