Kevin Weil, ancien cadre d’OpenAI passé par Twitter, Instagram, Planet Labs et Meta, rejoint le conseil d’administration de Stoke Space, jeune pousse de Seattle qui construit une fusée entièrement réutilisable pour affronter SpaceX.
La nouvelle a de quoi surprendre. Weil vient du logiciel, des applications grand public, des plateformes numériques. Stoke Space, elle, soude du métal et affronte l’un des problèmes les plus coriaces de l’aérospatiale : faire revenir une fusée de l’espace, intacte, pour la faire redécoller sans la reconstruire. Deux mondes que rien n’obligeait à se croiser.
Ils se sont pourtant rencontrés tôt. Andy Lapsa, patron et cofondateur de Stoke, raconte à TechCrunch avoir monté son entreprise en 2020 avant de rejoindre la promotion d’hiver de l’accélérateur Y Combinator. « C’est très simple pour moi », dit-il. « Je sortais de l’ingénierie, j’ai lancé une boîte, je n’avais aucune idée de comment lever des fonds. Je ne savais pas comment fonctionnait la Silicon Valley. Je n’avais pas de réseau. Kevin arrivait avec tout ça. » Weil et sa femme Elizabeth avaient investi tôt dans la société via leur fonds Scribble Ventures.
1,34 milliard de dollars levés pour la fusée Nova
Les deux hommes ont continué à échanger pendant que Lapsa bouclait ses tours de table. Au total, Stoke a réuni 1,34 milliard de dollars, dont une série D de 510 millions de dollars en 2025. L’objectif : une fusée baptisée Nova, rapidement réutilisable, capable de voler cette année. C’est maintenant, selon Stoke, que le moment est venu pour Weil de siéger comme administrateur et d’accompagner la montée en puissance. L’entreprise a refusé de le rendre disponible pour un entretien, et l’intéressé n’a pas répondu aux sollicitations de TechCrunch.
Le parcours de Weil ne pointait pas vers l’espace. Il a dirigé produit et business chez Planet Labs, cofondé la cryptomonnaie Libra, occupé des postes de tête chez Instagram et Twitter[2]. Chez OpenAI, il a été directeur produit de juin 2024 à octobre 2025, avant de prendre la tête des efforts du laboratoire pour accélérer la recherche scientifique. Ce programme, baptisé OpenAI for Science, et son outil Prism ont été démantelés et fondus dans d’autres directions, dont l’agent de codage Codex, ce qui a précipité son départ en avril[3]. Trois cadres ont quitté OpenAI le même jour.
| Entreprise | Fonction |
|---|---|
| Vice-président senior produit | |
| Vice-président produit | |
| Planet Labs | Président produit et business |
| OpenAI | Directeur produit puis VP for Science |
| Cisco | Administrateur (depuis mai 2025) |
| The Nature Conservancy | Administrateur mondial |
Source : The Nature Conservancy
Weil siège aussi au conseil de Cisco depuis mai 2025[4] et à celui de The Nature Conservancy. Diplômé de Harvard en physique et mathématiques, titulaire d’un master de physique de Stanford, il a débuté dans l’ingénierie logicielle avant de bifurquer vers le produit.
Le fil OpenAI, une piste que Stoke esquive
Reste une coïncidence qui intrigue. Sam Altman, patron d’OpenAI, aurait examiné Stoke l’an dernier, envisageant d’investir dans son propre concurrent de SpaceX, selon des informations rapportées. L’arrivée de Weil pourrait-elle relier le laboratoire d’IA à un partenaire spatial ? Lapsa a refusé de commenter les « ragots et rumeurs » sur OpenAI, insistant sur le fait que le rôle de Weil se concentre sur Stoke elle-même.
La question n’est pas anodine. L’idée d’installer des centres de données dans l’espace, pour capter l’énergie solaire et échapper aux contraintes politiques terrestres, séduit une partie des investisseurs en capital-risque. L’obstacle : le coût pour hisser des puces informatiques en orbite. Ces centres de données spatiaux « n’ont vraiment de sens qu’avec une réutilisation totale et rapide », plaide Lapsa. De quoi faire de Stoke un candidat naturel, si Nova vole.
Pourquoi la fusée réutilisable de Stoke intrigue
Face à SpaceX et Blue Origin, le pari de la réutilisation totale
Personne n’a jamais fait décoller, poser puis redécoller une fusée entièrement réutilisable. SpaceX s’en approche le plus avec son immense Starship. Les défis techniques, en particulier survivre à la chaleur extrême de la rentrée atmosphérique, ont découragé même les investisseurs spatiaux aux poches les plus profondes. Blue Origin, l’entreprise de Jeff Bezos où Lapsa a lui-même travaillé, a flirté avec l’approche sans en faire une priorité.
L’entrée en Bourse retentissante de SpaceX, dont la valorisation repose largement sur les promesses d’Elon Musk de voir Starship voler des missions opérationnelles cette année, a validé l’intuition de Lapsa. Malgré les milliards investis dans de nouveaux lanceurs, il n’y a pas assez de fusées disponibles. La prochaine société capable de faire voler régulièrement un lanceur à prix raisonnable devrait empocher gros.
« Le monde réalise que le lancement n’est toujours pas résolu », résume Lapsa. « L’idée d’une réutilisation totale et rapide était un peu farfelue à l’époque. Elle est désormais plutôt normalisée, et les gens voient maintenant que c’est inévitable. » Les contrats militaires devraient aussi peser dans la suite de l’équation.
Pour un dirigeant venu des applications numériques, siéger au conseil d’un fabricant de fusées relève d’un pari sur l’avenir plus que sur le métier. Le savoir-faire de Weil, lever des fonds, structurer une croissance, ouvrir un carnet d’adresses dans la Silicon Valley, correspond exactement à ce que Lapsa dit lui avoir manqué au départ.
Kevin Weil et Stoke Space : les faits clés
- Kevin Weil, ex-directeur produit d'OpenAI, entre au conseil de Stoke Space.
- Stoke Space a levé 1,34 milliard de dollars, dont 510 millions en 2025.
- Sa fusée Nova vise une réutilisation totale et un premier vol cette année.
- Weil a quitté OpenAI en avril après la dissolution de son programme Science.
- Il siège aussi aux conseils de Cisco et de The Nature Conservancy.
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés
