Il suffit d’une coupure de courant pour figer la voiture autonome. Le 18 juillet, à San Francisco, Waymo a suspendu son service de robotaxis pendant environ une heure, le temps de mesurer l’ampleur d’une panne électrique qui a mis à mal les feux de circulation dans plusieurs quartiers de la ville. La filiale d’Alphabet a repris ses courses depuis, mais l’épisode rappelle une vérité que le marketing de l’IA embarquée préfère taire : une flotte sans chauffeur reste tributaire d’une infrastructure qu’elle ne maîtrise pas.
La scène a de quoi faire réfléchir quiconque parie sur le tout-autonome. Quand le réseau électrique lâche, les feux s’éteignent, et les véhicules programmés pour lire ces feux se retrouvent démunis. Waymo a alors préféré arrêter les frais et coordonner sa réponse avec les autorités locales plutôt que de laisser ses voitures improviser dans un carrefour privé de signalisation.
Selon le communiqué transmis par l’entreprise, Waymo a « décidé de suspendre le service pendant environ une heure pour évaluer l’ampleur de la panne affectant une large portion de San Francisco et coordonner avec les responsables locaux ». Sur son application, un message avertissait les usagers que les trajets pourraient être plus longs que d’habitude, et que les itinéraires par autoroute étaient indisponibles.
Une panne qui a touché 9 400 clients de PG&E
La coupure a commencé aux alentours de 9h20 et a privé d’électricité près de 9 400 clients du fournisseur Pacific Gas and Electric, selon le San Francisco Chronicle[3]. Une première alerte avait erronément fait état de plus de 120 000 foyers concernés, chiffre depuis corrigé. Le service d’urgence de la ville a demandé aux automobilistes de traiter les feux éteints comme des stops à quatre voies et d’anticiper les retards.
Waymo assure avoir continué à desservir la majeure partie de son territoire dans la baie de San Francisco, invitant les clients à consulter l’application pour les dernières informations[3]. La reprise a été confirmée dans la foulée.
Le troisième épisode en quelques mois
Ce n’est pas un accident isolé. En décembre, une panne bien plus violente avait paralysé la ville : un incendie dans une sous-station avait, selon PG&E, causé des dégâts « significatifs et étendus », laissant plus de 100 000 foyers sans électricité[5]. Des vidéos avaient alors montré des robotaxis Waymo immobilisés en plein carrefour, feux de détresse allumés, pendant que les embouteillages gonflaient et que les autres conducteurs slalomaient entre les voitures arrêtées.
L’entreprise avait reconnu que ses véhicules, conçus pour traiter un feu hors service comme un stop, étaient « restés stationnaires plus longtemps que d’habitude pour confirmer l’état des intersections concernées », ce qui avait « contribué aux frictions de circulation au plus fort de la congestion »[5]. Un incident comparable s’était produit lors d’un feu d’artifice au Golden Gate Bridge, le 4 juillet.
Face à cette répétition, le maire de San Francisco Daniel Lurie réclame une réglementation étatique plus stricte pour « traiter correctement la manière dont les véhicules autonomes fonctionnent lors d’incidents majeurs, planifiés ou non ». La demande est légitime : une technologie qui aggrave la paralysie d’une ville en cas de crise ne peut pas se contenter de promesses.
14 millions de courses et une leçon d’humilité
Waymo n’est pas un acteur marginal. La société revendique plus de 14 millions de trajets réalisés en 2025, soit trois fois plus qu’en 2024, et opère à Los Angeles, Phoenix, Austin, Atlanta, Miami, ainsi qu’au Texas[5]. Elle vise Londres et Washington pour l’année à venir. C’est précisément parce que ce modèle s’étend qu’il faut regarder ses failles en face.
Un chercheur du MIT, Bryan Reimer, l’a résumé sans détour à propos de la panne de décembre : cette suspension montre que les villes ne sont « pas encore prêtes » à voir des véhicules hautement automatisés inonder leurs rues[4]. Une enquête de l’American Automobile Association citée par CNBC rappelait d’ailleurs que près de deux tiers des conducteurs américains disaient redouter les véhicules autonomes[4].
La question, pour qui suit ces dossiers depuis la France, dépasse le fait divec californien. Confier la mobilité d’une ville à une flotte pilotée par un logiciel, c’est aussi accepter que sa robustesse dépende d’un réseau électrique et d’une infrastructure de signalisation. Une heure d’arrêt à San Francisco, ce n’est rien. Mais c’est le genre de rien qui devrait tempérer l’enthousiasme de ceux qui présentent le robotaxi comme une évidence déjà réglée.
Sources
3 sources · 7 faits vérifiés

