La sénatrice de Saint-Pierre-et-Miquelon, Annick Girardin, a obtenu gain de cause après avoir alerté Emmanuel Macron sur un projet de transfert au Canada du contrôle d’une zone stratégique de l’espace aérien français.
Mi-décembre 2025, Annick Girardin découvre « de manière fortuite » qu’une zone dite d’approche, située en dessous de 1 800 mètres (6 000 pieds), pourrait être confiée au Canada pour des motifs qualifiés d’« essentiellement administratifs et techniques ». L’ancienne ministre des Outre-mer, aujourd’hui sénatrice de l’archipel français, réagit immédiatement. Dans un courrier adressé au chef de l’État et consulté par l’AFP, elle dénonce un « abandon manifeste » de souveraineté et un « signal incompréhensible » de renoncement de la France à l’exercice plein de ses droits souverains dans la zone.
L’archipel de quelque 6 000 habitants, situé au large de Terre-Neuve, dispose d’un espace aérien sous souveraineté française enclavé dans l’espace aérien canadien. Cet espace est géré par le Service de l’Aviation civile local, en coordination avec le centre de contrôle canadien de Gander pour les vols vers le Canada voisin. La zone concernée par le projet de transfert correspond au périmètre de contrôle terminal (TCA), qui couvre l’ensemble du territoire terrestre et maritime de Saint-Pierre-et-Miquelon.
Une décision prise « sans concertation politique »
« Comment prétendre défendre notre influence diplomatique, notre crédibilité stratégique si nous ne sommes pas en mesure de protéger nos propres territoires ? », interroge Annick Girardin[1]. L’élue insiste : « On ne sous-traite pas sa souveraineté. » Elle pointe un problème de traitement interministériel : « Que s’est-il passé en interministériel pour que ce dossier soit traité techniquement et non politiquement, alors que cela concerne notre souveraineté ? »
Pour la sénatrice, le projet traduirait « obligatoirement un abandon et un recul de l’État, qui pourraient se reproduire dans d’autres territoires d’Outre-mer ». Elle souligne que jamais la souveraineté française dans le bassin nord-américain n’a été remise en cause auparavant. Le maire de Miquelon-Langlade, Franck Detcheverry, ainsi que plusieurs citoyens, avaient également exprimé leurs inquiétudes dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Macron ordonne le maintien du contrôle français
Face à l’alerte, Emmanuel Macron a tranché. « J’ai immédiatement donné les instructions nécessaires au Gouvernement pour que cette décision soit revue et que la France continue, pour ce qui concerne le territoire de Saint-Pierre-et-Miquelon, à maîtriser pleinement l’approche de son espace aérien, notamment pour les aéronefs à proximité des aérodromes de l’île qui ont vocation à y atterrir ou qui en ont décollé », écrit-il[5]. L’espace aérien au-dessus de Saint-Pierre-et-Miquelon reste donc français.
L’annonce met fin à l’incertitude qui s’était installée depuis janvier dans l’archipel. Dans une publication Facebook, Annick Girardin ne déroge pas de sa position initiale et salue la décision présidentielle, sans pour autant relâcher la vigilance sur d’autres dossiers de souveraineté.
Pourquoi la souveraineté aérienne compte
Un contexte géopolitique sous haute tension
L’alerte de la sénatrice intervient dans un contexte international tendu. Les ambitions répétées de Donald Trump sur le Groenland, territoire autonome danois situé à quelques centaines de kilomètres de Saint-Pierre-et-Miquelon, alimentent les préoccupations. Face au « retour assumé des impérialismes », Annick Girardin propose la conclusion d’un accord international de coopération entre la France, le Danemark et le Groenland, incluant l’archipel français.
Saint-Pierre-et-Miquelon est un pays et territoire d’outre-mer (PTOM) européen subarctique positionné « à l’entrée de la route de l’Arctique ». Les PTOM sont des territoires liés constitutionnellement à un État membre de l’UE sans faire partie de son territoire : c’est notamment le cas de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie ou de Saint-Pierre-et-Miquelon pour la France, du Groenland pour le Danemark et d’îles des Antilles néerlandaises.
L’épisode illustre la vigilance nécessaire sur les questions de souveraineté dans les territoires ultramarins français, dans un bassin nord-américain où les rapports de force se recomposent. Le Canada est un allié, rappelle Annick Girardin, « mais ne soyons pas naïfs : on ne délègue pas ce type de prérogative ».
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Population de l’archipel | 6 000 habitants |
| Zone d’approche concernée | En dessous de 1 800 mètres (6 000 pieds) |
| Distance de Terre-Neuve | Moins de 20 kilomètres |
Source : Radio-Canada, Sud Ouest
Espace aérien Saint-Pierre-et-Miquelon : les faits
- Annick Girardin découvre fin 2025 un projet de transfert au Canada du contrôle d'une zone d'approche de 1 800 mètres au-dessus de Saint-Pierre-et-Miquelon
- La sénatrice alerte Emmanuel Macron dans un courrier dénonçant un « abandon manifeste » de souveraineté
- Le président ordonne au gouvernement de maintenir le contrôle français sur l'espace aérien de l'archipel
- L'alerte intervient dans un contexte tendu, marqué par les ambitions de Donald Trump sur le Groenland voisin
- Saint-Pierre-et-Miquelon est un PTOM européen de 6 000 habitants situé à l'entrée de la route de l'Arctique
Sources
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